‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 36 sur 165 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Comment l’empereur fut en guerre avec l’ÉglUe; et comment la paix fut faite à condition qu’il irait outre-mer à la conquête de la Terre- Sainte ; comment le comte d’Anjou fît la conquête de la Sicile j et quelle fut la cauiede cette entreprise.

Il est certain que l’empereur Frédéric • fut un homme du plus illustre sang , et qu’il fut le plus sage et le plus valeureux des hommes. Il fut élu empereur d’Allemagne avec l’aveu et par la volonté du Saint-Père. Son élection eut lieu où elle devait être faite, et ensuite elle fut confirmée à Milan et puis à Rome , tant par le Saint-Père que par tous ceux à qui il appartenait de le faire. Il entra donc en possession légitime de tout ce qui tenait à l’empire d’Allemagne. Mais comme , ainsi qu’il plaît à Dieu, nul ne peut avoir toute joie et tout contentement en ce monde , le Diable fil naî-

I . Frédéric II, roi deSicile,futcouronnéempereuràRome le 22 novembre 1220, par le pape Honorius III, succe.sseur d’innocent III, qui déjà l’avait fait élire roi des Romains^ Frédéric renouvela alors le serment qu’il avait fait , deux années auparavant, d’aller à la Terre-Sainte.

go CHRONIQUE (u65)

tre la discorde entre lui et le pape w De quel côté fut le tort , je ne saurais le dire. Je ne vous raconterai donc rien , si ce n’est que la guerre crut et s’envenima entre le pape et l’empereur; et cela dura long-temps. Ensuite ils firent la paix à condition que l’emjîereur partirait pour la conquête de la Terre-Sainte , et serait le chef de tous les chrétiens qui s’y rendraient , et que tout l’empire serait sous son gouvernement et en sa puissance. Là-dessus il fit le voyage d’outre-mer avec de grandes forces ; il eut des succès , et s’empara de plusieurs villes et autres lieux appartenant aux Sarrasins ». Après y avoir fait un assez long séjour, il s’en retourna. Je ne vous dirai point par la faute de qui; mais il est de fait qu’à son retour la guerre recommença entre lui et l’Eglise. Vous ne connaîtrez point par moi la cause de cette guerre , il ne m’est pas donné d’en parler ; je vous dirai seulement qu’elle dura tout le temps qu’il

I. Frédéric, conformément à son vœu, s’embarqua à Brindes pour la Terre-Sainte, le 8 septembre lua'j; mais le mal de mer l’ayant empéché de continuer son voyage , Grégoire IX, furieux, l’excommunia.

a. Après avoir cédé au pape Grégoire et s'être embarqué, l’empereur entra à Jérusalem en i aag , et y prit lui-même, sur l’autel, la couronne de roi de Jérusalem. Pendant ce temps , Grégoire avait publié une croisade contre lui, et avait envahi ses états.

(iï65) DE RAMON MUNTANER. gi

vécut * » 11 mourut et laissa trois fils les plus sages et les meilleurs de tous les princes , à l’exception du roi En Jacques d’Arragon,dont je vous ai parlé. 11 donna à l’un d’eux, nommé Conrad, ce qu’il avait eu en Allemagne de son patrimoine. L’autre, qui avait nom Mainfroi, fut roi, et hérita de la Sicile, delà principauté, delà terre de Labour, de la Calabre , de la Fouille et de la terre de Brus ( Abruzze ) , ainsi que je l’ai ci-devant raconté. Le troisième fut roi de Sardaigne et de Corse : on l’appelait le roi Eudes. Enfin , chacun d’eux ■ gouverna son pays avec bonne foi et droiture ; cependant le clergé prétendit qu’üs devaient être

1. Fredéricll mourut à Fiorenzuola, eu Fouille, le i3 décembre ia5o,dau$ la cinquante-sixième année de son âge.

Page 1