‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 13 sur 165 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Comment les Maures du royaume de Valence , secondes par les rois de Murcie et de Grenade , se soulevèrent; et comment le seigneur roi En Jacques , étant en Catalogne, envoya son (Us , l'inCint En Pierre, avec une troupe de cavaliers ; et comment Montesa fut prise et le royaume pacifié.

Le roi étant ainsi occupé, les Sarrazins du royaume de Valence, malgré les trêves et la paix qui existaient entre eux et lui , voyant que ledit roi était éloigné, et qu’avant qu’il n’arrivât ils pouvaient recouvrer bien des lieux et des châteaux , pensèrent à se soulever , d’après le conseil et l’assistance des rois de Murcie et de Grenade. Ils se renforcèrent au moyen des châteaux dont ils purent s’emparer, et ils en prirent un bon nombre, avantqueleschrétiens s’en fussent aperçus. Ils coururent le pays,emmenère nt bien des chrétiens captifs, et firent beaucoup de mal. Bientôt le lieutenant du royaume, les riches-hommes, les maires des villes, des cités et autres lieux, envoyèrent des messages au roi , et lui donnèrent connaissance de tout ce qui se passait. Il fut très mécontent, et voulut quel’infant En Pierre, son fils aîné, allât au royaume de Valence, et emmenât avec lui des compagnies de cavaliers de Catalogne et <l’Arragon. 11 lui donna en même temps tout

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pouvoir sur toutes choses, comme si c’était luimême.

Leditseigneur infant En Pierre , un deschevaliers du plus haut et du meilleur cœur qui furent jamais au monde, et, comme je le crois, de ceux qui naîtront jamais, reçut ce pouvoir avec grande satisfaction , et prit congé du roy son père , qui le bénit et lui souhaita tout le bonheur possible.

Il se rendit à Valence avec des gentilshommes, des cavaliers et des hommes de pied de Catalogne et d’Arragon, Arrivé à Valence, il organisa ses nobles, ses cavaliers, citoyens, Almogavares ' , sergents des compagnies et marins , et les disposa là où il lui parut nécessaire. Il alla à Xativa; il trouva les Maures très nombreux au canal d’Alcoll; il les battit et les extermina entièrement. De là U marcha ailleurs et en fit autant. Quand on le croyait en un lieu il était dans un autre , et là où il ne pouvait arriver à cheval , il allait à pied avec les Almogavares ; enfin il faisait une

I. C’était le nom que portait aux treizième et quatoi'^ zième siècles l’infanterie arragonnaise. Les savants ne sont pas d’accord sur le sens de ce mot j les uns le font venir de l’arabe , où le radical Garaf, composé en Almttgavarin, signifie guerrier. Cette étymologie est la plus vraisemblable. D’autres assurent que les Almogavares étaient une tribu qui avait accompagné les Goths ou les Huns lors de leur établissement dans l’empire romain. (S. Les Espagnols du quatorzième siècle , p. i84, t. 2, de V Espagne en 1808, de Rehfuess).

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guerre si active, que les Sarrazins ne savaient que devenir ; car aux lieux où ils se croyaient le plus en siireté, on les prenait, on les tuait, ou on les emmenait prisonniers comme on voulait. Il les avait tellement effrayés qu’ils ne savaient à quoi se résoudre. Ils pensèrent toutefois qu’en se jetant en nombre dans le fort château de Montesa , à une lieu de Xativa, ils pourraient de là faire beaucoup de mal au pays.

Le seigneur infant, instruit de leur projet, au moyen de ses espions , les laissa s’y réunir en grand nondîre ; et un matin, avant que le jour parût , il environna le château et la colline avec beaucoup de gens à pied ; ensuite , il fit dire à tous ses gentilshommes et cavaliers de se rendre à Montesa. Il fut fait ainsi qu’il l’avait ordonné : les troupes de la cité de Valence et de toutes les villes s’y rendirent. Il assiégea Montesa, jusqu’à ce que le château lui fiit livré ; et apres que ledit château se fût rendu , tous les autres lieux qui s’étaient soulevés se soumirent. Ainsi on peut dire que le seigneur infant En Pierre conquit une seconde fois une partie du royaume de Valence ; et son père recevait tous les jours des nouvelles des exploits qu’il faisait , tant à pied qu’à cheval , contre les Maures.

DE RAMOH MUNTANER.

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