CHAPITRE CCXCVI
Des nobles que le seigneur roiN^Anfosarma chevaliers nonyeavx à son conronuement, et de cenx que firent Finfant En P. et FinfantEnRy Bërenger,etde beaucoup d^acires chevaliers nouveaux qm furent alors créëi.
Je vous ai déjà parlé d'une partie des prélats , et Riches-Hommes^ et autres personnes de distinction qui se réunirent à cette fête. Il est bien juste que je vous nomme les nobles que ledit seigneur roi fit chevaliers nouveaux dans ce bienheureux jour, et ceux que le seigneur infant En Pierre, et le seigneur infant En Béranger, firent aussi chevaliers. Le noble En Folch, et chacun de ces nobles J&rent aussi beaucoup de chevaliers nouveaux , ce qui fut réglé comme vous allez le voir.
Premièrement le roi fit chevalieu:', ce jour là, le noble don Jacques De Xirica, et ledit noble fit vingt
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chevaliers. Ensuite le seigneur roifit chevalier le noble fils du juflpd'Ârborée^etilfut décidé que quand il serait en Sardaîgne, il ferait vingt chevaliers nouveaux, dix Catalans et dix Arragonnais, lesquels il doit armer en Sardaigne, nepouvantle faire encette cour, attendu qu'il n'aurait pas le temps de les prépai:er; mais autant vaut, puis qu'après les avoir reçus en sa maison, il les fera et armera chevaliers en Sardaigne. Après cela, le seigneur roi fit chevalier le noble En Ramon Folch, vicomte de Cardona; et ledit noble fit trois nobles chevaliers , savoir : Ramon de Cardona , son frère , le noble En Amoros de Ribelles, et Je noble Pierre de Régal ; chacun de ces nobles fit dix chevaliers. Ensuite ledit seigneur roi fit chevalier le noble EnLlop de Luna; et ledit noble fit aussitôt vingt chevaliers.^ Le roi fit chevalier le noble A. Roger ^ comte de Pallars, et ledit noble fit aussitôt vingt chevaliers. Le seigneur roi fit chevalier le noble Alphonse-Ferdinand , seigneur d'Ixer , et ledit noble en fit quinze. Le seigneur roi fit chevalier le noble En 6. d'Anglesola, et ledit noble en fit dix.Le seigneur roi fit chevalier le noble En Pierre de Corneyll, qui en fit dixj et puis Guillaume de Cervello, qui en fit dix; ensuite le noble En Not de Moncada, ,qui en fit dix.
Quand le seigneur roi eut fait chevaliers ces Riches-Hommes, le seigneur infantEn Pierre fit chevalier le noble En Dalmau, vicomte de Castellnou, qui fit dix chevaliers, et le noble En G. d'Aril^qui en fit dix ; et le noble vicomte de YiUamur , qui en fit
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dix ; et le ooble Gilabert de Gruylles y qui en fit six. Après quoi l'infant En Ramon Bérana|r se leva, et fit nouveaux chevaliers trois Ricbes^ommes , et ceux-ci en firent^ qui dix, qui huit. Et les noUes que Finfant En Ramon Bérangerfit chevaliers, furent les premiers qu'il ait faits. Que vous dirai- je? Lorsque ces seigneurs et Riches-Hommes eurent fait ces nouveaux chevaliers, d'autres Riches-Hommes de Catalogne et d'Arragon firent beaucoup d'autres chevaliers. Je puis vous dire que ] 'y comptai deux cent cinquante-six nouveaux chevaliers^ sans compter les nobles. Et bien certainement^ il j en eut beaucoup plus qu'un homme n'en pourrait compter, tant la presse était grande. Et tous ces nouveaux chevaliers furent habillés de drap d'or et de velours vert ; lesquels vêtements ils donnèrent aux jongleurs ; et puis ils se revêtirent d'habits d'étoffe rouge , et tous eurent des manteaux garnis de velours vert ou d'hermine , des cottes d'armes et jupons en étoffes rouges et de longues robes.
Il ne faut point parler des chevaux et des harnois et des freins , car on n'en vit jamais de plus beaux.
