‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 119 sur 165 · CHAPITRE CVIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE CVIT

Comment messirc Augustin Davalla fut pris, après avoir etc battu par le seigneur infant En Jacques.

Dès que l’infant et l’amiral eurent appris que messire A. Davalla avait ravagé et bnilé Agosta , le seigneur infant fit sortir sa bannière avec sept cents hommes à cheval et trois mille almogavares, et bien des troupes à pied de Messine. Ils se rendirent de suite à Agosta. L’amiral fit monter tout son monde dans les galères. Il n’élail pas besoin de les prier ni de les forcer; car ils s’y rendaient de bonne grâce , avec joie et satisfaction. Une fois embarqués , ils allèrent au port d’Agosta , et montèrent à la ville sans attendre l’infant. Là, on vit par les rues les plus beaux faits d’armes possibles. Que vous dirai-je? Bien souvent un trait parti des mains d’un almogavare perçait l’homme et le cheval de part en part , malgré les cuirasses ou autres armes défensives. Il n’est pas douteux que l’amiral les aurait tous mis en déroute et tués, mais la nuit survint , et on fut obligé d’abandonner le combat. A la pointe du jour, l’infant vint avec ses troupes devant le château ; les ennemis se regardèrent comme anéantis ; ils montèrent tellement à

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là hâte dans le château , qu’ils ne purent j introduire des provisions de bouche pour trois jours. L’infant commanda l’attaque , et on se battit vigoureusement. Mais c’est le château le plus fort que je connaisse en plaine. A la vérité, on ne peut le regarder comme en plaine , car il est sur deux élévations , soit du côté du port , soit du côté de la mer de Grèce , et on ne pouvait assurément le prendre par la force des armes. Mais le lendemain, l’infant fit sortir deux tréhuchets des galères, et les fit disposer à l’attaque. Messire A. Davalla se voj^ant dans cette position, sentit bien qu’il serait insensé de sa part de vouloir se défendre , ayant déjà perdu cent cavaliers et bien des gens de pied , et n’ayant plus de provisions. Il envoya donc deux chevaliers à l’infant , implorant merci pour qu’on le laissât sortir , et qu’on le transportât en Calabre , en s’engageant à ne jamais prendre les armes contre lui.

L’infant, touché de compassion, pour l’amour de Dieu et par bonté d’ame, répondit qu’il le laisserait aller, sous la condition de lui faire en tout temps tout le mal qu’il pourrait, et de n’emporter avec eux ni chevaux , ni armes , ni quoi que ce fût , excepté leurs vêtements. Messire Augustin entendant cette réponse de l’infant , demanda à ses envoyés si personne ne l’avait ainsi conseillé. Ils dirent qge non , et qu’il avait répondu de luiniême. « O Dieu ! s’écria messire Axigustin, coni- » bien on a tort de vouloir l'aire du mal à une » maison composée de si bons et de si loyaux chex a-

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)) liers ; je vous dis qu’il a mieux répondu que )) n’aurait fait le plus grand prince. Ainsi soit fait » ce qu’il veut. »

Il accepta , en sachant bon gré à l’amiral et à tous les autres , disant qu’ils! se résoudraient à mourir si le seigneur infant le jugeait convenable pour la gloire de Dieu. L’infant ordonna à l’amiral de les conduire en un lieu sûr , et qui fût au pouvoir du roi Charles. Ils s’embarquèrent , ainsi qu’il avait été dit; après quoi l’infant envoya, pour messire Augustin , dix chevaux dont il se servait lui-même, et de plus, neuf Riches-Hommes de ses parents qui étaient avec lui , et qu’il délivra sans rançon , ordonnant à l’amiral que , dès qu’ils seraient débarqués, il les lui remît de la part du seiirneur infant.

Quand rembarquement fut fait , l’infant fit venir l’amiral , et lui dit ; « Amiral, prenez douze » galères bien armées, dont nous nommons com- » mandant En Bérenger de Vilaragut ; et lorsque » vous aurez mis à terre ces gens-ci , vous revien- » drez à Messine, et En Bérenger de Vilaragut » prendra la route de Brindes. S’il peut ren- » contrer les vingt galères qui ont porté ces » troupes à Agosta , qu’il les attaque ; et j’espère » qu’avec l’aide de Dieu , il me les amènera. — » Seigneur , répondit l’amiral , tout sera fait sui- » vantvos désirs. Je suis ravi de l’ordre que vous » confiez à En Bérenger de Vilaragut ; car c’est » un brave et habile chevalier. »

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Là-dessus , En Bérenger fut appelé; l’infant En Jacques lui fit part de ses intentions , et lui dit de s’embarquer et de se disposer à bien faire. En Bérenger lui baisa la main, et lui rendit mille grâces. Il s’embarqua avec de bonnes troupes à pied et à cheval, prit congé de l’infant et de ceux qui étaient avec lui , et se rendit à la plage d’Estil ; l’amiral déposa devant le château , messire Augustin et sa compagnie. Il lui donna , de la part de l’infant , les dix chevaux pour lui et pour les barons qui se trouvaient avec lui , et qui étaient ses parents. On leur rendit aussi leurs armes et les harnois de leurs chevaux.

Messire Augustin et ses compagnons, voyant une telle courtoisie , s’écrièrent : « Gomment a donc >> fait le pape et ses cardinaux , de ne pas déclarer » le roi d’Arragon , le roi du monde entier? » Us rendirent grâces à l’amiral, et le prièrent de les recommander au seigneur infant , et de lui dire que , pénétrés de ses bontés , ils ne se montreraient plus ses ennemis tant qu’ils vivraient.

Arrivé à Naples, messire Augustin trouva le prince désespéré de ce qui était advenu à lui et aux comtes , et il redoubla la douleur de messire Augustin , en disant : « Il vaudrait bien » mieux que le roi Charles , notre père , s’ar- » rangeât ; car , s’il continue la guerre , tout est )) perdu. »

Je vais parler de l’amiral , qui retourna à Messine. En Yilaragut se sépara de lui , avec douze

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galères bien armées, deux vaisseaux armés et deux barques. Mais je cesse de parler de ce qui les concerne, pour retourner à l’infant En .Tacques.

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