‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 3)Chapitre 62 sur 159 · CHAPITRE CCVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCVII

QNnineiit le m^gadac alla à Altolloch , et fit s^nëcLal de Parmëe Eu Bëranger de Rocafort ; et comment ils mirent en déroute les Turcs de la garnison de Atia , lesquels , une seconde fois rëunis avec les antres Tares , furent vaincus , et il en pe'rit bien dix-liuit mille à la Forte de Fer.

Des que j'eus pris congé du mégaduc et de la troupe , j'envoyai vingt chevaux au secours d'En Rocafort, et lui fis dire de monter à cheval et de venir avec moi à la cité d'Ephèse , que l'on oommbe Thédlago en grec. Il passa non sans grand dangel*, à cause de beaucoup d'attaques ^ lui firent les Turcs ; et il amena avec lui cinq cents Almogavares ; les autres restèrent à la cité d'Avie, avec l'amiral En Ferrand d'Aunes, car dès que les Turcs fesaient des courses de ce côté , nous fûmes à la cité d'Altolloch ; le mégaduc

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s'y troova avec toute l'armée , au bout de quatre jours et reçut ledit En Béranger de Rocafort , le fit sénéchal de l'armée , ainsi qtfétait Kn Corberan d'Alet , et lui promit pour femme sa fille , qu'il avait destinée audit En Corberan. Aussitôt il entra en fonction de sa charge. Et le méga-duc lui donna cent chevaux , et lui compta la paye pour lui et ceux qui étaient venus avec lui. Le méga-duc demeura huit jours dans ladite cité ; et puis vint avec toute l'armée à la cité d'Avie , et laissa En Pierre d'Aros pour commandant dans la cité de Tira, et lui donna trente hommes de chevalet cent de pied. « Dès que le méga-duc fut entré en la cité ^ d'Avie , l'amiral et tous les hommes de mer et tous ceux qui étaient avec Rocafort, sortirent audevant de lui en armes pour* le recevoir, si bien que le méga - duc en eut grand plaisir , parce qu'ils renforçaient l'armée ; et tandis que le méga-4uc était à Avie , il renouvella la paye de toute la troupe. Un jour la garde annonça que les Turcs qui étaient de la garnison d'ATie , venaient sur Avie , et l'armée sortit de telle manière, qu'elle courut sur les Turcs et les attaqua. De sorte que ce jour là , nos gens tuèrent bien aux Turcs mille hommes de cheval , et deux milles de pied. Les autres s'enfuirent; la nuit les préserva de nos coups, sgns quoi tous eussent été tués ou pris ; et la troupe s'en retourna à la cité d'Avie avec grande joie et plaisir, et avec un grand gain qu'elle avait fait. Et ainsi le

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grand duc resta avec l'armée à la cilé d'Avie, bien quinze jours , et puis fît sortir le drapeau , et voulut parcourir entièrement le royaume de Natolic , si bien que Tarmée alla vers la Porte dé fer. C'est une montagne où il y a un passage appelle la Porte de fer, qui sépare laNatolie du royaume d'Arménie. Et quand on fut à la Porte de fer , les Turcs de cette, garnison d'Atie , qui avoient été déconfits à la porte d'Avie , et tous les autres Turcs qui étaient repté des autres garnisons, se réunirent tous à une montagne , et furent en tout , bien dix mille hommes de cheval et vingt milles de pied. La bataille fut disposée à l'aube du jour ; c'était le jour de Notre-Dame Saint- Marie d'août. Ils vinrent contre le mégitduc; et les Francs furent animés de telle joie et plaisir, qu'ils paraissait que Dieu les inspirait, comme il faisait aussi en ce moment. Les Almogavares crièrent : fer réveille-toi ! Et aussitôt le mégaduc avec la cavalerie fondit sur les hommes à cheval , et En Rocafort avec l'almogavérie , sur les hommes de pied ; et là , vous au» riez vu des faits d'armes tels que jamais nul homme n'en vit de pareils. Que vous dirai-je? La bataille fut fort cruelle , mais enfin tous les Francs poussèrent UQ cri, et s'écrièrent Aragon ! Aragon! dès-lors, ils remportèrent une si grande victoire, qu'ils battirent et tuèrent les Turcs en les poursuivant jusqu'à la nuit ; mais la nuit fit cesser la poursuite. Toutefois il resta morts pins de six mille Turcs à cheval et plus de douze milles de pied ; et

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ainsi la Compagnie eut une bonne nuit, puisque les Turcs perdirent toutes leurs provisions et leurs bestiaux. Le lendemain les Francs prirent le camp ; l'armée resta là huit jours pour prendre le camp^ et le gain qu'elle j fit fut immense.

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