‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 17 sur 165 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Comment, après le départ du roi de Castille , le roi En Jacques réunit ses barons et sa noblesse , et leur fit jart de ce qu’il avait promis au roi de Castillej comment il envoya l’infant En Pierre courir le royaume de Murcie ; et les grands avantages qu’il retira de ce royaume.

Je laisserai à présent le roi de Castille, qui est retourné en son pays et en ses royaumes , et je vous parlerai du roi d’Arragon qui se disposait à entrer dans le royaume de Murcie. 11 tint enfin conseil avec ses fils et ses barons; et tous furent d’avis que d’après la promesse qu’il avait faite au roi de Castille, et qu’il leur exposa, il fallait entrer en Murcie. Chacun d’eux promit de le suivre à ses frais et risques, et de ne pas lui faillir tant qu’il leur resterait un soufle de vie, et jusqu’à ce qu’il eût terminé cette conquête . Le roi en fut très joy euxet les remercia beaucoup. Il ordonna sans délai à l’infant En Pierrede faire unecourse en Murcie, pourreconnaîlre tout le royaume. L’infant En Pierre eut donc une belle armée composée de nobles et de chevaliers de Catalogne, d’Arragon, de Valence, d’habitants des villes, de marins et d’almogavares. Ils allèrent par terre et par mer ravageant à leur volonté et dévastant tout le pays , demeurant dans chaque lieu jusqu’à ce qu’ils l’eussent épuisé. Ils firent ainsi dans tous les en-

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virons d’Alacant, Nompot, Âquast, de même qu’à EIx , auVald’Elda , de Novelda, Villena, Asp, Pe- Irer , Crivillent, Calral , Favanella , Callosa , Guardamar, el Oriola. Ils poussèrent jusqu’au château de Montagut, qui est dans le royaume de Murcie. Là ils ravagèrent et dévastèrent tout. Le roi sar-/ razin de Murcie marcha contre eux avec toutes ses forces, tant infanterie que cavalerie. Le seigneur infant se tint pendant deux jours en bataille rangée sans que le roi de Murcie osât se mesurer avec lui; et assurément le seigneur infant l’aurait attaqué lui-même sans le terrain sablonneux qui séparait les deux armées; mais les sables et les eaux étaient si considérables, que la chose ne fut pas possible. Néanmoins il y eut de beaux faits d’armes , principalement en une course que fit le seigneur infant et où il leur tua dix cavaliers genêts Et quand il était reconnu, ne pensez pas qu’aucun ennemi osât l’attaquer corps à corps. Que vous dirai-je? Il demeura un mois entier dans ce royaume, brûlant et détruisant; et tous ceux qui étaient avec lui s’enrichirent par les grandes prises qu’ils firent en esclaves de tout sexe, aussi-bien qu’en effets et bestiaux, qu’ils emmenèrent. De sorte que le seigneur infant envoya bien au roi son père.

I. C’est-à-diie montés sur i;em'ts ou petits clicvaux du pays.

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mille tètes de gros bestiaux, vingt mille de menu bétail, et mille esclaves sarrazins et autant de sarrazines. De ces captifs, le roi en donna un grand nombre au pape et aux cardinaux, ainsi qu’à l’empereur Frédéric, au roi de France, aux comtes et barons, et à ses amis. Et il offrit les iemmes à la reine de France sa fille ' , aux comtesses et autres dames de distinction. Enfin il les donna tous et n’en garda pas un seul. Le Saint- Père , les cardinaux et autres seigneurs du monde chrétien en furent extrêmement charmés, et firent de grandes processions en l’honneur de Dieu qui avait accordé au seigneur infant une si belle victoire.

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