‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 35 sur 165 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Comment le roi En Pierre fit armer dix galères , et chargea En Corral Llança des conventions et traitas qu’il devait faire avec Mira-Busach ; et comment les ordres du roi furent exc'cutc's.

Le roi fit armer cinq galères à Barcelonne , et cinq à Valence. On peut dire qu’elles furent si bien armées , qu’elles pouvaient faire autant que vingt galères d’une autre puissance. Quand elles furent prêtes. En Corral Llanca , avant de s’embarquer, alla prendre congé du roi, qui était à Lérida.

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Le roi lui remit ses lettres , et lui fit part de tout ce qu’il avait à exécuter. Entre autres choses , ses ordres étaient, que dès qu’il aurait vu Mira-Busacli , Benmarga , Bénatia , Barquet et les Moaps qui étaient à Capis, il ordonnât d’entrer à Tunis; qu’il reçût de Mira-Busach le serment, confirmé par les autres, avec foi et hommage , d’acquitter dès qu’il serait roi de Tunis le tribut dû jusqu’à ce jour; d’obliger par la suite et à jamais les rois de Tunis à payer ce tribut à tout roi d’Arragon et comte de Barcelonne ; de faire faire à tous les Moaps le même serment; de consentir que par lasuite l’Alcayt-major, qui commanderait aux chrétiens de Tunis, fût un noble ou chevalier du roi d’Arragon ; nommé par le roi d’Arragon sans pouvoir être renvoyé ou changé par l’ordre du roi de Tunis ; de porter, en quelque lieu qu’ils fissent la guerre, la bannière du roi d’Arragon ; d’élever , en combattant pour le roi et avec lui , cette même bannière à coté de celle du roi de Tunis ; de plus , le chef de la gabelle du vin , qui est une grande charge , devait être un Catalan nommé par ledit seigneur roi d’Arragon , parce que la moitié de ce droit devait appartenir au roi d’Arragon; d’un autre côté , le roi d’Arragon pourrait nom mer des consuls chargés de faire rendre justice aux marchands Catalans, aux patrons des navires, et aux mariniers qui venaient à Tunis et dans tout le royaume , et il y en aurait un autre à Bugia.

Ledit Mira-Busach promit alors par écrit au roi

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d’Arragon et à ses gens , toutes les choses ci-dessus mentionnées et bien d’autres franchises, et il les confirma quand il fut à Tunis et reconnu roi.

En Corral Llança, muni de ces lettres, quitta le roi , allaprendre cinq galères à Valence , et se rendit à Barcelonne , où il trouva les cinq autres. Il s’embarqua et accomplit au point et à l’heure tout - ceque le roi lui avaitordonné, et au-delà. Que vous dirai-je? Il plaça sur le trône de T unis Mira-Busach , ainsi que le roi le luiavait prescrit. Il fit bien mieux, car, entrant dansTunis, il ne placapas la bannière du roi sur la porte de la ville , mais sur la tour qui est au-dessus de la porte; et quand il eut fait confirmer les articles du traité ci-dessus mentionné , et reçu le tribut complet , et bien des joyaux riches n

et honorables, qui n’y étaient point compris, il s’en retourna en battant toute la côte, et s’emparant d’un grand nombre de navires , vaisseaux et barques des Sarrazins; de sorte que nul n’aurait pu mieux faire. Il s’en retourna chargé de richesses, et alla trouver le roi à Valence. Le roi lui fit très bon accueil et beaucoup d’amitiés, et lui donna une grande partie du butin qu’il avait fait; il en distribua aussi aux gens des galères; enfin, avec ce qu’ils avaient gagné dans ce voyage et avec ce que le roi leur donna, ils furent tous très riches. Tels furent les heureux commencements que Dieu accorda à notre roi depuis son couronnement. Ne parlons plus de lui en ce moment ; nous saurons bien y revenir en son temps; parlons aujourd’hui de l’em-

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pereur Frédéric et de ses fils ; car cela convient à l’objet de notre ouvrage.

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