Voici l'ordre qui fut suivi : Chaque Riche-Homme sortant de l'église montait à cheval avec tous ses nouveaux chevaliers. Ils se rendaient ainsi à l'Aljaferie^ qui est un palais du seigneur roi; et nul ne marchait a\^ec eux^ si ce n'est le Riche-Homme qui se mettait à la tête des nouveaux chevaliers qu'il avait fait.Tous montaient de beaux chevaux; et celui qui était jaloux de voir de beaux et
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bons chevaux et rickemeot harnachés, pouvait hien là se satisfaire. Des fils de chevaliers les précédaient à cheval , portant chacun l'épée de son sei-« gneur^^ de son frère ou de son parent , nouveau chevalier. Derrière les nouveaux chevaliers , venaient à cheval d'aut>*es fils de chevaliers leur portant leurs armes ; et nul autre n'osait se mêler à leur marche y et chaque troupe marchait au son des trompettes ^ des timbales , flûtes y cimbales et beaucoup d'autres instruments. En vérité , vous eussiez dit. qu'il j avait plus de trois cents paires de trompettes. Il y avait d'autres jongleurs^ soit cavaliers sauvages y soit autres^ au nombre de plus de mille ; et l'on poussait de tels cris^ et l'on faisait un tel bruit que la terre et le ciel semblaient se confondre. Dans cet ordre ils se rendirent tous, pleins de joye , de l'église Saint-Sauveur à l'Aljaferie. Outre cela il y avait plus de trois cents lanciers, cent chevaliers, ou fils de chevaliers , ou des notables citoyens, qui tiraient au but; et d'un autre côté , plus de cent hommes à cheval , du royaume de Valence et de Murcie , qui joutaient à cheval. Auprès de l'Âljaferie était un champ clos où l'on pouvait voir tuer les taureaux. Chaque paroisse amenait au son des trompettes et avec des signes de joie , son taureau richement orné. Elles avaient chacune leurs piqueurs, qui tuaient leurs taureaux. On voyait aussi dans les rues, des danses de femmes et de filles ^ et beaucoup d'autres bonnes gens. Que vous dirai-je? L'allégresse était si grande^
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que chacun élait avide de regarder ça et là ; el que nul ne portait atteinte à la joie d'^trui.
Celte fête dura depuis la veille de Pâques, jusqu'au vendredi après Pâques,par le plus beau temps du monde, et avec la meilleure concorde qui fût jamais entre les hommes ; et on ne peut dire qu'il y eût la moindre mauvaise parole dite de Tun à l'autre, du plus haut au plus bas^ depuis le jour que nous fûmes réunis à Sarragosse jusqu'au jour que nous en partîmes. On s'y réunit avec concorde , on y séjourna avec concorde et on se sépara avec concordciet amitié. Tout le monde fut bien logé , tant les prud'hommes avaient bien ordonné la chose ! et chacun mangea avec le seigneur roi la veille de Pâques, et le jour de Pâques et le lundi; et ensuite autant qu'il plut à chacun ; car tant que la cour plénière dura, nulle porte ne fut fermée , mai» le seigneur infant En Pierre, et le seigneur infant En Ramon Béranger , quand ces trois jours furent passés, firent chacun une grande invita-* tion , et le mardi , le seigneur infant En Pierre invita ledit seigneur roi, et tous les Riches-Hommes, prélats, chevaliers et notaI)les citoyens, et tous ceux qui voulurent y aller manger. Ce jour là , le seigneur infant En Pierre tint vme cour brillante , et fit des présents nombreux aux Riches-Hommes , chevaliers , notables , et à toutes autres personnes ; et le mercredi suivant , le seigneur archevêque de Tolède en fit autant à la maison de l'ordre des frères mineurs de Sarragosse , où il était logé ; et
