CHAPITRE XCIV
Où il est rendu compte de la manière dont les cortès furent tenues à Saragosse et à Barcelonnc; et dans lequel on voit que le roi d’Arragon envoya la reine et les infants en Sicile ; et comment il fît de grands présents aux cent cinquante chevaliers qni avaient e'té désignés pour combattre avec lui.
Le seigneur infant, les Riches-Hommes, les chevaliers , les prélats , étant rendus auprès du seigneur roi à Calatayud , ils furent très satisfaits les uns des autres. En Dominique de la Figuera , et En Bernard de Peratallada leur racontèrent en détail tout ce qui leur était arrivé. Tous regardèrent la chose comme très extraordinaire , et rendirent grâces à Dieu , qui les avait garantis d’un aussi grand danger. Le roi se rendit avec eux tous à Saragosse. La reine, les infants et tous les habitants firent de très belles fêtes. Elles durèrent quatre jours sans que personne songeât à s’occuper. Après ces fêtes ,' le roi ordonna que chacun fût prêt le secondjour.Ce jour là. En Güabertde Cruylles arriva de Bordeaux, apportant les actes qui avaient été dressés au milieu du champ , scellés du scel du sénéchal. Le roi en fut très satisfait, aussi-bien que tous les autres. En Gilabert raconta ce qu’avaient fait le roi de France et le roi Charles, quand ils eurent appris que le roi d’Arragon s’y était rendu ;
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comment ils se firent garder pendant la nuit , et comment ils étaient partis le lendemain. Le roi et tout le monde en rit d’assez bon cœur. Au jour désigné par le roi, chacun fut prêt. Il leur fit un très beau discours, et leur fit part de tout ce qui lui était arrivé depuis qu’il avaitquitté le port de Fangos ; comment il s’était rendu au beu du combat, et comment ses adversaires avaient manqué à leur parole. Il remercia ensuite tous ceux qui devaient prendre part à la bataille, et qui s’étaient présentés de si bonne grâce. Il leur dit enfin qu’il avait résolu d’envoyer en Sicile la reine , l’infant En Jacques , et l’infant En Frédéric, et cela par deux raisons : la première était que tous les Siciliens les verraient avec plaisir et lui seraient -plus fermement attachés ; la seconde , qu’il pensait que la reine en serait bien aise. Il les priait donc de le conseiller là-dessus. En outre , il avait appris que le pape avait publié une excommunication et une croisade contre lui, et que le roi de France avait promis de seconder le roi Charles ; ce qui le surprenait beaucoup , d’après les engagements qui les liaient l’un à l’autre; cela lui paraissait même impossible.
11 leur demandait aussi leur avis sur cela.
Le roi cessa de parler. L’archevêque de Taragone se leva, répondit à tout ce qu’avait dit le roi , et rendit grâces à Dieu qui l’avait garanti de tels dangers. Pour ce qui regardait la reine , il apl)rouva ce qu’avait proposé le roi , de l’envoyer en Sicile avec les deux infants , et appuya cela par de i
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très bonres raisons. Quant au pape et au roi de France , il fut d’avis d’adresser au pape et aux cardinaux , des envoyés éminents et sages, et d’en faire autant pour le roi de France , afin de leur dire ce que l’on aurait arrêté dans le conseil.
Quand le prélat eut achevé de parler, des Riches- Hommes d’Arragon et de Catalogne, d’autres prélats, des chevaliers^ des citoyens, des syndics des villes et autres lieux > se levèrent pour approuver et confirmer ce qu’avait dit l’archevêque. Ensuite', l’assemblée se sépara très satisfaite et pleine d’union et de concorde.
Le roi fit de riches présents aux cent cinquante personnes qui étaient venues à Jaca, dans l’intention d’entrer en lice. Il les défraya de toutes leurs dépenses , en chevaux , armes et frais de route , d’allée et de retour. Ainsi , chacun se retira très satisfait du roi ; et ils devaient l’être , car jamais seigneur n’honora autant ses vassaux que lui, chacun selon son mérite. Lorsque En DominiquedelaFigueraeut fait revenir les vingt-sept chevaux dans les écuries du roi , celui-ci les donna, ainsi queplusdedeux cents autres, aux Riches-Hom-
I . Ou voitqucdanscescortès, régulièrement convoquées, tous les ordres de citoyens sont l'eprésentés. Il fut décidé dans les certes de ia83, que les cortès générales seraient convoquées tous les ans. Le terme de la convocation fut étendu à deux ans, par une décision des cortès, rendue en i3o 7 , sous le règne de Jacques II.
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mes et chevaliers qui étaient venus de Catalogne, d’Arragon et du royaume de Valence, pour lui présenter leurs hommages, et qui n’avaient pas eu l’honneur d’être désignés pour entrer en lice. Enfin , il ne vint pas à Jaca un homme tant soit peu distingué qui n’ohtînt quelque faveur du roi. Mais les dons les plus magnifiques furent pour les cent cinquante personnages désignés. Chacun se relira ensuite chez soi fort satisfait.
Ije roi demeura huit jours encore à Saragosse avec la reine et les infants. 11 voulut que les infants et la reine allassent à Barcelonne , « excepté , dit- » il, l’infant En Alphonse, qui viendra avec nous. » Et là ils devaient s’embarquer.
D’un côté, la reine était satisfaite de ce voyage , mais de l’autre elle était fâchée de s’éloigner du roi. 11 lui promit de venir la joindre le plus tôt qu’il pourrait ; ce qui la consola en partie.
Le roi se rendit à Barcelonne avec le seigneur infant ; ils passèrent par Lérida , et lurent fêtés en tous lieux ; mais les fêtes de Barcelonne furent les plus brillantes. 11 se passa bien huit jours sans qu’on s’occupât d’autre chose que de danser et de s’amuser. Asonarrivéeà Barcelonne, le roi envoya des couriers aux chevaliers et citoyens, pour.qu’ils eussent à s’y trouver quinze jours après la date de la lettre ; ce qui fut exécuté selon ses désirs. Le roi de Majorque , sachant que son frère était à Barcelonne , vint l’y trouver , et ils se fêtèrent mutuellement.
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Au jour fixé pour les cortès , le roi fit réunir tout le monde au palais royal de Barcelonne , et là il leur dit exactement tout ce qu’il avait dit aux cortès deSaragosse. Et touty fut également approuvé. Le roi fit pareillement beaucoup de dons et de faveurs aux Riches-Hommes , aux chevaliers , aux citoyens et aux hommes des villes. Et tous se retirèrent contents et satisfaits.
Le roi et son conseil décidèrent d’adresser au pape, ainsi qu’au roi de France des envoyés sages et distingués. Lorsqu’ils furent désignés, on leur fournit les fonds nécessaires pour leurs besoins: on leur remit les notes et tout ce qu’ils devaient prendre avec eux. Il prirent congé du roi et partirent à la bonne heure.