‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 14 sur 165 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Comment le seigneur roi En Jacques maria son fîlt, l’infànt En Pierre, à la reine Constance, (ille du roi Mainfroi de Sicile; l’in&nt En Jacquesavec Scalrmonda , lillc du comte de Foix ; et comment l’infant En Sanclie fut fait archevêque de Tolède.

Le seigneur roi , extrêmement satisfait , se rendit le plus tôt qu’il put dans le royaume de Valence. 11 avait etc instruit par un message , (]ue le roi don Alphonse de Castille , son gendre , désirait le voir, et qu’il emmenait à Valence la reine sa fdle ^ et ses enfants^ pour rendre hommage audit roi Jacques , qu’il considérait comme son père. Il se rendit donc au royaume de Valence, où il trouva que le seigneur infant En Pierre avait soumis et exterminé tous les Maures rebelles ; et il fut très content de lui et de ses actions. Il songea alors à lui donner une épouse ; car il lui venait de tous côtés d’honorables propositions , pour des fdl es d’empereur ou de roi. Enfin , il se décida à lui donner la fille de Mainfroi , roi de Sicile et de la principauté , de toute la Calabre , du pays de Tarente, de Dortrente { Otrante), de Pouille, de Bruti ' , et de toute la contrée autour de la cité de

1 . Partie méridionale de la Calabre ultérieure , le long du détroit de Sicile, terre des anciens Brutiens.

CHROnigCES. T. y. — R. MuNTAHEr.. /. ^

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Soales, dans la marche d’Ancône; ses possessions niaritimes s’étendaient depuis la plaj^e romaine . jusqu’à Saint-Fabian, qui est le port des villes de Seal es et de Fermo. Il était fils de l’empereur Frédéric , le plus puissant souverain du monde , et du plus noble sang.

Ledit roi Mainfroi vivait de la manière la plus magnifique. Il était grand dans ses actions et dans ses dépenses : aussi ce mariage plut beaucoup au roi d’Arragon et à l’infant En Pierre son fils, et fut accepté de préférence à tout autre. Il envoya des messagers distingués , pour conclure le traité avec les messagers du roi Mainfroi. Quand ils furent à Naples , ils firent les conventions avec le roi Mainfroi; et ils amenèrent sur deux galères armées, la demoiselle âgée de quatorze ans.- C’était bien la personne la plus belle , la plus sage et la plus honnête qu’on pût trouver. Ils la conduisirent audit seigneur infant, en Catalogne, accompagnée de gentilshommes, de chevaliers , de citoyens , de prélats, de dames et demoiselles. Il l’épousa légitimement * , comme l’ordonne l’église. Le bon roi , son père , ses frères , et tous les barons de Catalogne et d’Arra^on assistèrent à ses noces , et vous pouvez deviner si l’on y fit de grandes l'êtes ! Mais ceux qui voudront les connoître peuvent avoir recours au livre qui fut fait depuis que

I. Le mariage «le Pierre III uvi!c Constance, fille «le Mainfroi et «le IJéatrice «le Savoie, eut lieu le i3 juin laGa.

DE KAMON MüNTAKLIl.

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ledit infant fut devenu roi. Ils y verront les grands dons et les grandes largesses qui eurent lieu , et bien d’autres choses que je passe sous silence, puisque cela a été déjà décrit. De cette demoiselle, nommée Constance, l’infant En Pierre eut bon nombre d’enfants, dont quatre garconset deux filles, survécurent à leur père * et mère !*, savoir : les infants En Alfonse 3, En Jacques ‘, En Frédéric et En Pierre. Chacun d’eux futun des plussages-princesdumonde; ils furent bons à la guerre et eu toutes leurs actions, comme vous le verrez par la suite, à mesure cpie nous aurons à parler d’eux, ainsi que des filles, dont l’une, ainsi que je l’ai dit , fut reine de Portugal % l’autre, fut femme de Robert', roi de Jérusalem; Le roi En Jacques fit épouser à l’infant En Jacques, la fille du comte de Foix , le plus éminent et plus riche baron du Languedoc’; elle se nommait Esclarnionde , et fut une dame des plus savantes, de la meilleure vie, et des plus honnêtes du monde. De grandes et honorables l'êtes furent

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