CHAPITRE XV
Comment le roi En Jacques entra en Arragon, et alla à Montpellier^ et comment Montpellier , qni était de laconronned’Ârragon, s’unit à la France ; et comment l’infent En Pierre fit la guerre an roi sarrazin de Murcie.
La cour se sépara en parfait accord et très satisfaite. Le roi alla en Arragon , ensuite en Catalogne , à Roses et à Montpellier ; il est naturel à tout homme et à toute créature d’aimer la patrie et les lieux qui l’ont vu naître ; aussi le sei-
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gneurroi, quiétait néà Montpellier, aima toujours eettevUle; et tous ses descendants doivent l’aimer aussi, à cause du miracle delà naissance dudit roi. .le vous dirai , en outre , que le roi d’Arragon n’a pas eu et n’aura jamais des gens qui chérissent plus les descendants du roi En Jacques, que les bons habitants de Montpellier. Mais, depuis ce temps, il y est venu des gens de Cahors, de Figeac, de Saint- Antoine, qui trouvaient le pays excellent, ainsi que des gens d’autres contrées ; et ces hommeslà ne sont point originaires de Montpellier, C’est ce qui a fait que la maison de France y a établi son autorité > . Mais soyez bien assurés que cela n’a jamais plu et ne plaira jamais aux véritables naturels du pays. Ainsi, tous les sujets des descendants dudit seigneur roi doivent aimer de cœur et d’âme les habitants de cette ville , qui ne doivent pas être privés de celte bienveillance , pour
I. Le i8 août 1283 , Jacques reconnut par un acte, que la ville de Montpellier, le château de Lates, appelé autrefois le F*alu , et tous les autres châteaux et villages de la baronie ‘ de Montpellier et des environs, tels qu’ils avaient été possédés par Guillaume de Montpellier, étaient du royaume de France. 11 reconnut aussi que la ville de Montpellier, le château de Lates et leurs dépendances étaient de la mouvance de l’église de Maguclone, et qu’il les tenait en arrière-fief de la couronne, et que le tout était du ressort du roi; promettant de nejamais contrevenir à celle déclaration. Philippe-le-Hardi , à son tour , étant retourné à ’l'oulouse, y déclara, le lundi avant la saint llarthélemy , que
DE EAMON MÜNTANEH. !^'J
trente ou quarante maisons des susdits individus qui sont venus s’y établir. Je prie et conjure , au contraire, tous les seigneurs , nobles, chevaliers, citoyens, marchands, maîtres de navires, mariniers, almogavares^ militaires, qui habitent les terres du roi d’Arragon , de Majorque , de Sicile , d’aimer et d’honorer de tout leur pouvoir , les personnes de Montpellier qu’ils pourront rencontrer. Et s’ils agissent ainsi , ils en éprouveront les grâces de Dieu, de sainte Marie de Valence, de Notre-Darae-dés-Tables , de Montpellier et du roi Jacques quiy naquit ; ils les éprouveront tant en ce monde que dans l’autre. Ils seront agréables au roi lui-même , et ils conserveront la bonne amitié qui doit exister à jamais entre eux et nous , s’il plaît à Dieu.
Le roi ayant quitté le royaume de Valence, ledit infant le gouverna avec sagesse ; et il n’y avait ni Sarrasin ni qui que ce fût qui ne fût puni.
par l’affection singulière qu’il avait envers Jacques , roi de Majorque , seigneur de Montpellier, il lui accorde , par une grâce spéciale, ainsi qu’aux seigneurs de Montpellier , scs successeurs, que toutes les causes d’appel qui pouiTOnt émaner, soit de la personne de ce prince , soit de celle de son lieqjenant dans la baronie de Montpellier et ses dépendances, ne seront relevées ni devant le sénéchal de Beaucaire, ni devant tout autre sénéchal, mais devant le roi,dc France lui-même, et sa cour. {Hist. de Languedoc, t. 4 , P, 43.)Philippe-lc-Bel avait acquis la partie antique de cette ville, de l’évêque de Maguclonc.
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s’il se rendait coupable de quelque délit. En même temps il conduisit la guerre avec vigueur et activité contre le roi Sarrazin de Murcie, de sorte que les Sarrazins ne savaientque devenir; car au moment où ils le croyaient à deux journées de distance, ils le voyaient arriver, parcourir leur pays, prendre ou i-avager tous leurs biens. Il leur avait inspiré la plus grande frayeur ; et il fit ainsi pendant toute une année , tandis que le roi visitait tous ses royaumes. Quant à lui, il passait les nuits, il supportait le froid , le chaud , la faim et les fatigues , poursuivant sans cesse les Sarrazins, et ne pensant pas qu’il dût se donner un moment de repos.
Pendant nos plus grandes fêtes , quand les Sarrazins s’imaginaient qu’il faisait fête lui-même, c’était alors qu’il fondait sur eux, les battait , leur faisait des prisonniers et ravageait leurs propriétés. Soyez assurés qu’il ne naquit jamais fils de roi qui fût plus brave, plus courageux, plus beau, plus vaillant , ni plus accompli en tout. Aussi peuton dire de lui qu’i/ n^est ni diable ni agneau , mais homme paÊ-fait, Et c’est avec raison qu’on lui applique ce vieux proverbe, puisqu’il est réellement un homme accompli en toutes choses. Pendant ce temps, le roi son père , joyeux et satisfait, allait visitant tous ses pays. ,
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DE RAMOK MUNTANER.