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le jeudi y le seigneur infant En Ramon Béranger en fit autant. Que vous dirai-je? La cour fut ainsi entièrement dans la joie jusqu'au jeudi soir , avec un très beau temps ; et le vendredi au matin , il vint par la grâce de Dieu, une bonne pluie. qui couvrit TArragon , la Catalogne , le royaume de Valence et de Murcie et dura jusqu'à la fin du jour du dimanche suivant. Ainsi la terre , qui en avait grand besoin , fut satisfaite , par la grâce de Dieu, de bon seigneur et de bonne paix , car le seigneur avait le bonheur d'être alors en paix avec toutes les nations du monde, ce qu'on ne peut dire de nul autre roi ; car celui-ci est en bonne paix avec tous ses sujets , et son pays fut satisfait par une pluie salutaire. Veuille le seigneur lui accorder une vie longue et heureuse , et le conserver à ses sujets, comme le seigneur le plus gracieux , le plus sage , et le meilleur chevalier qui soit au monde , et l'un des plus catholiques et des meilleurs chrétiens. Là furent aussi ses deux heureux fils , savoir le seigneur infant En Pierre , l'aîné , qui est juré roi d'Arragon après le seigneur roi son père. , et ensuite le seigneur infant En Jacques , qui est comte d'Urgel. Et chacun de ces heureux- infants ceignit l'épée à un grand nombre de Riches-Hommes qu'ils firent chevaliers. Ils leurs firent bien des présents , leur accordèrent beaucoup de grâces ; et sdnsi toute la cour fut bénie de Dieu , de madame sainte Marie, et de tous les bienheureux saints et saintes ; Amen.
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on avait désigné les lieux où ils devaient demeurer.
Et quand on futhors du signe sonnant^ le seigneur roi sortit de F Aljaferie, pour se rendre à Saint-Saaveur, dans Tordre suivant : premièrement, Tenaient à cheval tous les fils de chevalier , portant les épées des chevaliers nobles ; ensuite venaient les épées des nobles qui devaient être nouveaux chevaliers ; et, après les épées desdits nobles, venait répée du seigneur roi , que portait le noble En R. Corneyll; et après Tépée du seigneur roi, venaient deux charettes du seigneur roi, lesquelles portaient deux cierges, ayant chacun plus de dix quintaux de cire , et qui cheminaient allumés. Toutes fois ils n'étaient pas fort nécessaire , puisque les autres lumières étaient si multipliées qu'on y voyait comme en plein jour.
Après les deux cierges , venait le seigneur roi monté sur son cheval, qui était couvert du plus beau harnois qui fut jamais fait de main de maître ; et répée qu'on portait devant lui , ainsi que je vous Tai déjà dit, était la plus riche et la plus [ornée qui fut jamais au pouvoir d'un empereur ou d'un roi.
Après ledit seigneur roi , venaient ses armes , que portait un noble ; et deux autres nobles étaient autour des armes ; ainsi les armes et celui qui les portait, marchaient entre deux nobles; et le noble En Ramon Corneyll, qui portait l'épée, marchait au milieu de deux nobles.
Après les armesdu seigneur roi, venaient tousies noblesque le seigneur roi devait faire chevaliers. Et
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après eux , venaient les nobles que le seigneur in* faot En Pierre devait faire chevaliers;ensuite les no* blés que En Ramon Déranger devait faire chevaliers; et puis les nobles que En Ramon Folch devait faire chevaliers ; et après ces Riches-Hommes , venaient les autres qui devaient être faits chevaliers nouveaux ^ tous rangés deux à deux.
