‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 4)Chapitre 10 sur 173 · CHAPITRE CLVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLVII

Comment le roi Kn Alphonse, ayant pris conseil, déclara la (çnerre au roi Kn Sanche de Castille , et envoya deux cavaliers avec le défi et comment l'infant En Pierre se disposa à pénétrer en Castille.

Le roi ayant parlé ainsi, les membres du conseil se levèrent; et le premier qui se leva s’exprima ainsi : « Seigneur, loué soit Dieu, qui a ac~ >» cordé tant de grâces à vos royaumes, que de l’aw voir pourvu de tant de bons et vaillants seigneurs » pour l’accomplissement de tout bien. Nous » allons toujours de mieux en mieux, ce qui doit » nous rendre tous aises et satisfaits. C’est ici la » première chose que vous avez entreprise depuis » votre couronnement ; et c’est l’entreprise la plus » élevée qu’un prince ait jamais conçue ; et cela » par quatre raisons : la première, que vous avez » résolu de faire la guerre à un des plus puissants

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U princes du monde ^ et votre plus proche voisin.

» La seconde, que vous êtes déjà en guerre avec » l’Elglise romaine, la maison de France et les » forces du roi Charles. La troisième , que vous » ne pouvez douter que lorsque le roi de Grenade » vous verra dans de si grandes occupations , il ne » rompe les trêves qu’il a faites avec le roi votre » père; etqu’enfin toutes les communes du monde » voyant que l’Eglise est contre vous, ne suivent sou »> exemple. Ainsi, seigneur vous aurez affaire aux » deux plus grandes puissances du monde. Néan- » moins J puisque vous avez résolu dans votre âme » de maintenir justice et vérité , soyez sûr que »> Dieu, qui est justice et vérité, sera pour vous.

» Et comme il a fait triompher votre père de ses « ennemis, il en fera autant en votre faveur et la » nôtre. Je déclare donc, en mon nom et en ce- » lui de tous mes amis, que nous vous faisons » l’offre de notre vie et de nos biens, et nous » ne vous manquerons jamais. Vous pouvez, sei- » gneur, compter sur nous de la manière la plus » ferme. Prenez tout ce que mes amis et moi « nous possédons et disposez-en. Prenez mes fils » et mes filles en otage ; placez-les où vous le ju- » gerez bon, comme des gages de notre fidélité. «

Ce Riche-Homme ayant cessé de parler, un autre se leva et dit les mêmes choses. Que vous dirai-je enfin? ils se levèrent tous l’un après l’autre, et firent des offres semblables à ceUe du premier.

Le roi les remercia beaucoup ; ensuite ou élut

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deux chevaliers, l’un catalan et l’autre arragonais , pour les envoyer en Castille faire la déclaration de guerre. Avant de quitter l’Arragon , le seigneur infant fît inscrire les cinq cents, chevaliers qui devaient le suivre ; s’il en eût voulu deux mille, il les aurait eus. Il n’était pas nécessaire qu’il les demandât ; tous venaient au contraire le supplier de les emmener avec lui; mais il n’en voulut pas un plus grand nombre que celui que le roi avait désigné.

Il partit pour la Catalogne , où les Riches-Hommes vinrent pareillement s’offrir à lui; ainsi en peu de jours il eut les cinq cents cavaliers et bon nombre de troupes de pied. Il ne faut pas vous dire si de Valence on accourait aussi pour s’offrir à lui. 11 eut bientôt toute la compagnie dont il avait besoin ; c’est-à-dire les mille chevaux légers, des meilleurs qui suivirent jamais un prince. 11 leur fixa un jour pour être réunis en Arragon et en Catalogne.

Je laisse là le seigneur infant pour revenir au seigneur roi.

DE RAMON MUHTANUK.

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