‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 3)Chapitre 139 sur 159 · CHAPITRE CCLXXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLXXXIV

Comment deux galèrea légères, chargées de vivres, entrèrent dans la palissade au châteaa de Gagliari; et comment l'amiral En François Garrot les prit avec tout Fëquipage ; ce que les Pisans ayant appris , ils ré" solnrent de venir au secours du château de CagUari.

Iiicst certain que l'association étant formée entre eux, comme la société du rat et de la grenouille, où Tun voulait tromper Tàutre , ainsi que vous le verrez dans les fables d'Esope, et où chacun d'eux allant dans de mauvaises intentions, survint le milan qui emporta l'un et l'autre, ' il en advint de

I . C'est la 3* fable du premier livre de la traduction catalane des fables d'Ésope.

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même à ceux-ci^ qui dans leur association étaient dans de mauvaises intentions pour se décevoir et se tromper mutuellement ; et la puissance de la maison d'Arragon leur est venue àla traverse , et les a tous dévorés et détruits , et fera toujours.,, ainsi s'il plaît à Dieu.

Vous savez que quand Tarmée fut commandée à Pise pour venir au secours du château de Gagliari, il y eut ving-trois galères des Génois, vingt-cinq des Pisans , six vaisseaux , un navire et beaucoup de barques réunis à Pise ; de sorte qu'ir partit bien de Pise soixante voiles. Quand le noble En François Garros , amiral du sei-* gneur roi d*Arragon , sut que cette flotte venait contre lui , dans Tintention de secourir le château de Cagliari que ledit amiral tenait assiégé , il résolut de faire tous ses efforts pour empêcher que ce renfort de troupes n'entrât dans le château , et il fit ses dispositions comme celui qui est un des plus braves et habiles chevaliers du monde. Il réfléchit sur les événements passés et sur ceux qui devaient arriver , ainsi que vous allez le voir. Je pense que vous savez que lorque ceci eut lieu , il j avait deux mois que deux galères légères des Pisans étaient venues de nuit à la palissade, sans quel'amiral En Garros s'en aperçût. Elles entrèrent dans lapalissade ; c'étaient des galères légères de rames ; elles apportaient des vivres , et les déposèrent au château de Gagliari ; et le matin, quand l'amiral vit ces galères dans la palissade , il fut très mé-

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content ; mais avec l'aide de Dieu et son' habileté, la chose tourna à bien, à profit, et à contentement pour lui. Il fit entourer lesdiles galères de manière qu'elles ne pussent sortir sanspasser sous sa main ; et il les garda si bien, que les équipages desdites galères eurent le temps de manger plus de provisions qu'elles n'en avaient apporté. Les voyant en cet état, une nuit , il s'approcha d'elles par mer et par terre , et les surprit si bien , qu'il s'empara des deux galères et de leurs équipages ; et ils furent si bien accommodés parles Catalans , qu'ils périrent tous, excepté trente qui , au jour,ayant été irouvésvivants ne furentpointtués; mais on leur mit les fers aux pieds, et on les fit travailler à la la muraille et au fossé que l'amiral faisait faire audit lieu de Bon air , qui fut bientôt une des plus belles cités que Ton put jamais voir édifier en dix fois plus de temps.

Il faut que vous sachiez qu'en ce temps là , il s'y trouvait plus de six mille Catalans avec leurs femmes, et il n'y avait pas trois ans que l'amiral avait commencé à la faire bâtir, tandis qu'il tenait assiégé le château de Cagliari , et que le seigneur infant assiégeait Villa Des Gley es; et lesPisans n'ignoraient pas que la seule cité de Bon-air pourrait tenir assiégé le château deCagliari.Et pourque vous sachiez quelle est la place de Bon-air pour le commerce, je vous dirai que, lorsque l'amiral sut que la flotte était partie de Pise, composée au moins de soixante voiles, comme vous l'avez vu ci-devant, il fit le

recensement des forces de la cité de Bon-air ; et il trouva quatorze grands navires , dont douze étaient Catalans , un appartenait au roi de France et , qui était venu deChipre, et l'autre était Génois, appartenant jadis à la ville de Génes^etdont l'amiral s'était emparé. Il y avait ensuite trente-six vaisseaux à un pont y appartenant aux Catalans. L'amiral avait en outre avec lui vingt-deux galères , avec cinq vaisseaux , et huit vaisseaux armés , ainsi que des canots qu'il avait fait faire pour aller sur l'étang. Et l'amiral avait fait placer tous les navires en ligne devant la palissade , quand il s'était aperçu du tour que lui avaient joué les deux galères , et si bien rangés que rien ne pouvait pénétrer dans la pa* lissade. Je vais cesser de vous entretenir de la cité de Bon-air et de l'amiral , pour vous parler des Génois et des Pisans.

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