‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 123 sur 165 · CHAPITRE CXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXI

Cominent le roi En Pierre marcha contre Mestatxe , gouverneur <lr Navarre , qui avait pdnétrd dans l’Arragon, avec quatre mille chevaux; et comment ledit Nestatxe se retira avec tout son monde.

Avant que le roi, ni les Riches-Hommes, ni ceux qui avaient été convoqués pour les cortès fussent partis de Saragosse , on reçut la nouvelle certaine que Nestatxe, gouverneur de Navarre pour le roi de France, était entré dans l’Arragon, à la tête de quatre mille chevaux ; qu’il s’était emparé de la tour d’Ull , où commandait un nommé En Nexainen Darteda , excellent chevalier d’Arragon ; ce qu’il prouva bien par la défense de ladite tour, dans laquelle il se conduisit aussi bien que tout’au-

iuférieures furent également ardents à réclamer leur prééminence et leur liberté. Ils étaient convaincus que l’Arragon n’était pas une puissance parce q»i’il était fort, mais parce qu’il était libre ; et la volonté de tous était de périr avec la liberté. Des conservateurs furent ensuite nommés pour assurer l’exécution des promesses royales, et rendre au Justiça les prérogatives dont on avait voulu dépouiller cet officier si important, eu même temps que les liomme.s qui avaient droit à sa juridiction.

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tre aurait pu le faire; et cela lui sauva la vie; car Nestatxe, satisfait de sa bravoure, défendit d’attenter à ses jours, disant qu’il serait dommage de faire périr un si brave chevalier. On le prit donc vivant malgré lui ; après quoi, Nestatxe l’envoya à Toulouse, au château Narbonnais, pour qu’on le livrât à En Toset de Xanxis , qui le gardait. Mais En Nexamen Darteda fit si bien , qu’il s’échappa et retourna en Arragon. De retour en liberté, il fit beaucoupde mal aux Français; mais je le laisse là; j’aurais trop à dire, s’il me faillait raconter les prouesses, entreprises hardies et traits de courage que firent en cesguerres et entant d’autres, les chevaliers de (Catalogne et d’Arragon ; un homme n’y suffirait pas. On dit en Catalogne : L’œuvre fait l’éloge du maître; et on sait en général ce qu’ont fait les Catalans et les Arragonnais, et ce qu’ils sont ; s’ils n’étaient bons et vaillants, ils n’auraient pas exécuté tant de belles choses qu’ils ont faites et qu’ils font encore, par la grâce et avec l’aide de Dieu. Ainsi nous n’aurons à parler de personne en particulier; maisseulement deschefs qui ont donné les ordres.

Le roi et les assistants ayant entendu ces récits, on fitl’appel, et la bannière du roisortitde Saragosse avec les chefs, et les conseils des cités et des villes d’Arragon, qui suivirent cette bannière. Depuis que l’Arragon fut peuplé , il n’y eut jamais un aussi grand nombre de braves gens réunis. Je puis vou s dire qu’ils auraient suffi pour mettre en déroute, non-seulement les troupes de Nestatxe, mais toutes

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cellesdu roi de France, si elless’y fussent trouvées.

Le roi marcha avec plaisir contre rarniée de Nestatxe, et il fît telle diligence qu’un jour, à une heure près, il se trouva tout près de lui, au moment où il rentrait dans la Navarre ; car il était parti , sachant que le roi n’était qu’à une lieue de lui ; de sorte que chacune des armées eut des nouvelles de l’autre. Pendantla nuit, le roi haranguason monde, leur parla comme un bon chef, et les exhorta à bien faire. Il leur dit, qu’à la pointe du jour^ ils pensassent, avec la grâce de Dieu et de madame sainte Marie , à suivre ses drapeaux et à se conduire avec courage, parce qu’il voulait attaquer ses ennemis , qui avaient été assez insensés pour mettre les pieds sur son territoire. Quandle roi eut parlé, chacun lui répondit bien ; toutefois la chose tourna de manière que Nestatxe eut le temps de se retirer en Navarre avec toute sa troupe, ce dont le roi fut bien fâché. Jamais depuis qu’il fut né il n’épronva un tel désappointement ; je ne veux pas dire, combien il lui fut désagréable (et cela devait l’être) d’apprendre que Nestatxe était rentré en Navarre sain et sauf. Le roi alla à Barcelonne, où il convoqua les cortès , afin que tous ceux de la Catalogne fussent arrivés au jour désigné.

CnROKIQDES. 7’. y. — H. Mcktakf.r. /.

CHROSIQUE

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