‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 3)Chapitre 118 sur 159 · CHAPITRE CCLXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLXIII

Comment le seigneur infSuit Ferrand prit pour femme madame Isabelle» fille du comte d^Aria et petite-fille do prince de Morëe; et comment la dame de Matagrifo laissa en héritage à sa fille la baronie de Matagrifo , et tous les droits qa^elle avait sur la principantë ile la Morëe.

Quand le fils du comte d'Aria eut fait les noces, il entra en possession de la baronnie de Matagrifo. Et si jamais seigneur donna de bonnes preuves de son mérite , ce fut bien lui ; car il fut bon et

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iSLge en tous points. Il eut de sa femme une fille, qui 3at nom madame Isabelle. Peu de temps après la laissance de sa fille , il mourut , ce dont tous les barons et vassaux de la Morée furent bien faciles. 2e comte d'Aria est du lignage de ceux de Tous , |ai est la maison la plus ancienne et la plus respectée de la Provence ; elle est de la parenté du seigneur roi d'Arragon.

Quand sa femme l'eut perdu elle fut très affligée, et ne voulut pas se remarier . A la mort de la princesse sa sœur, elle réclama la principauté ; maisceuxqui latenaient nefirentaucun cas de sa réclamation .Elle apprit que le seigneur infant En Ferrand , fils du seigneur roi de Majorque , était en Sicile , et qu'il n'avait ni femme ni terre ; elle pensa que sa fille ne pouvait être en de meilletires mains , parce que , de gré ou de force , il ferait valoir ses droits sur la . principauté. Elle adressa donc un message au sei^ gneurroi de Sicile, et un au seigneur infant , si bien qu'on tomba d'accord que sa fille viendrait à Messine , et que si elle était telle qu'on le disait, le mariage serait agréé. Ainsi , la dame et sa fille, accompagnées de dix demoiselles ^ autant de dames , vingt chevaliers , et vingt fils de chevaliers, et autres personnes, vinrent à Messine, où elles furent reçues très honorablement. Le seigneur roi et le seigneur infant arrivèrent à Messine ; et quand ils eurent vu la demoiselle , l'infant n'eût pas voulu l'écharjger contre quelque personne du monde que ce (ùt ; et il était si ravi et si impatient

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dJProir son mariage accompli , qu'un jour lui paraissait une année ; et il dit aussitôt à son père , qu'il désirait que cette demoiselle fût sa femme y et nulle autre au monde. Une faut pas s'émerveiller s'il fut amoureux , car c'était bien la plus belle créature de quatorze ans que l'on pût jamais Yoir^ la plus blanche , la plus rose et la mieux faite. Elle était , pour son âge , la plus aima fille qui fût au monde. Que vous dirai- je? L «dame de Matagrifofit à sa fille une donation eut vifs y et lui céda , après sa mort y la baronnie d Matagrifo et tous les droits qu'elle avait sur 1 principauté, pour en faire et ordonner toutes ses volontés j^ et dégagée de tout autre lien.

Ceci étant fait, etles présentsdesépousaille^aussi^ on fit, par la grâce de Dieu , et avec grande solennité, une grande fête, où assistèrent le seigneur roi l^teadame la reine , tous les barons de Sicile , 1< chevaliers catalans , arragonais et latins , et tou^^ ceux de Messine ; et le seigneur infant épousa ma. - — dame Isabelle. L'archevêque de Messine dit la se ; la fête dura quinze jours, et fut telle qu'on était charmé de voir combien toutle monde était satisfait

Quand la fête fut ternunée, le seigneur infant enynena sa femme et sa bellcrmère à Gataneavec tous ceux qui l'avaient accompagné, et donn; à sa femme des dames catalanes , des demoiselles^ catalanes , et des iëmimes et des filles de chevi liers. Lorsqu'ils furent à Catane , le seigneur ii faut fit de grands présents à tous ceux qui étaiei ^^

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venus avec elle. Us restèrent quatre mois à Gatane , et la dame^ belle-mère du seigneur, s'en retourna avec sa suite en Morée , contente et satisfaite; et le seigneur infant y content et satisfait , demeura avec l'infante ; et , grâces à Dieu , il la rendit Ixientôt enceinte , ce dont on se réjouit beaucoup quand on l'apprit. Pendant la grossesse de l'infante 9 le seigneur infant se disposa à se rendre en Morée , avec cinq cents hommes à cheval et beaucoup de gens de pied.

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