‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 141 sur 165 · CHAPITRE CXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXVIII

Comment le roi En Pierre mit Besaido en état , ainsi qae les châteaux des environs de Gironne , au moyen de qui ses troupes causaient de grands dommages à l’armée du roi de France; et de la valeur de En Gpillaiime Galccran de Cartalla.

Quand le roi d’Arragon eut fait mettre en état la ville de Gironne et établi l’ordre, il y plaça pour commandant et pour chef, En Raimond Folch , vicomte de Cardona, et il laissa auprès de lui de braves chevaliers et d’honorables citoyens. Voyant que le roi de France avait fait établir son camp et préparé le siège, il partit et se porta à Besuldo^ fit mettre la ville en état de défense , de même que les châteaux qui avoisinaient Gironne; de telle manière qu’ils donnaient souvent de mauvaises matinées à l’armée , au moyen des hommes que le roi d’Arragon avait placés là et en d’autres lieuxfortifiés;etilsenlevaient ou détruisaient maints beaux convois qui allaient de Roses à Gironne. Nos troupes, soit de cavalerie , soit d’almogavares, gagnaient beaucoup sur les Français, et les attat{uaient si fièrement , que j’aurais beaucoup à faire

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si je ne me contentais même de vous en donner le sommaire , ainsi que j’ai fait ci-devant de la Calabre. Je vous assure qu’ils les serraient de si près que les Français ne pouvaient s’éloigner de leur armée pour aller fourrager ou faire du bois , sans être suivis d’un grand nombre de leurs cavaliers; et ceux qui étaient dedans faisaient des sorties et leur causaient beaucoup de mal. Il n’y avait pas de jour qu’ils ne les interrompissent dans leurs repas; et ils ne leur permettaient pas de goûter un bon sommeil;desorte,quele dormir et le manger ne leur profitaient point. La colère de Dieu tomba si évidemment sur eux, qu’ils eurent tant de maladies, que ce fut la plus terrible contagion dont le ciel ait jamais attaqué une troupe.

Le roi d’Arragon avait mis en si bon état Besuldo et les autres places à l’entour de Gironne, et avait si bien posté toute l’almogavarerie et les autres compagnies sur les frontières ( et ne pensez pas qu’ils fussent peu nombreux , car il s’y trouvait bien cinquante mille almogavares et autres troupes, et encore cinq cents cavaliers, sans y comprendre cinq cents hommes à cheval des gens de Gironne), que les frontières étaient bien garnies, et que jamais armée ne fut plus étroitement resserrée que ne l’était celle du roi de France. Jamais aussi troupe ne fit de plus grands profits que ceux que le roi d’Arragon laissa faire^ur les Français. Ceux qui étaient assiégés firent des choses merveilleuses contre l’armée du roi de France.

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Le roi d’Arragon ayant mis en bon ordre tous ces objets, laissa pour chefs l’infant En Alphonse, le comte d’Ampuries, le vicomte de Rocaberti, le vicomte de Castellnou, En A. de Cortsavi, En Guillaume d’Anglesola, etEnGalceran deCartalla, seigneur d’Ostales et de Pontons, qui était l’un des meilleurs chevaliers d’Espagne ; ce qu’il prouva en plus d’une occasion , en Calabre et en Sicile , où , avec l’aidede Dieu, bien des victoires furentduesà ses sages conseils et par ses bonnes dispositions. On pourrait bien, sur les prouesses de ce gentilhomme. Guillaume deGalceran, faire un ouvrage aussi étonnant que celui qu’on a écrit sur Lancelot du Lac. Et jugezs’il était aiméde Dieu; illefitalcayt de Barbarie, où il se distingua par ses hauts faits. Ensuite, il vint avecle seigneur roi à Alcoyll et en Sicile. Et là, ainsique vous l’avez déjà vu , il se battit bien en toutes ^ occasions. Leroid’Arragon, satisfaitde sa vaillance, le fit comte de Catansar. Dieu enfin le favorisa telleipent , qu’il porta les armes dans les combats jusqu’à l’âge de quatre-vingt-dix ans,etqu’il vint mourir chez lui à Ostales^ au sein de sa famille , dans la même maison et dans la chambre où il était né.

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