‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 122 sur 165 · CHAPITRE ex · texte numérisé non relu

CHAPITRE ex

Cummciit le roi d'Ârragon , ayant connu le résultat de la bataille des comtes , et ce qu'avait fait En Vilaragut , voulut mettre ordre à ses affaires , et envoya dire à l'infant ce qu'il devait faire des comtes.

Le roi d’Arragon ayant appris la nouvelle de la hataille des comtes (ainsi nommée , et qui gardera ce nom-là, à cause du nombre des comtes qui étaient sur la flotte), ainsi que ce qui avait eu lieu à Agosta, et ce qu’avait fait En Vilaragut, en éprouva une grande joie, et remercia et bénit Dieu de la grâce qu’il lui avait accordée. Il songea ensuite à régler ses affaires. Ayant appris de ses envoyés ce qui avait été fait et dit par le pape et le roi de France , il vit bien que ce n’était point un jeu que d’étre ainsi attaqué chez lui par deux puissances pareilles, sans compter que , par l’effet de la croisade que le pape avait publiée , d’autres pourraient bien se joindre à eux. Il fit alors convoquer les cortès à Saragosse, où devaient se rendre les Arragonnais. Les cortès étant réunies , le roi fit un très beau discours, et leur fit part de l’heureuse bataille des comtes, où Dieu lui avait accordé la victoire. La galère qui avait apporté cette nouvelle était arrivée à Barcelonne depuis plusieurs jours , et le roi l’avait aussitôt renvoyée, et avait mandé à l’infant ce qu’il tievait faire des barons, des comtes et des cheva-

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liers prisonniers. Nous n’avons rien à dire de ceci ; car le roi était si sage, qu’il choisissait toujours le meilleur parti ; on fit donc ce qu’il ordonna , et non autrement. Il sut bon gré à la reine de ce qu’elle avait fait des menues gens.

Quand il eut fait part de toutes ces choses à l’assemblée , il leur raconta les événements d’Agosta , et tout ce qu’avait fait En Berenger de Vilaragut. Après leur avoir communiqué tous ces détails et dit d’autres choses relatives aux circonstances , il leur dit ce que lui avaient rapporté les hommes qu’il avait envoyés au pape et au roi de France; comme quoi le pape avait lancé une sentence contre lui et ses alliés; comme quoi il avait fait donation de son royaume à Chariot , son neveu , fils du roi de France ; comme quoi le roi de France faisait de grands préparatifs de terre et de mer, et avait juré qu’au mois d’avril, il serait avec toutes ses forces en Catalogne ; qu’ainsi il priait tous les nobles, les prélats, chevaliers, citoyens, gens des villes et châteaux , de l’aider de leurs conseils et de leurs secours.

Quand il eut terminé son discours, ceux qui étaient désignés pour répondre se levèrent et dirent qu’ils avaient prêté leur attention à tout ce qu’il venait de leur annoncer. Ils remercièrent Dieu de la victoire dont il l’avait favorisé , ils dirent qu’ils étalent d’un autre côté fort mécontents de la conduite du >Saint-Père Apostolique et du roi de France envers lui ; qu’ils étaient bien persuadés

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que Dieu le seconderait, parce qu’il était dans son droit, et que ses ennemis avaient tort; que Dieu, qui est la vérité et la justice même, le protégerait certainement, et confondrait les superbes et les orgueilleux qui s’élevaient contre lui ; que quant à eux, ils étaient disposés à le soutenir et le seconder de leurs personnes et de leurs biens ; qu’ils étaient prêts à périr ou à le délivrer de tous ceux qui oseraient l’attaquer ; et qu’ils le priaient et conjuraient de se tenir en joie et en espérance , afin de soutenir l’espoir et le courage de tous ses sujets; de fortifier ses frontières du côté de la France ; de faire construire des galères, et de préparer enfin tout ce qui était nécessaire à la défense du royaume. Ils lui conseillèrent de soigner aussi les autres frontières , en disant que quant à celles de l’ Arragon , limitrophes de la Navarre et de la Gascogne , ils auraient à y pourvoir eux-mêmes , et qu’ils les dél'endraient de telle manière que , s’il plaisait à Dieu , le roi serait content d’eux, et que ses ennemis sauraient bientôt qu’ils avaient affaire à gens en état de leur donner bien du mal

I. Ce fut dans les cortès de Saragosse, en ia83, que les divers ordres de l’état réunis obtinrent du roi Pierre la restitution de leurs droits antiques et la confirmation nouvelle de leur constitution, par l’acte connu sous le nom de Privilège social. Ils réussirent, dit Zurita, à reconquérir leur liberté, parce qu’ils furent tous d’accord; les Riches- Hommes et les chevaliers, les commerçants et les classes

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Le roi fut ravi d’entendre les offres et les bonnes dispositions des barons de l’Arragon , des chevaliers , citoyens, et gens des villes et châteaux.

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