‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 19 sur 165 · I. isabellcy mariée à Philippe-Ic-H.'udi · texte numérisé non relu

I. isabellcy mariée à Philippe-Ic-H.'udi

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l’infant, et lui ilit de lui raconter tout ce qui lui était arrivé depuis qu’il l’avait quitté. L’infant obéit. Le roi s’aperçut qu’il ne lui parlait jamais de ce qu’il avait fait lui-méme dans cette guerre. Il avait même défendu à chacun d’en faire mention.

Le roi fut très satisfait de ce qui lui était raconté. Il fut charmé surtout du bon sens’ et du jiigetnent de son fils. Il lui demanda ce qu’il croyait qu’on dût faire de cette conquête. « Mon » père , dit l’infant, ce n’est point à moi de vous » donner des avis , à vous qui êtes plein de sa- » gesse. Toutes fois je vous dirai ce que j’en » pense; après quoi vous ferez ce que vous pres- » crira votre propre jugement , et Dieu saura bien » vous éclairer. Je pense que vous feriez bien d’al- » 1er visiter l’Arragon , la Catalogne, et Montpel- » lier , ainsi que vos autres domaines. Pour moi, » je resterai sur les frontières, et je ferai à nos « ennemis une telle guerre, qu’ils n’auront pas » le loisir de semer , et que s’ils le font , ils ne re- » cueilleront pas. Au bout d’un an vous pourrez » revenir à Valence avec toutes vos forces, au » mois d’avril, époque où l’on recueille en ce » pays les premiers grains et où se fait la mois- » son des orges, et marcher ensuite sur Murcie, »idont vous formerez le siège. Tandis que vous »• serez là, je parcourrai le pays et garderai les

passages , afin que le roi de Grenade ne puisse » pas venir au secours de Murcie. El vous ren-

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» verserez la cité et le rojaume.» — «Je tiens voire » avis pour bon, dit le roi, et je veux. que la » chose soit faite ainsi que vous avez décidé. »

Aussitôt il envoya ses ordres par écrit dans tout le royaume de Valence, aux nobles, aux prélats, aux chevaliers, aux bourgeois, pour que chacun fût rendu à jour nommé dans Valence. Ses ordres furent exécutés. Au jour désigné , tous étant réunis dans l’église cathédrale de madame sainte Marie de Valence, le seigneur roi fit un beau discours où il dit de fort bonnes choses relatives aux circonstances. Et il ordonna à tous de reconnaître pour chef et commandant le seigneur infant En Pierre. Il leur enjoignit de lui obéir comme à lui-même. Enfin il le laissa pour son vicaire et fondé de pouvoir dans tout le royaume de Valence. Tous le reçurent et le reconnurent avec plaisir comme chargé de tous les pouvoirs de son père.

De son côté , l’infant fut très satisfait d’être revêtu de ces pouvoirs , sachant surtout qu’il restait en un lieu où il pourrait se distinguer par de beaux faits d’armes. Mais il n’en faisait rien paraître , pour que sou père ignorât le grand désir qu’il avait d’éprouver son courage. Car si le roi eût pu prévoir la dixième partie des périls auxquels il devait s’exposer dans ces deux royaumes , il ne l’aurait point laissé aller, dans la crainte de le perdre. Il tenait donc ses faits d’armes si bien cachés, que son père les ignorait eulicremcnt. Il

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pensait, au contraire, que son fils conduisait la guerre avec prudence et maturité de jugement : telle était son idée. Mais au moment du combat , l’infant ne gardait plus de mesure ; car là où il savait qu’on ferait le plus de faits d’armes, là il ne manquait pas de se trouver ; aussi tout réussissait au mieux ; car, quand on a sous les yeux son chef naturel , on ne songe qu’à défendre sa vie et son honneur: c’est alors qu’on oublie femme, fils, fille , et tout au monde , et qu’on ne songe plus qu’à aider son seigneur à sortir du combat victorieux et honoré , en protégeant sa vie. Les Catalans et Arragonnais, et tous les sujets des rois d’Arragon , ont ces principes gravés dans le cœur plus qu’aucun des autres hommes ; car ils sont pleins d’amour et de zèle pour leurs seigneurs.

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