‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 149 sur 165 · CHAPITRE CXXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXXV

Comment la galère et le» deux vaisseaux que le roi envoya à la reine , à l'infant, et à l’amiral En Raimond de Luria, se réunirent à Messine j comment ledit amiral en repartit avec les soixante-six galères ; et comment à Las Formignas il battit la flotte du roi de France et prit cinquante-quatre galères.

La galère et les deux vaisseaux expédiés en Sicile par le roi d’Arragon étant partis de Barcelonne, chacun d’eux prit la route qui lui avait été désignée ; ils se rendirent à Messine, où ils trouvèrent la reine, l’infant et l’amiral, et leur remi-

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rent les lettres du roi et celles de En Raymond Marquet et En Béranger Mallol. Aussitôt l’infant donna ordre à l’amiral de faire armer, sans retard, toutes les galères qui avaient été mises en état. L’amiral fit sonner la trompette et publier que chaque individu vînt toucher la paye de quatre mois : chacun la reçut avec plaisir. Croiriez-vous qu’en quinze jours, soixante-six galères qui se trouvaient radoubées furent armées ; il ne voulut pas en attendre d’autres. Il fit embarquer tout son monde, qui partit gaîmént. Il prit congé de la reine et des infants.

Quand il eut été décidé qu’il devait partir , il ne fut permis , pendant ces quinze jours , à aucun navire de sortir de la Sicile pour aller vers le ponant, et cela afin qu’on ne pût savoir ses projets au dehors. 11 marcha vers Cabrera, et eut bon vent, de sorte qu’il y fut bientôt rendu; et de là il envoya au roi , à Barcelonne , un des navires qu’il en avait reçus. Le navire trouva là En Raymond Marquet et En Béranger Mallol, qui, par le même vaisseau , lui répondirent d’aller à Ayguafreda ; qu’il trouverait dans ces parages quatre-vingt galères à Roses; qu’il se hâtai avant qu’on pût avoir de ses nouvelles ; qu’ils étaient bien assurés, d’après les avis de leurs espions^ qu’il les y trouverait, et qu’eux mêmes seraient bientôt auprès de lui avec toutes les galères réparées à Barcelonne.

En Raymond Marquet et En Béranger Mallol armèrent seize galères qu’on avait mises en état. Le

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vaisseau trouva l’amiral en mer. Celui-ci ayant pris connaissance de la lettre de En Raymond Marquet et de En Béranger Mallol, se rendit à Aygual'reda; et à la nuit, il prit terre à Las Formignas. Il se reposa pendant cette nuit ; il voulut que chaque galère tînt prêts trois fanaux, l’un à la proue, l’autre au milieu , et un troisième à la poupe , afin que si le» galères du roi de France venaient la nuit^ tous les fanaux fussent aussitôt aUumés, pour pouvoir reconnaître le nombre desdites galères ; et que d’un autre côté les ennemis crussent que chaque fanal était attaché à une galère différente. Cette précaution fit son succès; caria chose arriva comme il l’avait prévu. A l’approche du jour , la flotte du roi de France passa avec un fanal devant. L’amiral, l’apercevant, fitarmerson monde. Enattendant, il envoya deux vaisseaux à la découverte. Ils revinrent bientôt , et lui dirent que toute la flotte du roi de France était là. L’amiral la suivit et se plaça entre elle et la terre. Quand ils furent tout près, les fanaux furent allumés à la fois , et l’on attaqua. Alors on vit jouer les lances, les dards et les balistes. Que puis-je enfin vous dire? Avant le jour, l’amiral En Roger de Luria eut pris cinquante-quatre galères. Quinze, qui étaient aux Pisans , se jetèrent à la côte , et seize , appartenant aux Génois, qui, tout épouvantés, prirentla fuite de conserve et sans rien attendre , gagnèrent la haute mer et retournèrent dansleur pays. Au grand jour, l’amiral reconnut les galères ; il vit qu’elles s’étaient

échouéessurle rivage, et qu’elles appartenaient aux Pisans. Alors les galiotes de l’amiral en enlevèrent tout ce qu’elles y trouvèrent, et y mirent ensuite le feu.

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