CHAPITRE XCIX
Comment la reine résolut de tenir les cortès à Falerme j et comment raessire Jean de Procida parla dans ces cortès en faveur de la reine et des infants ; et comment on la de'clara reine et mailrcsse légitime.
La fête ayant duré huit jours à Palerme , et la reine, ainsique les infants, étant bien remis des fatigues de la mer , la reine prit conseil de messire Jean de Procida ' , qui était venu avec elle, et qui était un homme des plus habiles. Elle appela aussi En Corral Llança et autres Riches-Hommes et chevaliers qui l’avaient suivie; les infants En Jacques et En Frédéric furent aussi appelés ; le conseil étant réuni , la reine demanda ce qu’elle avait à faire. Messire Jean et autres lui dirent qu’ils étaient d’avis qu’elle écrivît à toutes les cités et villes de l’île d’envoyer des syndics et des chargés de pouvoirs à Palerme, dix jours après la réception des lettres, pour assister aux cortès que la reine voulait tenir, et que l’on mandât également tous les gentilshommes et chevaliers de la Sicile, et qu’alors elle leur dirait ce qu’ils devaient faire.
I . Jean de Procida, qui avait puissamment soutenu le roi d’Anaçjon , fut nommé chancelier du royaume de Sicile.
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La reine et l’infant En Jacques approuvèrent cet avis et le suivirent. Au jour fixé , chacun fut réuni à Palerme^ dans la salle accoutumée. On y dressa un siège pour la reine et les infants, ensuite pour les Riches-Hommes et chevaliers ; les autres personnes s’assirent par terre , où on avait étendu des tapis.
La nuit précédente, la reine et les infants appelèrent messire Jean de Procida , et lui firent connaître ce qu’il aurait à dire. Ils le chargèrent de porter la parole pour eux , et de présenter les lettres que le roi adressait à la Sicile en général, et celles qu’il écrivait particulièrement aux Riches-Hommes de chaque endroit.
Quand tout le monde fut réuni , la reine se leva et dit : « Barons, messire Jean (^e Procida vous » parlera en notre place ; ainsi , veuillez écouter ce » qu’il vous dira, faites compte que nous le disons >» nous-mêmes ».
Elle s’assit. Messire Jean se leva ; et comme c’était un homme fort instruit, il fit un très beau discours. Il leur dit entre autres choses : « Barons, » monseigneur le roi d’Arragon vous salue et vous » adresse cette lettre , afin qu’on en fasse lecture » en commun dans la Sicile. Vous verrez par » cette lecture ce qu’il vous mande ».
Alors il remit la lettre à messire Mathieu de Termens , qui la prit et la plaça sur sa tête ; après quoi il baisa le cachet avec grand respect , et l’oiivril en présence de tous; il la lut de manière à ce que chacun piit bien l’entendre.
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La substance de la lettre était qu’il les saluait gracieusement; qu’il les prévenait qu’il envoyait vers eux la reine Constance, son épouse, et la leur donnait comme leur légitime maîtresse et reine ; qu’il leur ordonnait de lui obéir en tout ; qu’il leur envoyait en même temps les infants En Jacques et En Frédéric ses fils, et les leur recommandait; qu’après la reine et lui, ils regardassent l’infant En Jacques comme leur maître et seigneur en sa place , et en celle de la reine sa mère ; que , comme il n’était pas possible à la reine d’assister tous les jours aux conseils, ils voulussent bien délibérer en sa place, et prendre les résolutions convenables, de concert avec le seigneur infant En Jacques; qu’ils n’entreprissent rien sans l’approbation delà reine ou de l’infant, et qu’ils trouveraient en lui une telle sagesse qu’ils en seraient satisfaits.
La lecture de la lettre étant terminée , messire Aleynep répondit pour tous : « Madame et reine, » soyez la bien venue; bénie soit l’heure où vous » êtes arrivée, vous et les infants; béni soit le » roi d’Arragon, qui vous a envoyée vers nous pour » notre salut. Ainsi nous prions tous Dieu, Jésus- » Christ, sa benoîte mère et ses bénoîts saints, qu’ils » accordent une longue vie au roi , à vous et à vos » infants; qu’il abrège nos jours pour allonger les » vôtres; que Dieu vous conserve pour nous et pour » tous vos peuples. Nous vous acceptons pour nous » tous et pour ceux qui ne sont point ici présents.
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» de la partdu seigneur roi , comme notre dame , » reine et maîtresse , pour faire et dire tout ce » que vous nous ordonnerez. Nous acceptons aussi » les infants comme devant être nos seigneurs après » le roi ; nous recevons principalement le seigneur » infant En Jacques pour chef et seigneur, au lieu » et place du roi et de vous; et je prête le plus ferme » serment, par Dieu et sur les saints évangiles , « tant pour moi que pour toute la communauté de » Sicile, de tenir et accomplir tout ce que j’ai » avancé. Ainsi le jurent tous ceux qui sont icipré- » sents, pour eux-mêmes et pour les lieux qui les » ont chargés de leur mandat * ».
