‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 3)Chapitre 58 sur 159 · CHAPITRE CCI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCI

Gommeiit frère Ro^ , megaduc de Bornante , ptît €Oi|g4 da seigneur roi de Sicile , et passa avec deux mille cinq cents cayaliers armés , et dnq mille almogayares et piëtons , en Romanis* ^

Ainsi tous se réunirent avec leurs femmes et leurs enfants^ joyeux et satisfaits du seigneur roi. Jamais roi ne sut mieux récompenser ceux qui

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l'avaient servi, et ne donna autaDt et plus qu'il ne pouvait; car chacun saura que le seigneur roi n'avait pas de trésor , et qu'il sortait de guerres telles qu'il ne lai restait rien. Les riches hommes et les chevaliers se réunirent, et les chevaliers et callfliers eurent double ration de toute chose. Mais En Béranger d'Ëntença ne put être prêt à. à cette époque , ni En Béranger de Roc^ort , parce que En Béranger de Rocafort occupait dans la Calabre deux châteaux , qu'il n'avait pas voulu rendre à la paix , avant d'être payé de la solde due à lui et à sa troupe. Il ne put donc tous les reunir; mais il eut avec lui Fernan Ximenès d'Arenos, En Ferran d'Aunes, EnCorberand'Alet, En Pierre d'Aros^ En Pierre de Logranet beaucoup d'autres chevaliers adalils et almogavares. Lorsqu'ils furMit réunis, en y comprenant les galères, navires, barques etbateaux, o n comptait trente-six voiles. Il y eut mille cinq cents hommes de cheval inscrits, pourvus de toutes choses, excepté de chevaux; et bien quatre mille almogavares et mille hommes de pied qui montaient les galères , et les matelots et mariniers qui faisaient partie de la flotte. La plupart de ces derniers étaient Gatalansou Aragonais , et emmenaient avec eux leurs femmes ou leurs maitresses et leurs enfants. Us prirent congé du seigneur roi , et partirent à la bonne heure de Messine avec grande . jjoie et satisfaction ^

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CHAPltB^E CCII.

Comment le meçadnc prit terre à Malvoisie et jMissa a Gonstantinople , où il fut bien acceuilli par Tempereur et son Gis » et commeiiiWc* les Catalans et les Gënois eurent une querelle, dans laquelle moururent trois mille Génois.

Dieu leur donna un bon temps , et dans peu de jours ils prirent terre à Malvoisie. Là onleur^fit beaucoup d'honneurs , et on leur donna de grands raffraîcbissements de toutes sortes. Ils y trouvèrent aussi un ordre de Temperèur d'aller directement à Gonstantinople , et ainsi firent-ils.

Ils partirent de Malvoisie et s'en allèrent à Gonstantinople; et lorsqu'ils furent à Gonstantinoplle , l'empereur , le père et le fils , les reçurent avec grande joie et grand plaisir, aussi-bien que tpus les gens de l'empire. Mais si ceux-là étaient satisfaits , les Génois en étaient très fâchés , parce qu'ils voyaient bien que si cette troupe s'établissait, ils perdraient l'honneur et le pouvoir qu'ils avaient dans l'empire ; car jusques là l'empereur n'avait osé, faire que ce qu'ils voulaient ; et de là en avant/ ils voyaient bien qu'on les regarderait comme rien. Que vous dirai-je? Les noces se firent. Le megaduc prit pour femme la nièce de l'empereur, qui était une des belles demoiselles et des sages personnes du monde , et qui avait environ seize ans. Ces noces se célébrèrent avec grande joie et

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grande satisfaction. On donna à chaque hpoime la paie de quatre mois.

Tandis que cette grande fête avait lieu, les Génois, par leur orgueil, suscitèrent des querelles aux Catalans, de sorte qu'il s'ensuivit une rijSb très grande. Un méchant homme, nommé Roso de Finar, prit l'étendard des Génois et vint devant le palais de Blaquernes. Nos alinogavares et nos hommes de mer sortirent à leur rencontre , et jamais le megaduc , ni les Riches-hommes , ni les chevaliers ne purent les retenir. Ils s'en allèrent au dehors avec un penon royal , et avec eux allèrent seulement environ trente écuyers avec des chevaux armés à la légère; et quand ils furent les uns près des autres , les trente écuyers brochèrent des éperons se jettèrent là où était l'étendard , et abbatirent à terre ce Roso de Finar , et les almogavares fondirent aussi sur eux. Que vous dirai-je? Ce Roso de Finar et plus de trois mille Génois y périrent : et tout cela l'empereur le voyait de son palais , et il avait grande joie et plaisir , si bien qu'il dit devant tous : « A présent, les Génois qui avaient » tant d'orgueil ont trouvé leurs maîtres; et » c'est fort bien fait que, pour la punition des » Génois, les Catalans se soient présentés. »

Lorsque l'étendard des Génois fut abattu , et que Roso fut mort, ainsi que d'autres hommes éminenls, les almogavares, qui avaient tué leurs ennemis , voulaient aller ravager Pera , qui est un faubourg habité par les Génois ; c'est là qu'étaient

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tous les trésors et les marchandises des Génois. Qaand l'empereur vit qu'il s'en allaient ravager Pera^ il appela le megaduc et lui dit : « Mon » fils , allez à vos gens , et faites les revehir. S*îls » ravagent Fera, l'empire est détruit, car ces » Génois ont beaucoup de choses à nous, ion » barons et aux autres personnes de l'empire. » Aussitôt le megaduc monta à cheval , et le bâton en main, accompagné de tous les Riches -hommes et chevaliers qui étaient allés avec lui et le suivaient , il s'avança vers l'almogavarie , qui se disposait à envahir Pera^ et la fit revenir. Ainsi, l'empereur demeura satisfait et joyeux.

Le lendemain il leur fit donner à tous une autre paie et leur fit dire de se disposer à passer la Bouche-d'AvieS et aller contre les Turcs, qui sur ce point , avaient pris à l'empereur plus de trente journées de pays , avec beaucoup de bonnes cités, villes, châteaux, qu'ils avaient soumis et rendus tributaires. Et encore, ce qui était la plus grande affliction, c'est que si un Turc voulait pour femme la fille du premier homme de ces cités , villes ou châteaux qui leur étaient soumis , il fallait que le père, l^ mère, et les amis y consentissent; et

I. Le texte catalan dit Bocca Daner. Il y a là une faute ^ il s'agit évidemment de ce passage de mer que les chroniqueurs francs {Vc(y. Villehardoin, t. III de cette collection), appellent la bouche d' A vie,ou détroit de Sestos et d'Abydos»

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lorsqu'il naissait des enfants , si c*étaient des mâles ils les faisaient Tares et les faisaient circoncire, comme s'ils étaient des Sarrasins ; et si c'étaient des filhïs ell* pouvaient choisir la loi qu'elles vou-* laient. Voyez en quelle douleur et en quel abaisserÀent ils étaient, au grand déshonneur de la chrétienté. Par là vous pouvez connaître s'il était urgent que celle compagnie y passât. En vérité, les Turcs avaient tant conquis, que leurs armées venaient jusque devant Constantinople , et qu'il, n'y avait entre deux qu'un bras de mer qui n'a pas plus de deux milles de large. Us tiraient leur épées et menaçaient l'empereur , et l'empereur pouvail voit tout cela. Jugez avec quel désespoir il devait vivre ; car si les Turcs avaient passé ce bras de mer, ils auraient conquis Constantinople.

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