CHAPITRE CLVIII
Cnnmeiit le roi En Alphonse reçut la couronne de Valence et enleva ses cousins de Xativa j comment il de'cida d’entrer en Castille avec son corps de troupes^ et comment il reçut en Castille un message du comte d’Ampuries , qui le prévenait que les Français se disposaient à entrer.
Le roi ajant prescrit à rinfant tout ce qu’il devait faire, et envoyé ses messagers au roi de Castille pour lui déclarer la guerre, vint à Valence. A son entrée dans la ville , de grandes fêtes furent données. Au jour fixé, tous les barons dudit royaume furent réunis , ainsi que les chevaliers et hommes de villes , et un grand nombre d’autres personnes; là il reçut la couronne de Valence.
Dès que la fête fut terminée, il se rendit à Xativa, et il enleva du château don Alphonse et don Ferdinand, fils de l’infant En Ferdinand de Castille. Il fit faire une belle bannière avec les armes du roi de Castille, et disposa un bon nombre de gens à pied et à cheval , afin d’entrer d’un côté avec don Alphonse en Castille, tandis que l’infant En Pierre entrerait de l’autre.
Tandis que ces préparatifs avaient lieu , Dieu voulut que l’infant En Pierre fût grièvement malade. Il arriva un courrier au roi de la part des chevaliers et Riches-H oranges qui étaient réunis à
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Calata^udpourluidemandercequ’ilsdevaientfaire.
Le roi, instruit de cela , fut bien fâché, et décida qu’il valait mieux qu’il retournât de sa personne en Catalogne ; qu’il emmenât Don Alphonse et Don Ferdinand , et qu’ils fissent de là une irruption tous ensemble. Il leur fit donc dire de l’attendre.
Il alla avec toute sa troupe à Calatayud, et en peu de temps il s’y trouva avec un nombre considérable d’hommes. Il vit que l’infant, au lieu d’être guéri, était plus malade; alors il pénétra dans le pays avecplusde deux mille chevaux armés, cinq cents chevaux légers et cent mille fantassins. Don Alphonse de Castille eut le commandement de l’avant-garde , et sa bannière devait marcher la première. Il fit cela , parce que tous les barons de Castille , toutes les cités et villes avaient prêté serment de fidélité à l’infant Don Ferdinand leur père , après la mort de Don Alphonse, roi de Castille ; ce qui fit que le roi Philippe de France avait donné sa sœur, madame Blanche, pour épouse à l’infant Don Ferdinand, mariage qu’il n’aurait point fait s’il eût pensé que les infants issus de ce mariage, ne seraient point rois de Castille. Ce fut dans cet ordre qu’ils avancèrent à huit journées dans l’intérieur delà Castille, et marchèrent directement là où ils savaient qu’était le roi Don • Sanche leur oncle.
Le roi Don Sanche s’y était sans doute bien attendu, puisqu’il avait aveclui douze mille chevaux
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armés et un grand nombre de troupes à pied. Le roi d’Arragon sachant qu’il avait tant de cavalerie, etque lesdeux armées n’étaient qu’à une lieue l’une de l’autre^ lui envoya dire qu’il était venu pour venger le manque de foi dont il s’était rendu coupable envers le bon roi son père ; et pour couronner roi son neveu Don Alphonse , qui devait l’être; et que s’il était digne d’être fils de roi, il s’avançât pour lui livrer bataille.
A cette nouvelle , le roi Don Sanche fut grandement fâché ; toutefois, il vit bien que tout ce que le roi d’Arragon lui faisait dire était vrai , et que nul ne devait prendre les armes pour lui , mais bien en faveur de son neveu.
Le roi d’Arragon l’attendit durant quatre jours, ne voulant point s’éloigner que le roi Don Sanche ne fût parti. Il prenait et ravageait toutes les villes et lieux qui ne voulaient point reconnaître Don 'Alphonse de Castille. Il j eut une bonne vüle, nommée Séron , près de Soria , et autres lieux qui se rendirent à lui ; et aussitôt il leur fit proclamer Don Alphonse roi de Castille , et il le laissa dans les lieux qui s’étaient soumis, avec mille hommes à cheval et beaucoup de gens de pied , soit almogavares, soit gens de mer, et tout ce dont ils pouvaient avoir besoin. Il donna ensuite ordre à toutes les frontières d’Arragon, de lui prêter secours et assistance en cas de besoin ; et sans nul doute il eût en ce moment enlevé toute la Castille au roi Don Sanche , s’il n’eût reçu un message venant
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cl’Emprada , de la part du comte d’Ampuries et du vicomte de Rocaberti, qui lui apprenait qu’un grand nombre de troupes du Languedoc se disposait àpénétrer dansleLampourdan, et qu’ilsleconjuraientde voler à leur secours. Cela obligea le roi de sortir de Castille; et il laissa ledit Don Alphonse de Castille et Don Ferdinand, dans les lieux qui s’étaient soumis à eux^ en bon état et bien fortifiés, comme vous l’avez déjà vu, et ils continuèrent à y demeurer.
Cependant le roi d’Arragon retourna en Catalogne et en Arragon ; il était resté en Castille près de trois mois. Quel roi ferait pour un autre ce que celui-ci fit pour ces infants? A son arrivées Calatayud, il trouva l’infantEn Pierre beaucoup mieux, et l’emmena avec lui en Catalogne. Il lui donna sur son royaume un pouvoir égal au sien , car il l’aimait au-dessus de tout. L’infant en était bien digne , car il était sage , beau, et bon en toute sa conduite. Je ne vous parlerai plus pour le moment du roi ni de l’infant, qui se trouvent en Catalogne, et je vais vous entretenir de l’amiral.
DE UAMOK MUirrANER.