‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 3)Chapitre 61 sur 159 · CHAPITRE CCV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCV

Co^lment le mëgadac eat , aveo sa compagnie , ui9( second coiiil>a| contre la ^belle de Cesa et de Tia ; comment il les vainquit et les tua près de Phili^delpliie.

kmsi y le premier jour d*avril , par la grâce db Dieu, Tétendard sortit, et chacuQ songea à le suivre, et ils entrèrent pleins d'espérance dan$ le royaunae de Natolie. Les Turcs furent prêts à s'opposer à eux ; savoir , la gabelle de Cesa et de Tiu , parent& de ceux que la Compagnie avait tués à x\rtaki; si bien que , lorsque la Compagnie s'approcha d'une cité qu'on nomme Philadelphie , qui est une noble cité et des grandes du monde y et a bien dix-huit milles de long ^ c'est-à-dire autant que Rome 00 Constantinople , elle trouva près de cette cité , à une journée, les deux gabelles des Turcs, qui étaient bien en tout huit mille hommes à cheval et douze milles à pied. Us se préparèrent aussitôt à la bataille. Le mégaduc et sa compagnie en eurent grand plaisir. Avant d'être atteints par les flèches des Turcs, ils allèrent fondre sur eux , ceux achevai contre ceux à cheval, et les almogavares contre les gens de pied. Que vous dirai- je? La bataille fut très forte , et< dura depuis le soleil naissant , jusqu'à l'heure de none ; tellement que les Turcs furent tous tués ou pris, et qu'il n'en échappa pas u^ille de cheval et cinq cents de pied. Le méga-

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dac et sa compagoiè s^emparërent du camp avec grande joie, n'ayant pas perdu plus de quatre- " yingts hommes à cheval et cent à pied ; et faisant an butin immense.

Après avoir pris le camp, ils restèrent bien huit jours en ce lieu, qui était fort bon et fort agréable ; et ils s*en vinrent à ladite cité de Phiildelphie , où ils furent reçus avec grande joie et grande allégresse. Ainsi la nouvelle se répandit par toute la terre de Natolie , que les gabelles de Çcsa et dêTiu , avaient été écrasées par les Francs. • Si oo eut grande joye , ce n'est pas merveille, car- ' tous eussent été captifs sans les Francs. Ainsi le mégaduc et ssl compagnie restèrent dans la cité de Philadelphie pendant quinze jours, et puis partirent et allèrent à la cité de Nif , et puis à Magnésie et ensuite prirent le chemin de la cité de Tira.

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GHAPITRE GCVr.

Comment les Turcs furexu yaincas à Tira par En Gorberan d^Âltet^ fpAy fut blessa cTane fluche et mourut^ et comment En BërangerdeRocaibrt vînt à G>nstantinople avec deax galères et deox cents cavaliers, * et y à Épbèse oi^ est le tombeau de monse%nteiir ssdnt Jean Fëvang^listé'.

Lorsqu'ils furent dans la cité de Tira., ceux des. Turcs qui avaient échappé à la bataille^ avec d'autres qui s'étaient réunis à eux et qui étaient de la « gabelle de Mondexia, se rendirent à Tira, dans

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l'église où repose le corps de monseigneur Saint- George , qui est une des belles églises que j'aie ja- ^ mais vues et près de Tira, à environ deux milles* * A l'aube du jour les Turcs vinrent à Tira et ne sa- "Vaient pas que les Francs y fussent. Et dès qu'ils commencèrent à aller fourrager , la garde s''avança à leur rencontre. Le méga-duc regarda et vit les Turcs, et' tout le monde pouvait les voir, caH ils étaient tous, dans la plaine, et la cité de^Tira est sur une hauteur. Il envoya sur-le-champ dire à En Cofberan d'Alet, sénéchal de l'armée, d'y aller avec la troupe qui voudrait le suivre. La troupe prit les armes et se hâta , et En Corberan, ' avec environ deux cents hommes à cheval et mille à pied, aller fondre sur eux, si bien qu'il les mit l>ientôt en déroute et tua plus de sept cents hommes à cheval et beaucoup de gens de pied. Il les eût tous tués , mais la montagne était tout près, et ils laissèrent leurs chevaux et s'enfuirent à pied par la montagne. £n Corberan d'Alet, qui était bon^chevalier et plein de bonne volonté , voulut aussi descendre decheval et les poursuivre surla montagne ; mais les Turcs, qui virent que ceux-ci montaient après eux, prirent le parti de tirer leurs flèches , et par malheur une flèche frappa ledit En Corberan , qui avait ôté son chapeau à cause de la chaleur et delà poussière, et là il périt. Les chrétiens se rang^ent autour de lui, et les Turcs se sauvèrent. Quand le méga-*duc l'apprit , il fut très affligé , parcequ'il l'aimait beaucoup. Il l'avait fait §éné^