Après que tous ceux-ci eurent défilé , vinrent toutes les armes , deux à deux ; des chevaliers portaient toutes les armes et les épées des nobles ; des fils de chevaliers portaient celles des autres chevaliers, et tous marchaient ainsi rangés en calvacade , et couverts de riches draps d'or , avec de belles armes. Et , comme je vous ai déjà dit, ils allaient deux à deux à la suite dudit seigneui* roi. Nul auti*e n'osait chevaucher à Tentour , excepté le seigneur infant En Pierre et le seigneur infant En Ramon Réranger , qui empêchaient que nul ne quittât la place qui lui était assignée. Ainsi, par la grâce de Dieu , et au ^ bruit des tambours, des cimballes , des trompettes, des timballes et autres instruments , et des cava* liers sauvages qui criaient tous ! Arragon ! et des gens des grands seigneurs , on vint à l'église de Saint-Sauveur. Il fut plus de minuit quand le roi et sa suite furent arrivés à l'église. Là, ils veillèrent tous ensemble et récitèrent les uns et les autres des oraisons , se réjouissant et chantant les louanges de Noire-Seigneur Jésus-Christ ; ils passèrent ainsi cette heureuse nuit ; ils entendirent les ma-
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Lines bien (dévotement. Là , furent tous les archevêques, évêques, abbés et prieurs, qui dirent toutes les prières avec grande dévotion ; et quand le jour fut venu , rarchevêque de Sarragosse se revêtit de ses habits de messe , et le roi^ de sa propre main, plaça la couronne sur le maitre-autel , ainsi que son épée ; il se revêtit ensuite d'un surplis , comme s'il allait dire la messe , et mit par -dessus le surplis le manteau rojal le plus riche dont jamais empereur ou roi ait été revêtu ; et à chaque vêtement qu'il prenait , l'archevêque lui faisait sa prière ^ qui était ordonnée dans les livres canoniques. Ensuite il mit l'étoleà son col et sur les épaules, ainsi qu'on doit le faire. Cette étole était si riche , si chargée de perles et de pierres précieuses , qu'il serait difficile de dire ce qu'elle valait , et la chasuble était tout aussi riche et brillante. Après quoi, ledit archevêque de Sarragosse dit la messe avec grande solennité; et quand la messe fut commencée etl'épître dite, ledit seigneurse fit phaussser * les éperons; l'éperon droit, par son frère le seigneur infant En Pierre, le gauche, parle seigneur infant EnRamonBéranger. Cela étant fait, le seigneur roi s'approcha de l'autel, et prenant l'épée , il se prosterna et entra en oraison devant l'autel ; et ledit seigneur archevêque lui dit debout une très belle oraison. Quand elles furent finies, et que ledit seigneur roi eût fait sa prière , il baisa la garde de l'épéè et se ceignit lui-même ladite épée ; et quand il l'eut ceinte , il la sortit de son fourreau
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et l'agita trois fois. A la première fois qu'il l'agita^ il défia tous les ennemis de la sainte foi catholique ; à la seconde ^ il promit de secourir tous les orphelins , les pupilles et les veuves ; et à la troisième , il promit de rendre justice pendant toute sa vie, aux grands comme aux petits ^ aux étrangers comme à ses sujets.
Il remit ensuite l'épée dans le fourreau , et Tévangile étant chanté , il offrit sa personne et son épée à Dieu y le priant de le tenir en sa garde et de lui accorder la victoire contre tous ses ennemis. Ledit seigneur archevêque Toignit du saint chrême sur l'épaule et au hras droite et il entendit ainsi la messe. Et qtiand la messe fut dite, le seigneur roi se déceignit l'épée lui-même et la remit sur l'autel auprès de la couronne.
Après avoir dit cette messe ^ l'archevêque de Sarragosse revêtit le seigneur infant Jean, archevêque de Tolède, frère dudit seigneur roi; et quand il fut revêtu et eut commencé la messe , ledit seigneur roi prit lui*même la couronne de dessus l'autel et la plaça sur sa tête. Cela étant fait, le seigneur archevêque de Tolède, le seigneur infant En Pierre, et le seigneur infant En Bamon Béranger la lui affermirent. Et au moment où le seigneur posa la couronne sur sa tête, ledit archevêque» les éveques, abbés, prieurs et les infants avec eux s'écrièrent à haute voix : Te Detàm Imtdamus; et à mesure qu'ils entonnèrent ce chaAt » le seigneur roi prit le sceptre d'or en la
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main droite, le plaça dans sa main gauche ; il prit ensuite la pomme dans la main droite, et à chaque chose qu*il recevait , ledit seigneur archetéque disait une longue oraison.
