‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 1 sur 165 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Où sont racontées les grâces que Dieu fit à l’auteur , et qu’il fait à tous ceux qui l’aiment du fond de leur cœur.

Au nom de Noire-Seigneur, vrai Dieu, Jésus- Christ, et de sa benoîte mère, madame sainte Marie et de tous ses benoits saints et saintes. Amen,

Il est du devoir de chacun de rendre grâces et merci à Dieu , et à sa benoite mère , des biens qu’il a conférés, liienloin de tenir cette reconnoissance secrète , on doit même la manifester aux hommes, afin que tous y prennent bon exemple, et s’efforcent de bien faire et de bien dire ; car on peut tenir pour vérité certaine, que qui fait bien, pense bien , agit bien , en reçoit une bonne récompense de Dieu ; et qui fait le contraire et ne s’amende, le contraire lui adviendra. Que chacun fasse donc, autant qu’il est en lui, tourner le mal en bien; car rien n’est caché à Dieu. J’aime beaucoup une parole dite dans le royaume de Sicile, quand un homme est en discussion avec un autre : Laisse aller y et sache que Dieu te voit. Ainsi chacun serait sage de se persuader que Dieu le voit , et (|ue rien ne lui est caché.

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Or , entre tous les hommes du monde , moi , Ramon Muntaner, natif du bourg de Péralade, et citoyen de Valence, je suis tenu de rendre bien des grâces à Notre-Seigneur, vrai Dieu , et à sa beiioite mère, madame sainte Marie , et à la cour céleste, des faveurs et des biens qu’ils m’ont départis, et des nombreux périls auxquels ils m’ont arraché; entre autres de trente-deux combats sur terre ou sur mer où je me suis trouvé ; des emprisonnements et fatigues supportées par mon corps , pendant les guerres que j’ai faites, et de bien d’autres malheurs que j’ai éprouvés et dans mes biens et de toute manière, ainsi que vous pourrez le voir en lisant les faits qui se sont passés de mon temps. Je me dispenserais volontiers, sans doute, de raconter toutes ces choses ; mais il est de mon devoir de les raconter, et principalement pour que chacun apprenne qu’il ne peut échapper à tant de périls , sans l’aide et la grâce de Dieu et de sa benoite mère , madame sainte Marie. Je veux donc que vous sachiez comment je sortis de Péralade , avant d’avoir encore onze ans accomplis , et comment j’entrepris ce livre à l’âge de soixante ans, avec la grâce de Dieu , le quinzième jour du mois de mai de l’année treize cent vingt-cinq , de l’Incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

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