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chai et lui avait destiné pour femrne une fille qu'il avait eue d'une dame de Chypre et qui était res- . ' lée auprès de madame la mégaduchesse ; les noces ' devaient se faire quand ils seraient retournés à Gobstantinople. En Corberan fut enterré dans l'église de St.-George y avec dix autres chrétiens morts avec lui, et pendant les huit jours que restèrent le méga-duc et l'armée on leur fit un beau monument , et la tombe d'En Corberan fût riche et belle. Le méga-duc envoya des ordres de Tira à Emira et d'Emira à Chio, à l'amiral En Fer-

Kand d'Aunes, pour qu'il vînt à la cité d'Avie avec outes les galères et les hommes de mer qui étaient avec lui. Ainsi fit-il. Et dès qu'il fut prêt à partir de Chio, En Rocafort, avec deux galères, vint à Constantinople ^ et amena deux cents hommes de cheval, avec tout leur harnais, moins les chevaux ; • il amena aussi bien mille almoffavares et vint vers l'empereur. L'empereur lui envoya dire qu'il allât où il savait qu'était le méga-duc, qu'ils vinssent à rile de Chio, et qu'avec l'amiral, ils partiraient ensemble de Chio et viendraient à la cité d'Avie. Lorsqu'ils y eurent resté environ huit jours ^ ils recurent la nouvelle que le méga-duc venait ; ils en , eurent grande joie , et envoyèrent au méga-duc, deux messagers qui le trouvèrent à la cité de Tira; et le méga-duc fût très satisfait et voulut que j'allasse à Avie, et que j'amenasse En Beranger de Rocafort Jaas la cité d'AltoUoch y que l'écriture nomme Ephèse.

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Dans ce lieu d'Ephèse est le tombeau dans lequel mon seigneur saint Jean Févangéliste se plaça quand il eut pris congé du peuple , et puis on vit un nuage comme de feu ; et l'opinion est qu'iji monta au ciel en corps et en ame avec ce nuage. Cela paraît bien par le miracle que l'on voit chaque année à son tombeau : car le jour de Saint-Estienne^ chaque année, à l'heure desvespres, ilcon*mence à sortir quelque chose du tombeau dudit saint Jean, qui est carré et placé au pied de l'autel; audessus est une belle pierre de marbre qui a douze pans de long et cinq de large : au milieu d«g| la pierre sout neuf trous fort petits y et de ceJW neufs trous, quand on commence à dire les vêpres le jour de Saint-Etienne , lesquelles vespres sont de Saint-Jean , il sort de chaque trou dé la manne^ qui monte bien un pied au-dessus de la pierre , et SQrt ainsi qu'un courant d'eau. Et cette manne sort, et commence à sortir, ainsi que je vous ai dit, dès que les vêpres de Saint^Jean commencent, c'est-à-dire le jour de Saint-Etienne, et continue toute la nuit et tout le jour de Saint- Jean-, jusqu^au soleil couché : si bien que cette manne, quand le soleil est couché et qu'elle a cessé de sortir, est en tout de trois quarterades de Barcelonne^ Cette manneest merveilleusement utile jKrtir beaucoup, de bonnes choses. C'est à ^voir , que qui en boit quand il sent venir la fièvre , jamrais cette fièvre ne lui vient. Et d'autre part, si une femme est en travail d'enfant et ne peut aCcou?-

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cher, qu'elle en boive avec de Teau ou avec du vin, elle est délivrée aussitôt. Et d'autre part, celui qui est en danger de mer, qu'il en jette dans la mer trois fois au nom de la Sainte-Trinité , de madame Sainte-Marie , et du bienheureux Saint- Jean Févangélisle , et le danger cesse aussitôt ; et encore celui qui a mal à la vessie, et en boit en }Hrononçant ledit nom , est guéri aussitôt. On donne de cette manne à tous les pèlerins qui j viennent, et elle ne sort que de deux années l'une.

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