CHAPITRE CCLXXVIII
Comment se fît la paix entre le sci^ear infant et les Pisans ; et comment ceux de Bonifacio et d^antres endroits firent hommage an seigneur in&nt N*An£M.
On traita longuement de la paix , et le seigneur infant ne voulut jamais consentir à la faire avec eux, s'ils ne lui remettaient le château de Cagliari; enfin la paix fut faite, et il fut convenu que les Pisans tiendraient le château de Cagliari^ au nom du seigneur roi d*Arragon, et que la commune de Pise serait sa vassale et lui fournirait pouvoir, héritage, impôt , toutes et quantes fois que le seigneur ainsi que ses successeurs Texigeraient , personnellement ou des délégués ; et , de plus , que la commune de Pise renonçait à tous droits qu'elle pouvait avoir dans l'île de Sardaigne^ et en tous lieux de ladite île , et qu'il ne resterait plus de bornes dans le château de Cagliari ; mais que la partie des jardins qui était au pied du château^ serait divisée, de manière que la moitié serait pour ledit château , et l'autre moitié pour le château de Bon- Air ; que même , dans le château de Cagliari , il ne se ferait aucun commerce , sinon de Pisans à Pisans ; qu'au-
('^■7) DE RAMON MUNTANBR. 575.
con vaisseau , excepté ceux des Pisans, n'entrerai dans le port ; qu'aucun Sarde ne pourrait y venir acheter ou vendre quoi que ce fût ; que ceux du château deCagliari viendraient se pourvoir au château de Bon- Air de tout cequ'ils voudraient acheter. Les Pisans devaient servir le seigneur roi , et les siens 9 contre tous ceux qui, dans Ffle de Sardaigne, voudraient leur causer quelque dommage; et le seigneur infant leur permit , comme aux autres marchands , de commercer, ainsi que feraient des étrangers , dans toute l'île de Sardaigne , et autres lieux et terres du seigneur roi d'Arragon , pourvu qu'ils payassient les mêmes droits que les Catalans payaient à Pise.
Quand ceci fut arrêté et juré des deuxpart^, la bannière du seigneur roi d'Arragon , avec cent hontimes à cheval , entra dans le château de Cagliari, et fut placée sur la plus haute tour dudit château. Ainsi la paix fut faite et jurée; les portes du château de Cagliari furent ouvertes , et il fut permis à chacun d'y entrer ; et les Pisans, et les habitants de Cagliari firent de même dans le camp et le château de Bon- Air.
Quand ceci fut fait , le seigneur infant envoya l'honorable En Boxa-d'or à Pise, avec l'envoyé de Pise , afin que la commune approuvât et confirmât tout ce qui s'était fait. Elle approuva et confirma.
Lorsque ceux de Corse apprirent cela , ceux de Bonifacio et autres lieux de Corse vinrent trouver le /Seigneur infant et lui firent hommage. Ainsi le
Sj^ CHRONIQUES (»^»7)
seigneur infant fut maîtpe de toute la Sardaigne et de la Corse. Si on considère bien cette afïlsiire ^ il eut bien plus d'honneur à ce que la commune de Pise tint la terre de lui, et que lesPisans fussent ses vassaux, que s*il eût eu le château de Cagliari. D*autre part, le château de Bon- Air se peupla de manière qu'avant qu'il s'écoulât cinq mois , il fut muré et bâti , et il y eut , seulement de Catalans , plus de six mille hommes d'armes ; et de là , en avant y le château de Bon-Air sera destiné à contenir le château de Cagliari y si les Pisans voulaient se mal conduire.