CHAPITRE CfJX
Gomment ramiralEn Roger de Luria, allant en Sicile, ravagea les terres de Barbarie , parconrat l'île de Gerbes et Golometa , remporta la ylctoire de Matagrifo , se battit à Brindes contre les Français , leur enleva le pont , et arriva à Messine où on lui fît fête.
Les Français ayant été mis en déroute el chassés de la Catalogne^ le roi En Pierre alla à Barcelonne, et donna à Tamiral et aux siens l'île de Gerbes , à quoi il ajouta des châteaux et de beaux et bons endroits dans le royaume de Valence. L'amiral s'en alla donc très satisfait par plusieurs raisons. Nul ne pouvait en eflPet être plus content que lui, si ce n'est que la mort du roi En Pierre lui causait un grand chagrin. Lorsqu'il eut pris congé du roi En Alphonse, il alla à Sarragosse, puis au royaume de Valence, visiter les lieux de sa dépendance, et enfin il s'embarqua et alla parcourir la Barbarie. Il ravagea le pays , et s'empara de navires et vaisseaux, qu'il envoyait de suite à son chargé d'affaires à Valence. Il alla parcourant ainsi les côtes de Barbarie jusques à Getbes. Quand il fut arrivé à Gerbes , il mit toute rîlè en bon état ; il parcourut les rivages de la terre' ferme , et les gens de cette cote lui payèrent le -même tribut que ceux de l'île de Gerbes, et se réconnurent ses sujets.
Après avoir raffraîchi son monde, il prit le chemin de Colometta, et suivant la côte, il fit
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terre nette de barques ; il enleva beaucoup d'esclaves mâles et femelles, et prit des vaisseaux et navires qui allaient d'Alexandrie à Tripoli, chargés d'épiceries. Il prenait tout. Après être arrivé au-delà de Tunis, il fit passer ses expéditions à Messine. Il prit la cité de Colometta , qu'il ravagea , excepté le château , qui a de fortes murailles, et qui est occupé par des Juifs. Il l'attaqua durant un jour ; au second jour , comme il avait disposé les échelles pour l'escalade, il reçut des propositions de ceux de l'intérieur , qui lui comiptèrent une forte somme en or et en argent. Il jugea qu'il valait mieui accepter cela que de brûler et ravager le château , où personne ne viendrait plus habiter, tandis qu'il pourrait chaque année retirer un tribut semblable. Il quitta Colometta ; alla en Crète et prit terre à Candie. Il raffraîchit sa flotte et alla courant la Romanie et portant le ravage en tous lieux. Il passa par la bouche de SetuU , aborda au port des Guatles , et alla à Suron et à Mocho, où les Vénitiens lui donnèrent d'abon- <lants raffraîchissements. II se rendit à la plage de Matagrifo où il prit terre. Tous les gens du pays, à pied et à cheval , vinrent contre lui; il y avait bien cinq cents chevaliers français et grand nombre de gens du pays à pied. Ils lui présentèrent la bataille. Il fit sortir les cent cinquante chevaux armés qui se trouvaient dans les galères, et les disposa pour le combat. IHeu accorda une telle victoire à l'amirai, que les Français et les gens du pays furent
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tODS pris ou tués. Dès lors la Morée fut dépeuplée d'hommes propres à la défendre. De là il se rendit à Clarenza ; il y mit les habitants à contribution : puis il s'éloigna et alla ravager et piller la cité dePatras, Xifellonie (Céphalonie), le duché' et toute l'île de Corfou qu'il avait jadis pillée. Il vint dans la Fouille , aborda à Brindes^ où il fut sur le point d'être surpris, car le jour qui précéda celui de son arrivée , il y avait passé une nombreuse chevalerie française , ayant pour chef l'Estandar, qui était venue pour garder la ville et la contrée contre En Bérangerd'Entença, qui occupait Otrante et parcourait tout ce pays. Mais comme il débarquait avec ses troupes, la cavalerie sortit vers Sainte-Marie de Brindes.
L'amiral voyant tant de cavalerie, composée de plus de sept cents chevaux français^ se crut trahi ; il se recommanda à Dieu , réunit son monde et fondit sur eux avec une telle violence ^ qu'il les fit rétrograder vers la cité, et les poursuivit jusqu'au pont de Brindes^ où on vit en dedans et ea dehors, les plus belles charges de cavalerie. Les almogavares voyant cette mêlée , et s'apercevant que les Français tenaient ferme , coupèrent leurs lances par le milieu , et se jetèrent au milieu d'eux, éventrant les chevaux et tuant les cavaliers. Que puis- je vous dire? Ils se rendirent maîtres du pont, et seraient entrés avec eux, si le cheval dé l'amiral n'eût été tué.