V CHAPITRE CCL
Comment En Simon de MontoUu requit les tnleorsd’En Roger, madame Saurine, le pape et le roi Robert de lui prêter aide et secours, et comment , sur leur refus , il s’adressa au seigneur roi de Sicile , qui envoya , avec dix-buit galères, mesûre Pâegrin de Fiti, lequel fut vaincu et prit.
Quand le seigneur roi deSicile apprit la mort d’En Jacques de Castellar et autres, il en fut bien fâchéj toutefois il ne se découragea pas , car ils avaient fait plus qu’il ne leur avait été ordonné, puisque le
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seigneur roi ne leur avait pas dit de quitter les galères pour aller se battre dans l’intérieur de l’île.
A peu de temps de là , Simon de Montoliu , qui vit que les affaires allaient mal dansl’île , et principalement au château , que les troupes du château demandaient à être payées , ce qu’il ne pouvait faire , puisqu’il ne retirait rien de l’île , laissa à sa place le bâtard Ende Montoliu, son cousin-germain, et vint dans la Calabre. Il s’adressa à madame Saurine et lui dit quel était l’état de l’île , du château et du royaume , et la pria de les secourir ellemême en hommes et en argent, ainsi que messire Coral Llança, qui était tuteur de Roger. Mais madame Saurine n’était alors point en état , à cause de l’armée que Charlet avait levée pour aller à Gerbes, ce qui la mettait à la gêne. Elle ne recevait rien de la Calabre , parce que tous les revenus étaient destinés à payer les fautes et les dettes de l’amiral et d’ En Roger. Il pria le pape de l’aider; celui-ci refusa. Il fît la môme demande au roi Robert, qui refusa également. En défînitive , il passa de ceux-ci au seigneur roi de Sicile^ et lui demanda des secours. Enfin le seigneur roi , pour la gloire de Dieu et afin de soutenir ceux du château, qui étaient tous Catalans, s’empara del’île de Gerbes. De sorte que madame Saurine, messire Coral Llanca et Amigutxo de Luria , qui étaient les tuteurs de Roger , déclarèrent au seigneur roi de Sicile , qu’ils lui abandonnaient le château et toute l’île , et que de tout ce qu’il avancerait il se remboursât
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sur l’île de Gerbes et les Querquens , et qu’il les retînt comme sa propriété, jusqu’à ce qu’il fût payé de ce qu’il aurait avancé; et qu’en attendant ü en fût seigneur et maître. Ils firent des écrits conformes , et mandèrent à En Simon de Montoliu dè lui livrer le château de Gerbes et les tours de Querquens, qui étaient en ses mains ; lequel Simon était alors dans ces lieux-là. Et ledit Simon Gt serment et hommage au seigneur roi , de les lui remettre dès le moment où il les demanderait , savoir l’île et le château deGerl)es, et la tour de Querquens. Cela étant ainsi réglé , le seigneur roi fit armer dix-huit galères , y mit cent hommes à cheval de braves Catalans , et bien quinze cents hommes de pied de notre nation, qui partirent avec grand appareil ; et il plaça à la tête de cetté troupe messire Pélegrin de Piti , chevalier de Sicile et de Messine. Il lui fit livrer autant d’argent qu’il était nécessaire pour payer aux gens du château et de la tour ce qui leur était dû. Ils prirent congé du seigneur roi , et abordèrent à l’île de Gerbes, en un lieu qu’on nomme l’île de l’amiral, qui est à cinq milles du château. Et après être venus au château pour rafraîchir les hommes et les chevaux pendant deux ou trois jours , ils parcoururent l’île, sans conserver aucun ordre; car, n’apercevant personne , ils crurent que les Barbaresques n’osaient se présenter à eux. En effet , s’ils eussent marché en avant, il n’y aurait pas eu, sur tous les habitants de l’île , cinq hommes en état de leur
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faire face. Mais, vu la mauvaise discipline qui régnait parmi eux, ils allèrent sans chefs et sans ordre; et les Sarrazins, tant de Miscona que de Moabie,se retirèrent, excepté lès anciens de là maison deBenSimomen, qui furent mis au château. Mais les Sarrazins voyant avancer les chrétiens^ sans conserver aucun ordre, fondirent sur les premiers. Que vous dirai-je? Ils les mirent aussitôt en déroute au momentoù ils étaient éloignés du château d’environ vingt-cinq milles. Que vous dirai-je encore? Messire Pélegrin fut pris, et les gens à cheval furent tous tués, excepté vingt-huit ; et il y périt plus de deux mille cinq cents hommes de pied , soit Latins soit Catalans ; enfin ils furent tous mis en déroute. Et alors les méchants de Miscona s’établirent de telle manière dans l’île, que cet Alef se rendit maître de tout. Il envoya un message à Tunis, et le roi de Tunis lui fit passer trois cents cavaliers Sarrazins. Alors ils assiégèrent le château, de manière qu’un chat ne pouvait en sortir sans être pris. Messire Pélegrin se racheta moyennant l’argent qu’il avait apporté pour la troupe du château. Et ainsi les galères s’en retournèrent toutes dépouillées en Sicile , où la nouvelle de cette défaite causa un grand deuil et une grande douleur , surtout au seigneur roi. Messire Pélegrin et les vingt-huit autres cavaliers qui avaient échappé à la mort en cette bataille, restèrent dans le château. Et si vous vîtes jamais des gens acharnés contre d’autres, ce furent bien ceux du château entre eux;
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car ik étaient tous les jours sur le point de s’entr’égorger , et cela à cause des femmes et des maîtresses de ceux du château.