CHAPITRE XXIY
Comment le seigneur roi En Jucqoes partit pour aller au concile ; comment il y fut reçu par tous ceux qui s'y c'taient rendus^ et comment il reçut du pape , des cardinaux et des rois plus d’honneurs qu’aucun des roi* qui l’y trouvèrent.
Qüihze jours après que le roi de Castille fut parti de Montpellier , le roi d’Arragon se rendit au concile; il y arriva , et fut reçu avec éclat. Il n’y eut roi , comte , baron , cardinal , archevêque , évêque, abbé, ou prieur , qui ne sortit pour aller au-devant de lui et le recevoir. Le roi de Castille, avec ses infants, précéda tout le monde d’un jour. Quand il fut devant le pape , celui-ci sortit de son appartement , et lui dit : « Mon fils , » grand protecteur etdéfenseurde la sainte église, » soyez béni et bien venu. » Le roi voulut lui baiser la main , mais le pape ne le permit pas ; et il
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DE nAMON MUNTANER.
l’invita pour le lendemain , ce qu’il n’avait l'ait à aucun des rois qui étaient arrivés : de sorte , que ledit seigneur roi reçut de la part du Saint-Père , des cardinaux et des rois qui se trouvaient là , plus de marques d’honneur, et plus dé dons et de grâces , que nul autre roi présent audit concile. Le concile commença du moment où le roid’Arragon fut arrivé. Je ne dirai point quels objets y furent traités : ce n’est point le but de mon livre Je dirai seulement que le roi d’Arragon obtint tout ce qu’il demanda ; de sorte , qu’il fut satisfait de son séjour, et s’en retourna chez lui, content et joyeux. Mais le roi de Castille aurait tout aussi bien fait de ne pas y aller; car il espérait être empereur d’Espagne, et ne put réussir. Il retourna en son royaume; et durant son voyage, le roi d’Arragon le fît pourvoir pendant toute sa
1 . Les Tartares Mongous, après avoir ravagé une grande’ partie de l’Asie, se jetèrent sur l’Europe en ,
détruisant tous les pays d’au-delà du Danube , jusqu’aux confins de l’Autriche, de la Bohême et de la Pologne. La terreur qu’ils inspirèrent pcndanttrois ans se fit sentir jusqu’en France. Le principal décret du treizième concile général tenu à Lyon en tü45 > avait pour objet avoué de trouver le moyen dcleur résister. Dans ce conciletout guerrier, on proposa une nouvelle expédition en Palestine. Le Pape déposa l’empereur Frédéric II, et on accorda le chapeau rouge aux cardinaux, pour les avertir qu’ils devaient être toujours prêts à verser leur sang pour la défense de la foi. Baudoin, empereur de Constantinople, y assistait.
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route , autant et plus abondamment qu’il l’avait été en venant. Il ne revint point par le même côté, mais il passa par Lérida et l’Arragon. Il serait trop long de vous décrire les l'êtes qu’on lui fit encore. Il retourna en Castille, avec la reine et les infants, et ses sujets eurent bien du plaisir à le revoir au milieu d’eux. Je cesserai de vous parler du roi de Castille , qui est rentré chez lui , avec la reine et ses infants , et je retournerai au roi En Jacques d’Arragon.