CHAPITRE CII
De l’entrevue du roi d’Ârragon avec le roi de Ctutille En Sanche , oü le rcâ d’Ârragon voulut connaître les intentions du rot En Sanche , qui furent de le seconder contre qui que ce fAt au monde.
Ayant reçu ces bonnes nouvelles, le roi alla parcourir ses royaumes et visiter le roi de Castille son neveu , qui , sachant qu’il se trouvait en Arragon , lui fît part du dessein qu’il avait de le voir. Il y consentit; ils se rendirent à Farisa, où ils se fêtèrent mutuellement. Le roi de Castille montra surtout bien de la joie à son oncle.
Après les fêtes, le roi d’Airagon le prit en particulier et lui dit : « Mon neveu , vous avez appris, » je pense , comment l’Eglise a , contre toute rai- » son, rendu une sentence contre nous. Le pape » est Français, et vous pensez bien qu’étant de la » même nation que le roi Charles, il lui accordera » ses faveurs et son secours ; vous pouvez vous en « convaincre, puisqu’il nous a condamnés sans » nous citer. D’un autre côté , le roi de France , » notre beau-frère, lié avec nous par de grands » engagements^ a promis secours et appui au roi » Charles , son oncle , et il a bien fait voir » ce qu’il avait dans l’âme , en accompagnant con- » tre nous le roi Charles à Bordeaux , suivi de
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» douze mille chevaliers armés. Nous ne pouvons » point douter que nous n’ayons la guerre et » contre l’Eglise et contre la France. Je désire » savoir quelles sont vos intentions. »
Le roi de Castille lui répondit : « Mon oncle , » je savais déjà tout ce que vous venez de me dire; » c’est aussi pourquoi je vous ai demandé cette en- » trevue. Je n’ignore pas que vous avez envoyé » des messagers , et je pense qu’ils vous apporte- » ront des nouvelles de guerre. Pour moi, je vous » déclare, mon oncle , que d’après mes accords et » mes engagements avec vous, lesquels je vous con- » firme avec serment et hommage , de bouche et » des mains, je vous seconderai de ma personne et » de mes états , et je vous défendrai de tout mon » pouvoir contre qui que ce soit au monde. Quand » vos envoyés seront de retour, faites-moi con- » naître les réponses qu’ils vous apporteront : si » c’est laguerre^ nous nous disposerons à la guerre. » 11 me paraît que vous et nous, et leroide Major- » que , et le roi de Portugal , nous pouvons bien » nous défendre contre eux ; nous croyons même » que si nous conduisons la guerre avec vigueur, » nous pourrons recouvrer la Navarre , et même » aller au-delà; ainsi, mon oncle, ayez bon es- » poir et soyez joyeux et content. »
Il parlait bien ; car si ces quatre rois qu’il désignait, et qui sont du même sang, étaient bien unis, ils^ n’auraient à craindre aucune autre puissance sur la terre.