I . Le parlement sicilien était déjà régulièrement composé de ses trois chambres ou bras : le brasmilitaire , le bras ecclésiastique et le bras domanial. Le bras militaire se composait des anciens commilitones ou grands barons et vassaux directs delà couronne ; on y joignit successivement, sous les rois arragonais, tous les propriétaires qui pouvaient fonder sur leurs terres un bourg de quarante feux. Le même individu eut une ou plusieurs voix, selon qu’il possédait un ou plusieurs bourgs de quarante feux. Cette classe était héréditaire de mâle en mâle par rang de primogéniture. Le bras ecclésiastique comprenait tous les évêques , prélats et abbés commendataires. La suppression de l’emploi entraînait la suppression du droit de siéger dans cette chambre. Le bras domanial se composait de tous les fondés de pouvoirs des villes incorporées et terres domaniales. Les délégués ou syndics étaient élus par le conseil municipal de chaque bourg.
Ce parlement était annuel, et quelquefois il était con-
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Il se leva, baisa la main à la reine et aux infants. Chaque syndic, Riches- Hommes, chevalier et notable citoyen imita son exemple; après quoi messire Jean Procida se leva pour parler au nom de la'reine : « Barons, dit-il, la reine rend grâces » à Dieu, et vous remercie de la bonne volonté » que vous lui avez témoignée. Elle vous assure
voqué extraordinairement chaque année avant sa dissolution. Il choisissait quatre membres tirés de chacune de ces trois branches , pour former une espèce de tribunal représentatif du parlement , composé de douze membres , sous le titre de députés du retourne , de fondés du pouvoir du parlement. Cette députation était chargée de la répartition des impôts arrêtés en parlement général, de leur recouvrement, de leur envoi au gouvernement , de la protection des libertés nationales et du droit particulier de faire des représentations au roi , au nom du parlement, et même de s’opposer à l’exécution de toutes les ordonnances royales attentatoires aux prérogatives de la nation.
Sous Charles V, le parlement cessa d’être annuel, et ne fut plus convoqué que tous les quatre ans, mais il resta investi du droit de proposer , pour quatre ans seulement , la nature et la quotité des impôts , et d’en fairelarépartition.
Ces formes constitutives furent violées pour la première foisen 1810. Une nouvelle constitution fut promulguée en x8i a ; les restaurations de i8i4 ont entraîné le renversement des nouvelles constitutions sans que les peuples aient pu obtenir depuis d’être remis en possession de leurs droits anciens , que les souverains ont usurpés presque par toute l’Europe , au moment où la générosité des nations s’empressait à rétablir partout leurs trônes renversés. ( Voyez Documents historiques sur les derniers événements arrivés en Sicile. )
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» qu’en tout temps elle vous aimera , tant en géné- » ral qu’en particulier, honorera , secourra de tout » son pouvoir, ainsi que le roi et les infants, en )i tout ce qui sera bon et honnête. Elle vous prie » et ordonne de reconnaître, dès à présent, l’infant » En Jacques pour votre seigneur, à la place du » roi son père et de nous-mêmes. Comme il ne nous n est pas possible de parcourir les différents lieux » du royaume, il le fera lui-même ainsi que doit le » faire un seigneur, il ira à la guerre et pourvoira à » toutes les affaires , soit civiles soit militaires. Ces » infants sont d’une maison dans laquelle les vertus » guerrières ont toujours été en grand honneur. Tels » ont été tous leurs ancêtres , tels ils seront eux- » mêmes, ainsi que leurs descendants, s’il plaît à » Dieu. Il est bon que vous leur serviez d’appui et » que vous ayez grand soin d’eux, surtout de l’infant » En Jacques, qui va se livrer aux affaires civiles » et guerrières. L’infant En Frédéric est encore si “ jeune, que nous ne voulons point qu’il soit sé- » paré de nous, jusqu’à ce qu’il soit plus grand. » Messire Aleynep se leva, et, au nom de tous , il répondit à la reine et aux infants que tout ce que la reine ordonnait, serait, grâces à Dieu, ponctuellemement exécuté. « De sorte, dit-il, que vous, » madame, et le roi d’Arragon, vos infants, » vos amis et vos sujets, vous serez tous satisfaits. » Là-dessus , la reine les signa , et leur donna ses grâces et sa bénédiction. Chacun se leva et retourna chez soi joyeux et content. Messire Jean
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leur remit les lettres adressées à chaque lieu et à chaque Riche-Homme en particulier.