Après tout cela, et 1 évangile étant chanté , le seigneur roi , une seconde fois , et avec beaucoup de respect , offrit à Dieu et sa personne et sa couronne. Il s'agenouilla fort humblement devant Tautel, et ledit seigneur archevêque termina la messe; et quand elle fut terminée, ledit seigneur roi reçut de respectueuses félicitations ; et par la grâce de Dieu et de sa chevalerie^ et de la sainte seigneurie royale, il fut oint et sacré pour roi et seigneur des royaumes d'ArragQU ,.de Sardaigne, de Valence ^ de Corse , et comte de Barcelone. Il alla devant Tautel de Saint-Sauveur se placer sur le siège royal ; il déposa le sceptre et la pomme sur l'autel, .fit venir chacun des nobles que je vous ai déjà nommés, et lesfit tous chevaliers dans le même ordre que j'ai déjà désigné. Et àmesure qu'un Riche- Homme était fait chevalier, il se rendait dans la chapelle qui lui était destinée , et là il faisait de nouveaux chevaliers. Et le seigneur infant En Pierre alla aussi dans la chapelle qui lui était assignée; il fit chevaliers les quatre Riches^ Hommes; et le seigneur infant En RamonBéranger en fit autant; et le noble En Ramon Folcb de même; et chacun des Riches-Hommes qu'ils faisaient chevaliers allait à la chapelle qui lui était assignée et faisait les chevaliers qu'il devait faire : et à mesura
que chaque Riche-Homme avait fait ses chevaliers^ il se rendait avec eux à rAljaferie, comme je vous ai déjà dit. Quaad tout cela fut fait, le seigneur roi prit la pomme dans la main droite et le sceptre dans la main gauche, et avec la couronne sur la tête, et dans les mains la pomme etle sceptre-, il sortit de l'église et monta sur son cheval. Devant lui, on portait son épée , et derrière lui ses armes, dans le même ordre que vous avez vu qu'on l'avait fait pendant U nuit, quand on était allé veiller à l'église-. Ejt si vous voulez savoir quelle était la couronne , je vous dis que la couronne était d'or, toute garnie de pierres précieuses , telles que rubis, rubis-balais, saphirs , turquoises , émeraudes , et des perles aussi grosses qu'un œuf de pigeon. U T avait sur le devant seize escarboucles; et la*, couronne avait bien de hauteur un pan de Montpellier ; elle avait quatorze fleurons , et les marchands lapidaires l'estimaient valoir cinquante mille livres de Barcelone. Le sceptre était d'or et avait bien trois pans de longueur ; et au haut du sceptre, il y avait un rubis, le plus beau qu'on ait jamais vu, et qui était aussi gros qu'un œuf de poule. La pomme était d'or et était surmontée d'une fleur en or garnie de pierres précieuses, et ^lU - dessus de la fleur était u ne croix richement ornée de pierres précieuses. Et le cheval était le mieux harnaché qui fut jamais.
Il monta à cheval avec la dalmatique^ l'étole^,. le surplis, et ladite couronne sur la têtç, la pomme
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dans la ulain droite et le sœptre dans ta gauche. Au frein du cheval étaient deux paires de rênes : les unes tenaient au frein attaché ao cou du cheval, et le seigneur infant En Pierre tenait celles du côté droit ; et le seigneur infant En Ramon Béranger , et grand nombre de nobles de Catalogne et d'Arragon étaient au côté gauche. Les autres rênes étaient de soie blanche et avaient cinquante pans de longueur chacune ; c'étaient des Riches-Hommes , des chevaliers , des notables citoyens allant à pied^ qui les tenaient. Après ceuxci venaient nous autres six , députés de Valence, et six de Barcelone^ et six de Sarragosse, et quatre de Tortose , ainsi que des autres cités ; de sorte que toutesles rênes étaient tenues par de semblables personnes qui l'adextraient à pied ; et nul autre n'était à cheval à Tentour , excepté celui qui portail l'épée devant tous les adextreurs ; et après lui venait celui qui portait les armes ; et chacun d'eux était accompagné de deux nobles , ainsi que vous l'avez déjà vu.
Derrière les armes du seigneur roi venaient les Riches-Hommes , sur des chevaux élégamment harnachés, lesquels Riches-Hommes le roi avait fait nouveaux chevaliers.
