CHAPITRE CCLXXXIII
Des grandes mdcliancetës que les communes de Gènes ont fieiiles aa seigneur roi de Sicile, et qu^ils firent de tous temps à la maison d'Arragon.
La vérité est que le seigneur roi de Sicile, qui était tout entier du parti des Gibelitis , aidait Ik maison de Doriàet de Spinola, et les autres 'grah^ës maisons^qùiétâientsortiesdeGênes^etétaie^talîélés à Savonne .11 leur fournissait de Targent, de là cavalerie , des galères et des vivres. Ainsi, au moyeti dès ^cotirs deDielietdes siens, ils se maintinrent daiis la cité de Savoxii^e , contre le parti de Guelfes , qui était demeuré à Gènes. Ilèst tVès certain que c'est Dieu et le seigneur roi de Sicile qui lés ôiit sôtitentis par leur assistance. Lortcjûe le dufc, filfe du roi Robert , passa en Sicile , ces gens qdl étaient à Savonne promirent au roi de Sicile dé Taider avec des galères , et ledit seigneur rôl y compta fermement. S'il se fût rappelé les nombreux manques dé fol dont ils s'étaient rendue coupables envers le seigneur roi En Jacques , sôb frère, lorsqu'il était en Sicile , et éhvers lui-mêmte , il n'aurait eu aucune confiance en étii. Mais les seigneurs rois , lorsque Dieti leUr fait là grade de lèk faire Vivre lông-tèmtiSj changent souvëiit léi meihbres de leurs Conseils , soit par cauië de nioft, Soit par d'autres tàisotïs ; et Ifes jeunes consëîlletfà sdiit
GiikbiriQuÉs. T. 1^/. — R. làuHTANiR. //. 25
hien dangereux pour toutseigneur.Onsaitbienqu'ils ue sont pas plus sages que ceux qui les ont précédés : ils ne peuvent connaître les affaires aussi-bien que les hommes âgés , qui ont beaucoup vu et entendu ; avec la moitié moins de science , un vieillard donnera de meilleurs avis , en fait de guerres , que le jeune homme , par la raison que le vieux aura vu et entendu plus de choses que le jeune ; et par l'exemple des événements passés , il sait bien mieux pourvoir aux faits présents , et les prévoir d'avance. Aussi je puis bien vous assurer que si le bon comte En Galceran, don Blasco d'Alago, EnNugetd'Ampuries,comled'Esquillacbe,et autres Catalans et Arragonnais^ ou bien messire Matthieu de Thermens et messire Vixi^uera de Palozi, eussent encore vécu , le seigneur roi de Sicile n'aurait pas perdu, à secourir les Génois , tout ce qu'il a perdu ; car tous ces vieillards lui auraient rappelé ce qui s'était passé jadis. Et de même qu'il a été trompé à présent , ainsi le seront , dans tous les temps f trompés , et lui et tous les rois qui auront de la confiance dans les conftnunes. Et il est bon que je leur rappellera tromperie que les Génois , firent au seigneur roi de Sicile , lors du passage du duc dans la Sicile.
Il est certain que le seigneur roi de Sicile envoya à Savonne des secours en gaières et en argent ; ils lui promirent qu'ils le seconderaient avec vingt - cinq galères , et il compta là-dessus. Lesdits Génois firent si bien , que l'été s'écoula, et 'le duc fut hors de Sicile, et arriva près de
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Messine^ en Galabre, ainsi que je vous Tai dit, avant qu'il eussent fait leur armement. Lorsqu'ils surent que le duc avait quitté la Sicile et était passé dans la Galabre , ils partirent de Savonne et vinrent près de Trapana , qui était à deux cents milles du lieu où se trouvait le duc. Voyez comment ils pouvaient se trouver avec lui , et quels furent les secours que le seigneur roi de Sicile reçut des Génois , et l'usage qu'ils firent des fonds qu'il leur avait fait passer pour armer. Il ne leur suffit pas de ce manque de foi et de cette tromperie ; mais ils examinèrent s'ils ne pouvaient point , au moyen de ces vingt-cinq galères , nuire au roi de Sicile , au lieu de le servir , comme ils auraient dû le faire. Et ils s'arrangèrent avec la commune de Pise, pour pouvoir, avec les vingtdeux galères qu'ils avaient tirées de Savone , secourir la commune de Pise contre le seigneur roi.d'Arragon ; et la commune de Pise leur donnait mille florins par mois, pour venir avec l'armée de Pise apporter au château de Gagliari des vivres et des troupes ; et il fut convenu entre eux , que Gaspard Doria , qui était l'amiral des vingt-cinq galères , serait amiral de Pise , et que tous seraient dotés en Sardaigne. Telles furent les conventions entre eux et la commune de Pise. N'estil pas certain qu'ils rendirent service au seigneur roi de Sicile, en faisant un traité avec les Pisans, contre le roi d'^rragon , qui est son frère aîné. Et ils furent si déboutés devant Dieu et devant les liom^
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mes, qu*il ne me paraît pas qu'ils doivent profiler de ce qu'ils font ; car Notre Seigneur , vrai Dieu , qui est vérité et justice, juge chacun selon ses intentions. Or la maison d'Arragon et sesdescendants^ sont toujours allés , et vont et iront toujours en avant > en suivant la bonne foi et la vérité ; aussi Dieu les élève et fait croître , et leur accorde des victoires en toute occasion. Mais ceux qui vont par ruses et faussetés , il les confond et les abat. Je vais vous conter la fin de cette déloyale association , qui eut lieu entre la commune de Pise et les Génois de Savone quel en fut le chef et comment la justice du vrai Dieu tomba sur eux ^ ainsi qu'elle fera en tout temps sur ceux qui vont par malice et fausseté.