‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 16 sur 165 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Cumment le roi Don Alphonse de Castille vint pour la première fuis dans le royaume de Valence , avec la reine sa femme et scs fils , pour voir le roi d’Arragon , et le bon accueil que celuÎK;! lui fit; des traités (|u’ils conclurent relativement à la conquête du royaume de Murcie ; et comment le roi En Jacques se chargea de s'en em|iarer.

Je vais vous dire comment le roi de Castille vint à Valence, avec la reine sa femme et ses fils. Le roiEn Jacques d’Arragon alla au-devant de lui, jusqu’aux frontières du royaume. Il avait donné des ordres partout , pour que tous ceux qui venaient avec le roi de Castille n’eussent rien à' acheter, mais qu’on leur fournît dans sa cour tous les vivres dont ils auraient besoin. On leur donna en effet en abondance tout ce qu’ils demandaient ou ce dont ils avaient besoin. Les coureurs qui se présentaient de leur part dans les différentes places, recevaient aussitôt des moutons entiers, des chevreaux, des quartiers de veau et de vache; du pain, du vin , des chapons , des poules, des lapins, des perdrix et autres volatiles; de sorte que les gens des lieux où ils se trouvaient vivaient presque pour rien, tellement tout se vendait à bon compte. Toutes ces dépenses se continuèrent pendant plus de deux mois que le roi de Castille resta à V alence; pendantleqiiel temps il ne dépensa pas un denier de son argent, non

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plus que ceux qui étaient avec lui. Vous pensez bien qu’en ce temps là , les rois , les reines , les infants, comtes, vicomtes, barons, prélats, chevaJiers , venus en grand nombre de tous les royaumes , les citoyens et hommes de mer , vécurent en grands déduits et grandes réjouissances.

Un jour le roi d’Arragon et le roi de Castille étant ensemble, le roi d’Arragon dit : « Mon » père , il vous souvient que qüand vous me » donnâtes votre fille pour femme, vous me » promîtes de m’aider à faire la conquête du » royaume de Murcie. Il est certain que vous » avez bonne part en ce royaume ; car vous » avez conquis Alacaut, Elxe, le Val d’Elda et » deNovella, Asp, Petrer, Crivilent, Favanela, » Callosa, Oriola, Guardamar , jusqu’aux champs » de Monlagut , dans l’intérieur des terres ; et » sur la mer , Garthagène , Alama , Lorcha, Mula, » Caravacha , Senagy, Bulles, Nogat, Libreny, » Villena , Almansa, et bien d’autres châteaux » de ce royaume, qui depuis sont à vous et non » à nous. Puis donc que Dieu vous a fait la » f^âce de vous laisser conquérir le royaume >) de Valence , je vous prie, aussi vivement qu’un » fils peut prier son père , de m’aider à achever la » conquête dudit royaume. Et quand tout sera » conquis, vous aurez les lieux de votre propre » conquête , et nous les nôtres : car ce royaume >) cause un grand préjudice à tous nos domaines. » Le roi d’Arragon lui répondit qu’il était satisfait de

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ce qu’il venait de lui dire; que tout cela était vrai ; qu’il allât donc dans son pays, et avisât au soin de ses au très frontières; attendu qu’il se chargeait de la conquête de Murcie , et jurait devant lui qu’il ne se passerait pas long-temps avant qu’il eût pris la cité et une grande partie du royaume.

Le roi de Castille se leva , le baisa à la bouche, et lui dit : « Mon père et mon seigneur , je vous rends » grâces de ce que vous m’avez dit; et, puisqu’il » en est ainsi, je retournerai dans la Castille, et » je mettrai en bon état toutes les frontières qui » sont du côté du royaume de Grenade , princi- » paiement Cordoue , Ubeda , Jaen , Baessa , et la » frontière de Séville. Quand je serai bien assuré » qu’aucun mal, ne peut venir du royaume de » Murcie, je me défendrai bien contre les rois » de Grenade et de Maroc , et tous leurs ser- » viteurs. Le seul grand péril auquel mon pays » pût être éxposé , était du côté du royaume » de Murcie; mais, par la suite, avec l’aide de » Dieu , vous m’en garantirez. » D’après ces conventions, le roi de Castille retourna dans s(;s terres, et le roi d’Arragou l’accompagna au-delà de ses frontières, et fournit à tous ses besoins et à ceux de ses gens, ainsi que nous l’avons déjà dit.

CHP.ONIOUE

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