Au milieu des démonstrations de la Joie la plus vive, sa royale majesté ointe, sacrée et bénie de Dieu en toutes choses, vint à l'Aljaferîe , ainsi que vous l^avez vu ci-devant; et certes la neuvième heure fut passée avant qu'il y fût rendu. Et ton-
jours sur son cheval , il entra dans le palais royal ; il descendit avec la couronne sur la tête, la pomme dans la main droite^ le sceptre dans la main gauche^ et monta ainsi à sa chambre. Après un assez long intervalle , il sortit de la chambre ajant sur la tête une couronne plus petite y l'autre étant trop pesante : toutefois elle n'était pas tellement petite qu'elle n'eut plus d'un demi pan de hauteur^ et elle était si riche et si belle , qu'on l'estimait vingtcinq mille livres.
Je veux que vous sachiez que le seigneur roi étant sur son cheval , et sortant de Saint-Sauveur , on estimait qu'il portait sur lui ou le harnais du cheval la valeur de cent cinquante mille livres de Barcelone. Et comme je vous l'ai dit , le seigneur roi, avec une couronne plus petitQ sur la tête , et la pomme et le sceptre , vint s'asseoir pour manger. On lui avait préparé au coté droit de la table un siège d'or sur lequel il plaça la pomme ^ et à gauche un autre siège d'or où il plaça le sceptre tout droit. Et à sa (able^ qui avait dix-huit pans de long , s'assirent , loin de lui , à droite, son frère le seigneur infant et monseigneur En Jean son frère, archevêque de Tolède. El de l'autre côté , plus loin du siège , le seigneur archevêque de Sarragosse, et l'archevêque d'Arborée après l'archevêque de Sarragosse. A une autre table s'assirent les évêques; à une autre les abbés et prieurs, et puis de l'autre côté, à droite, s'assirent tons les Riches-Hommes qui avaient èlé faits
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chevaliers ce jour-là. Après, s'assirent tous les chevaliers qui avaient été faits nouveaux chevaliers. Et le seigneur roi était assis au milieu ^ et si élevé que tout le monde pouvait le voir.
Ensuite^ nous notables , nous fûmes tous rangés avec ordre, de sorte que nous étions réunis tous ceux du même lieu ; et l'on assigna aux nobles , aux chevaliers, aux fils de chevaliers, des serviteurs pour les servir, ainsi qu'il appartenait à chacun , selon son rang et la solennité de la fête ; et tous furent bien traités et servis ; et ce fut si merveilleux, parmi une aussi grande quantité de monde, que nul ne pourrait le croire s'il ne l'avait vu*
£t vous ayant dit comment en général tous furent servis , je vais vous dire spécialement comment fut servi le seigneur roi. 11 est certain que le seigneur infant En Pierre voulut être majordome ce bienheureux jour de Pâques , et c'est lui qui prescrivit l'ordre que je vous ai fait connaître. Et le seigneur infant En R. Béranger donna l'eau pour les mains dudit seigneur roi. Il fut prescrit au seigneur infant En R. Béranger de présenter la coupe au seigneur roi ; ensuite douze nobles , qui servaient avec lui à la table du seigneur roi , et le seigneur infant En Pierre, avec deux nobles, se tenant tous les trois main à main , et lui au milieu d'eux , vint premièrement en chantant un air de danse qu'il avait composé , et tous ceux qui apportaient les mets lui répondaient ; et quand il fut à la table du roi, il
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prit la coupe et U posa devant le seigneur roi en saluant; il fit également les fonctions d'écuyer tranchant. Et quand il eul servi le premier mets au roi, et eut terminé Tair de danse, il posa son manteau et sa cotte de drap d'or à bordure d'hermine , et ornée de beaucoup do perles , et les donna à un jongleur, et aussitôt on lui prépara d'autres riches vétemens qu*il mit sur lui ; et il fit la même cérémonie à tous les mets qu'on présenta. De sorte qu'à chaque mets qu'il offrait , il chantait un air de danse qu'il avait lui-même inventé , et il donnait les vêtements qu'il portait , et qui étaient tous fort beaux. On apporta bien dix sortes de viandes , et chaque fois qu'il avait placé quelque mets devant le seigneur roi, et fait son salut ^ les nobles, les chevaliers et autres serviteurs posaient sur les tables autant de viandes, et nul ne pourra rien diminuer de ce que je dis.