‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 3)Chapitre 76 sur 159 · CHAPITRE CCXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXXI

Comment la Compagnie ayant sa Fapproche de Kjr Michel, fils atnë de

Femperear , dëcida d'attaquer son ayant-garde , qa'elle vainquit , et comment Kyr Michel s'ëchappa^ blessé an visage par an bâton pointo.

Sur cela , nous nous réunîmes tous en conseil pour savoir ce que nous ferions ; et la fin de notre conseil fut tel , que nous dîmes : que Dieu et les bienheureux seigneurs saint Pierre , saint Paul et saint George nous avaient fait obtenir la victoire contre ces méchants^qui,par une si grande trahison^ avaient tué le césar ; que nous ne devions nulle-

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ment rester à Gallipoli ; que Gallipoli était une place forte ; que nous avions tant gagné, que cela pourrait amollir notre courage , et qu'il ne fallait pas nous laisser assiéger ; de plus , que le fib de l'empereur ne pouvait marcher avec toute son armée ; qu'il fallait qu'il formât une avant*garde ^ et que nous devions l'attaquer ; que si nous détruisions l'avant-garde y ils seraient tous battus; que nous ne pouvions monter au ciel , ni descendre aux enfers , ni nous en aller par mer ^ que nous ne pouvions donc que passer par leurs mains; qu'ainsi il était à propos que notre cœur ne fléchît nullement, quoi que nous eussions gagné ^ ni quelque force que nous vissions devant nous. Ainsi nous songeâmes à aller au-devant de lui. Tel fut l'avis unanime. Nous laissâmes le château avec cent hommes et les femmes , et nous partîmes. Quand nous eûmes fait trois journées , nous dormîmes > ainsi qu'il plut à Dieu , au pied d une colline y et les ennemis passèrent la nuit de l'autre côté , ce que nous ne savions ni les uns uiles autres. Quand il fut minuit , nous vîmes une grande clarté occasionée par les feux qu'ik faisaient* Nous en voyâmes à la découverte deux Grecs que nous prîmes j et nous sûmes qu'en ce lieu était campé le fils de l'empereur, avec six mille hommes de cheval , et que , de grand matin ^ ils se met-traient en route pour venir à Gallipoli ; que l'autre partie de l'armée y l'eau ne leur suffisant point , était à environ une lieue de lui, et s'approchait.

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Le fils de l'empereur était logé en uh châteaa cjttl était en cette plaine , nommé Api*ô ; c'était un bon et fort château , avec une grande rillé ; et notii fûmes très satisfaits quand nous sûmes quel châteàtt et quelle ville il occupait ; car nous faisions compte que la lâcheté de ces gens était si grande , qU*îb feraient bientôt en sorte d'arriver, comme ils pour*raient , au château ou à la ville d'Apro. Et qûahcl vint l'aube du jour^ nous nous confessâmes etnôdft coûimuniàmes tous ^ et nous nous mtmes tous sotis les armes ^ en bataille rangée, à monter la COl*line qui était toute de terre labourée. Quand nous fûmes montés , et que le jour parut i ceui et l'armée ennemie nous virent , et pensèrent que nous venions nous rendre à merùi au fils de l'em» pereur. Mais le fils de l'empereur ne prit pas cdâ pour un jeu , et se mit en défense ; car il était bon chevalier , et rien ne lui manquait , si ce n'est la loyauté. Aiasi , bien disposé de son corps , il vînt à nous avec toute sa troupe , et nous marchâmes à lui. Quand l'attaque fut commencée , une bonne partie de nos almogavares descendit de chetâl, parce qu'ils manœuvraient mieux ^ en ce lieU'^là) à pied qu'à cheval , et nous nous mtmes totis à combattre vigoureusement , et eux de même centre nous. Que vous dirai-je? il plut à Dieu que lent avant-garde fût vaincue, comme à la pfécédéttlè bataille ; le fils seul de l'empereur, avec enviroti cent cavaliers , continuait à se battre contre tiôti» , si bien que , dans une attaque qu'il fit, il frappa tn

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marin qui avait nom Béranger Ff . , lequel était sur un bon cheval qu*il avait gagné à la précédente bataille > et portait aussi une très belle cuirasse qu'il avait également gagnée ; mais il n'avait pas d'écu , parce qu'il ne savait pas bien s'en servir à cheval ; et le fils de l'empereur pensa que c'était un homme de marque ^ et le frappa de son épée au bras gauche ^ si bien qu'il le blessa à la main ; et cdui-d , qui se vit blessé , et qui était puissant et ardent , l'embrassa^ et avec un bâton pointu qu'il avait en main , il lui donna bien treize coups ^ de manière qu'un de ces coups le blessa au visage et le défigura. Alors le fiJb de l'empereur perdit son éco et tomba de cheval , et les siens l'enlevèrent de la mêlée qui était grande. Nous ne savions pas qui il était , et ses gens l'emportèrent au château d'Apro. Ensuite le combat fut terrible jusqu'à la nuit; et Dieu 9 auteur de tout Hen, nous aida ri fort qu'ils furent tous mis en déroute jusqu'au château d'Apro ; car ils fuyaient tous là, et arrivait qui pouvait ; cependant il ne s'en échappa pas tellement qu'il ne pérît ce jour-là plus de deux milles hommes de cheval , et des gens de pied sans fin. Il ne périt pas plus de neuf hommes de cheval des nôtres et vingt-sept hommes de pied. La nuit, nous restâmes au camp tout armés ; le lendemain » nous pensions qu'ils livreraient encore bataille , mais nous n'en trouvâmes pas un seul au camp. Nous allâmes au château , nous l'attaquâmes et restâmes bien là huit jours ; ensuite nous levâmes

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le camp et emmenâmes avec nous dix chariots chargés; et chacun d'eux était tiré par quatre bœufs. Nous amenâmes aussi une si grande. quantité de bestiaux^ qu'ils couvraient toute la contrée, et nous gagnâmes infiniment plus, encore qu'à la précédente bataille. Dès lors toute la Romanie fut soumise.. Nous leur avions mis tellement la. peur au corps , qu'on ne pouvait pas crier : Francs ! qu'ils ne prissent aussitôt la fuite. Et ainsi nous retournâmes pleins de joie à Gallipoli ; et puis tous les jours nous faisions des courses à cheval jusque aux portes de GonstantinoplCf

Un jour, il arriva qu'un almogavareàcheval, nomr mé Perich de Naclara, ayant perdu au jeu , prit les armes, et avec ses deux fils , sans autre compagnie, alla cheminant jusqu'à Constantinople ; et dans un jardin de l'empereur , il trouva deux marchands génois qui chassaient aux cailles ; il les prit et les emmena à Gallipoli , et il reçut , pour leur rançon , trois mille perpres d'or ; une perpre vaut dix sons barcelonnais ; et chaque jour l'on faisait beaucoup de semblables chevauchées.

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