‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 4)Chapitre 131 sur 173 · CHAPITRE CGLXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CGLXVI

CommeDt le seignear infant En Ferrand de Majorque meconBa, à moi, Uamon Muntaner, le seigneurin&nt En Jacques, son cher fils, pour le porter et livrer à la reine sa mère , et me donna une procuration par laquelle j’étais autoiisé à faire tout ce que je jugerais à propos.

« Vous savez comment Dieu nous a donné ce fils » En Jacques , enfant de notre dame et épouse ; or, » nous vous prions de le recevoir de nous , de le » porter à la reine notre mère , et de le déposer » entre ses bras. Ayez soin de nobser des navires, » ou d’ariner des galères et tout ce que vous croi- » rez nésessaire pour faire ce voyage sans danger. » Nous adresserons une lettre à En Béranger Des- » Puig , chevalier , et notre procureur , pour » qu’il vous livre tout ce dont vous aurez besoin , » et qu’il ajoute foi à tout ce que vous lui direz » de notre part. Nous écrirons de même à madame » la reine notre mère, et au seigneur roi de Ma- » jorque notre frère , et nous vous donnerons par » écrit une procuration générale pour les quatre » parties du monde : savoir , du ponent au levant » et du nord au midi. Et tout ce que vous pro- » mettrez , ferez ^ ou devrez pour nous, à cavaliers » ou gens de pied , ou à tous autres , nous le te- » nous pour bien et le confirmons , et nous ne .» vousdédironsenrien,etnous engagerons,pour en » répondre , toutes les terres , châteaux et autres

33o CHRONIQUES (‘3>S)

» lieux que nous avons, et espérons d’acquérir, avec » l’aide de Dieu. Ainsi vous partirez avec nos pou- » voirs les plus amples. Lorsque vous aurez livré » notre fils à madame la reine notre mère , vous » irez chez vous , vous méditerez , et ferez tous » vos apprêts ; et lorsque vous les aurez faits vous » viendrez nous joindre , avec toutes les troupes » de pied et de cheval que vous pourrez. Le sei- » gneurroi de Majorque, notre frère, vous comp- » tera tout l’argent que vous loi demandei’ez pour » payer les troupes que vous nous amènerez. Voilà » ce que nous désirons que vous fassiez pour » nous. » \

Quant à moi, ayant entendu toutes ces choses, je fus étourdi du grand poids dont il me chargeait , savoir , la conduite de son fils. Je lui demandai en grâce de me donner un collègue. Il me répondit qu’il n’en avait pas à me désigner ; mais que je n’avais qu’à disposer et à voir ce qui était utile pour la garde de son fils. J’aUai aussitôt lui baiser la main. Je fis le signe de la croix , et acceptai son ordre bienveillant. Le seigneur infant manda à En Notz de Monells, chevalier, quitenaitson fils en garde dans le château de Catane , de me le livrer ; et que de là en avant il le tînt à mes ordres et non à ceux d’aucun autre. Et que toutes et quantes fois que je le jugerais à propos, il me le remît. Il me fit serment et hommage de cela , et je fis ainsi; et depuis ce jour l’infant EnFerrand futen mon pouvoir. Il y avait quarante jours qu’il était né, et pas

DE RÀMOM MUSTAMER. 33l

davantage. Je me fis faire la procuration par écrit , ainsi que je l’ai déjà dit , et y fis joindre le sceau pendant et tous les autres écrits. \

Page 1