CHAPITRE CVI
Comment mesiirc Augustin Davalla, français, alla avec vingt galères du prince M atagrifon à Âgosta , laquelle il prit et ravagea ; et comment leur commandant s’enfuit à Brindes, par la grande peur qu’il eut de En Roger de I.uria.
Il est certain que pendant que cette flotte des comtes était ainsi traitée à Naples , un Riche- Homme et baron français, nommé messire Augustin Davalla, pensa que s’il pouvait faire par lui- même un coup d’éclat , il se couvrirait de gloire , lui et ses gens , et qu’il serait agréable au roi Charles , en faveur de qui il était parti de France. Il se présenta au prince etluidit : «Prince, » vous avez vingt galères construites à Brindes, » veuillez les faire armer; et une fois prêtes, ré- » pandez le bruit que vous m’envoyez en Morée » avec de la cavalerie ; mettez-y du monde de gré » ou de force; et moi, avec trois cents cavaliers de » mon pays et de mes parents^ je monterai avec une
(ij83) de ramon mdntaner. Soj
» bonne chevalerie sur les galères; on me conduira » en Sicileà AgostaCAugusta), oùse trouve un bon » port et un fort château que j’ai occupé pour votre » père. Le roi d’Arragon ne songe point à le faire » garder , et la ville a de mauvaises murailles. J’y » entrerai avec les équipages des galères ; nous at- » taquerons d’un côté^ tandis que le comte de » Brenda (Brienne) , le comte de Montfort , et les » autres comtes qui seront venus avec nous , atta- » queront rudement d’un autre ; nous sommes as- » surés par ce moyen de mettre l’île à feu et à sang, » et de renforcer tous les châteaux qui tiennent » encore pour vous ; tandis que En Roger de Luria » est hors de la Sicile , nous pourrons à notre gré »> faire cette expédition. »
Que vous dirai-je? Le prince , qui connaissait niessire Augustin Davalla pour un bon chevalier et un homme habile, crut ce qu’il lui disait, et accéda à sa demande ; et ainsi qu’il l’avait conçu il l’exécuta.
Tandis que l’amiral était à Lipari, tout fut disposé ; on se rendit à Brindes; ils vinrent à la ville d’Agosta, l’attaquèrent, la prirent et la saccagèrent. Quand ils eurent pris terre, ils demandèrent où était le chef- lieu de l’île. Quelques hommes qu’ils avaient pris à Agosta dirent au commandant des galères que c’était à Brindes.
Les Français, guidés par un fol orgueil, ne s’informaient de rien, ne songeant qu’à brûler et détruire la ville ; mais le commandant, qui redoutait
3o8 CHRONIQIÎE ' (ii85)
toujours Eu Roger de Luria^ demanda secrètement de ses nouvelles, et ceux qu’il interrogea, luirépon- « dirent: Seigneur, il est vrai que l’amiral est venu à » Messine, il y a trois jours, et qu’on lui a raconté ce » qui s’est passé.» Alorsle commandant alla trouver messire A. Davalla, et lui dit : « Si vous le voulez, » j’irai celte nuit avec les galères dans la Calabre; » je prendrai la troupe que je trouverai sur la » plage d’Estil, et que le prince vous aura envoyée ; » ainsi vous serez mieux secondé ; car je ne vous » serais ici d’aucune utilité avec les galères ; et les » Français sont telsqu’ilscroient tout ce qu’on leur » dit des choses maritimes, n’y entendant rien eux- » mêmes. — Allez à la bonne aventure, lui répon- » dit messire Davalla , et revenez bientôt. » Nous n’avons point à parler de son départ.
J.,a permission que lui donna messire Augustin ne signifiait pas grand’chose ; car ne l’eût-il pas donnée, le commandant ne serait pas moins parti pendant la nuit, sachant bien qu’ils étaient venus à la male heure. Il débarqua toutes les provisions, ettoutee qui appartenait à la cavalerie, ets’éloigna dans la nuit. N’imaginez pas qu’il fût dans l’intention do se rendre à la plage d’Eslil ; mais il gagna la haute mer, prit la route du cap des Couronnes, et ne s’arrêta que quand il fut arrivé à Rrindes. Là il laissa les galères devant la douane, et chacun alla où bon lui sembla ; il y en a peutêtre qui fuient encore.
Laissons-les à présent qu’ils ont mis les galères
(58ii) de ramon müntaner. Soq
en lieu sûr , et revenons au seigneur infant En Jacques, et à l’amiral En Roger de Luria.