CHAPITRE CXCV
Comment le duc Robert assiégea Messine avec tontes ses forces j comment à cette nouvelle le seigneur roiFrédërh envoya à Messine Don Blasco et le comte Galceran avec des secours -, comment le duc Robert passa alors en Calabre , ce dont furent très fàche's tous ceux de Messine.
Il est vrai que le duc sut qu’à Measine , il n’y avait j)as beaucoup de vivres. Pensant qu’il pouvait la serrer étroitement, il alla avec son armée à la Gatuna. Pas un vaisseau ni barque de la flotte qui y était, ne put entrer à Messine ni à Reggio. Et ainsi il pouvait tenir deux sièges. Il lui était facile de resserrer Messine , de telle manière*.*' qu’il ne lui arrivât aucun secours ; car il tenait Millas , Montfort , Castalle, Francaville, Caig et Catane. Il disposa ainsi les frontières; il plaça les compagnies à Catane , à Paterne , à Oderno , à Cero et aux autres lieux , et vint à Messine avec toute son armée navale , composée de plus de cents galères. Il prit terre à Rocamador , et puis s’en vint au bourg , là où se tient le marché. Il le détruisit et le brûla ; et puis vint à l’arsenal , où il incendia deux galères ; les autres furent détruites.
Que vous dirai-je? chaque jour il nous livrait de grandes batailles ; et je puis vous le dire , car je fus au siège du premier jour jusquesau dernier , et j’avais établi ma connétablie depuis la tour «le
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Sainte-Claire, jusqu’au palais du seigneur roi ; et nous fûmes assurément plus tourmentés en ce lieu qu’en aucun autre de la cité , tant on nous livrait d’assauts par terre et par mer.
Le seigneur roi ordonna alors à Don Blasco , et au comte Galceran. de se tenir prêts avec sept cents liommes à cheval , l’écu au cou ; il y joignit deux mille troupes de partisans almogavares, et les envoya pour secourir Messine. Ils ne dévoient pas partir qu’ils n’eussent combattu le duc. Ne croyez pas qu’aucun d’eux hésitât ; car ils étaient tous également de bon cœur. Dès qu’ils furent à Trip, ils nous mandèrent qu’à l’aube du jour ils seraient avec nous devant Messine , et que nous attaquassions d’un côté , tandis qu’ils attaqueraient de l’autre l’armée du duc. Nous nous disposâmes donc , avec grande allégresse , à sortir et à attaquer; mais la nuit le duc l’apprit , et dès qu’il fut jour , tous étaient déjà passés en Calabre , sans qu’il restât autre chose que quelques tentes fju’ils n’avaient pu enlever; car le jour les avait surpris.
Dès que l’aube parut, Don Blasco, le comte Galceran et toute leur troupe , tous prêts pour la bataille , marchèrent vers la montagne , sur MatagriflPo, et ceux de la cité se tinrent prêts à sortir. Ils regardèrent, mais ne trouvèrent personne , car tous avaient passé à la 1 ratuna. Ils s’arrêtèrent donc en ce lien. Don Blasco et le comte Galceran avec lent troupe entrèrent à Messine , et tous fu-
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rent très fâchés de n’avoir pu trouver à livrer bataille. Xivert de Josa, qui portait la bannière du comte Galceran , leur envoya à la Gatuna un jongleur avec une chanson dans laquelle il leur faisait savoir qu’ils étaient prêts , et que s’ils voulaient revenir à Messine , on les laisserait prendre terre en sûreté , et puis on les combattrait ensuite. Us n’en voulurent rien faire ; car ils redoutaient ces deux riches-hommes , plus qu’aucun qui fut au monde ; et ils avaient raison de le faire, car ils étaient très excellents chevaliers et de grande valeur, et les avaient vaincus dans bien des batailles.