‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 30 sur 165 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Comment, aprèi être revenu du concile et avoir visite' ses terres, il voulut voir comment ses enfants avaient gouverne' j comment il en fut très satisfait , et fit prêter sermentà chacun, et reconnaître pour roi d’Arragon l’infant En Pierre , et pour roi de Majorque et Minorque l’infant En Jacques.

Le roi En Jacques accompagna le roi de Castille , jusqu’à ce qu’il fut hors de son territoire. Celui-ci , avec ses enfants et la reine , rendit mille grjices au roi d’Arragon ; et lui, comme bon père , leur donna sa bénédiction. Alors il alla visiter ses royaumes et ses domaines , désirant prendre congé de ses sujets, parce qu’il voulait consacrer le reste de sa vie au service de Dieu et de la sainte foi catholique. Ainsi que, dans sa jeunesse, il était allé avec courage et prudence ,. contre le

(u46) de RAMON MUNTAMEU.

royaume de V'^alence , de même il voulut marcher contre lé royaume de Grenade, afin que les noms de Dieu et de la sainte vierge Marie , y fussent célébrés et loués. En visitant toutes ses terres, il examina le gouvernement de ses enfants : il en fut satisfait, et loua Dieu de lui avoir donné de tels enfants. Il convoqua les corlès d’Arragon à Saragosse. Là se rendirent les barons , les gens de sa maison^ les prélats, chevaliers, citoyens et hommes des villes. Les cortès étant assemblées , le roi tint de bons et notables discours. Il voulut que l’on reconnût pour roi d’Arragon, le seigneur infant En Pierre, et pour reine son épouse, la reine Constance , dont j’ai déjà parlé, et qu’on leur prêtât serment. Ainsi qu’il le demanda, ils le jurèrent tous avec grande satisfaction. Il n’est pas besoin de vous dire que l’on fit de grandes fêtes durant la tenue de ces cortès , vous pouvez bien l’imaginer. Après avoir prêté serment à l’infant En Pierre et à la reine , on se rendit à Valence. Les cortès se tinrent encore là, et on le reconnut lui et la reine, comme roi et reine de Valence. On alla ensuite à Barcelonne , où on lui prêta serment comme comte de Barcelonne et de toute la Catalogne , et à elle comme comtesse. Après quoi il nomma son fils, l’infant En Jacques, roi de Majorque, Minorque et Yvica-, et comte de Roses, du Confluent , de laCerdagne, et seigneur de Montpellier. Toutes ces choses étant terminées par la grâce de Dieu , il retourna à Valence,

74 CHIl0^tQUB («* 76 )

dans l’intention dont je VOUS ai fait part, qui était d’employer le reste de sa vie à faire croître et multiplier la sainte foi catholique, et à abaisser et abbattre la foi de Mahomet.

CHAPITUE XXVI.

Comment le roi En Jacqncs f|it malade & Xativa ; comment les Sarraûns tuèrent Garcia Ortis , lientenant de procureur et vicaire-géne'ral du roi En Kerre dans le royaume de Valence.

Pendant son séjour dans la cité de Valr<nce, il se délassait par la chasse et autres amusements. Souvent en chassant, il allait visitant les châteaux et les villes du royaume.

Pendant qu’il était à Xativa , Dieu permit qu’il tombât malade. Il eut la fièvre et ne pouvait se lever. Tous les médecins en auguraient mal , surtout parce qu’il était âgé de plus de quatre-vingts ans. Vous comprenez bien qu’un vieillard ne peut suivre le même régime qu’un homme jeune ; loutesfois il conserva tout son bon sens et son excellente mémoire.

Les Sarrazins de Grenade , avec lesquels il était en guerre , ayant appris qu’il était malade , entrèrent avec mille cavaliers et grand nombre de gens à pied, jusques à Alcoy. Ils rencontrèrent Garcia Ortis , qui était lieutenant de procureur ,

DE HAMON MÜNTANEU.

DE HAMON MÜNTANEU. 70

dans le royaume de Valence , ils se Ijaltirenl avec lui et avec sa bonne troupe, qui était de deux cents chevaux , et cinq cents piétons. Dieu permit qu’en cette rencontre Garcia Ortis pérît avec un g'rand nombre de ses compagnons. *

Le roi étant dans son lit , apprit cette défaite , et s’écria : « Sus, sus, préparez mon cheval ; ap- »» portez-moi mes armes ! Je veux marcher contre » ces traîtres de Sarrazins qui me croyerit mort. » Ik ne se doutent pas que je saurais encore les ex- *) terminer tous. » Et il était si résolu , que malgré son mal il voulut se lever, mais il ne le put pas.

Page 1