‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 4)Chapitre 42 sur 173 · CHAPITRE GLXXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE GLXXXV

Comment le seigneur infant En Frédéric prit possession du royaume de Sicile J et assigna un jour de rendez-vous à Palerme , où il prit avec une pompe solemnelle la couronne dudit royaume.

Messire Jean de Proeida , elles autres membres du conseil du roi, barons, chevaliers, citoyens, apprirent comment le roi les avait abandonnés. Ils engagèrent l’infant En Frédéric à s’emparer du royaume; car l’île de Sicile et leroyaume entier lui avaient été légués, par le testament du roi En Pierre son père. « En l’abandonnant , disaient-ils , le roi » d’Arragon n’a renoncé qu’à ses propres droits ; « mais il n’a pu renoncer aux vôtres. Nous ne pen- )) sons même pas que cette prise de po.ssession puisse » lui déplaire. Il lui suffit d’avoir rempli les condi- »> lions auxquelles il s’était engagé parson traité de » paix. »

Tous furent d’accord, aussi bien les docteurs que les prud’hommes, qu’il lui était permis de prendre ce qui lui avait été légué par le testament de son père. Là dessus, il envoya en Sicile , en Calabre et dans tous les lieux dépendants de ce royaume , et on prit possession, en son nom, des villes, châteaux, lieux et cités. Un jour fut désigné auquel tous les chefs, chevaliers, syndics des villes, devaient être réunis à Palerme ; c’est-à-dire qu’il voulait se faire couronner roi, et recevoir leur serment d’eux tous.

(ia<)6) DE RAMON MUNTANEU. 8?

Ils y lurent réunis à ladite époque. Il s’y trouva un très grand nombre de Catalans, d’Arragonnais, de Latins, de Calabrois, et bien d’autres personnes des divers lieux des royaumes. Lorsque tous lurent réunis au palais royal de Païenne, l’amiral prit la parole et parla très bien relativement aux circonstances. Il leur prouva, entre autres choses, et par trois raisons, que c’était le troisième Frédéric (pie les prophéties avaient annoncé comme devant être le maître de l’empire et de la plus grande partie du monde. La première des trois raisons était, qu’il se trouvait être le troisième fils du roi En Pierre. La seconde, que c’était le troisième Frédéric qui avait commandé en Sicile; et la troisième, enfin , que ce serait le troisième Frédéric qui aurait élé empereur d’Allemagne. On pouvait donc à bon droit l’appeler Frédéric troisième de Sicile et de tout le royaume <jui lui appartenait.

A l’instant^ tous se levèrent en s’écriant : «Vive » Frédéric III, roi deSicile et de tout le royaume. » Les barons se levèrent et lui prêtèrent serment et hommage. Les chevaliers, citoyens et hommes des villes en firent autant ; après quoi ils se rendirent en grande solennité , selon l’usage, à la cathédrale, où il reçut la couronne. ‘Cette couronne sur la tête, un globe dans la main droite et le sceptre dans la (nain gauche , il se rendit à cheval , et revêtu des liabits royaux, de la grande église au palais, au milieu des jeux et des réjouissances qui avaient été

Page 1