CHAPITRE XXXVI
Comment le roi En Pierre alla régler et mettre en ordre son royaume ; comment il fut satisfait de la bonne conduite de En Corral Llança ; et le bon ordre que conserva le roi d’Arragon dans l’établissement de ses galères.
Ledit roi En Pierre alla examiner son royaume, et fut très charmé de ce qu’avait fait En Corral Llanca, qui avait, d’après ses ordres, mis à discrétion le roi de Tunis, comme vous l’avez vu. Il fit construire des arsenaux à Valence, Tortose, Barcelonne^demanièreque les galères fussent àcouvert; et il en fit autant dans tous les lieux propres à recevoir des galères. Je désirerais beaucoup que le seigneur roi d’Arragon résolût de former quatre arsenaux pour sa marine, dans des lieux désignés ; deux seraient pour le cours ordinaire des , choses, et les deux autres pour les moments de besoin ; Les deux premiers à Barcelonne et à Valence, où se trouve un plus grand nombre de marins qu’en toute autre cité; et les autres arsenaux, l’un à Tortose , bonne et noble cité , sur la frontière de Catalogne et d’Arragon , où l’on pourrait armer vingt-cinq galères , qui ne seraient aperçues qu’a près avoir quitté la rade ; l’autre à Cullera , où pourraient se rendre un grand nombre de troupes de Murcie , d’Arragon, de Castille , sans que per-
sonne s’en doutât. Ces galères, ainsi armées et équipées , pourraient mettre en mer. Je ne connais, en vérité, pas de prince ni de roi au monde, qui possède deux arsenaux aussi beaux et aussi secrets que seraient ceux de Tortose et de Cullera. Seigneur roi d’Arragon , interrogez tous vos marins^ et vous verrez si tous ceux qui ont le moindre bon sens ne diront pas que j’ai raison. A l’arsenal de Tortose, se rendraient les gens de Catalogne et d’Arragon ; à l’arsenal de Cullera , tous ceux de Valence ,de Murcie et des frontières, et des lieux voisins de la Castille. En chacun de ces endroits, vous formeriez un arsenal avec 5,ooo livres de dépenses,et chaquearsenal pourrait contenir vingtcinq galères; Valence, dans l’arsenal de la marine , aussi vingt-cinq, et Barcelonne vingt-cinq ; de sorte que vous pourriez avoir cent galères prêtes à vous servir contre vos ennemis. Ajoutez à cela que les vingt-cinq de Tortose et les vingtcinq de Cullera peuvent être armées sans que l’ennemi les aperçoive avant qu’elles entrent en mer. Faites, seigneur, ce qu’un bon administrateur doit faire, et dans votre pays plein de Riches-Hommes (nobles) et de chevaliers, vous exécuterez, avec de petits moyens, ce que d’autres ne pourront exécuter avec des moyens plus considérables. Pourquoi vous dis-je cela? c’est pour le bien de l’administration. Or , seigneur, administrez bien , et vous viendrez à bout de tout ce que vous aurez résolu. Souvenez-vous toujours de Dieu et de son
(nG;) DE HAMOM MUIHANEIl. 1 o3
pouvoir ; et il vous aidera à former des arsenaux à Barcelonne et à Valence. Si vous faites ainsi , cro)’ez que vous parviendrez à soumettre les Sarrazins et même les chrétiens qui voudroient s’opposer à vos royales volontés et à celles des vôtres. S’ils le font , vous saurez les punir , car votre pouvoir est bien plus grand qu’on ne pense en tous lieux. Vous pouvez vous en convaincre en jetant les yeux sur le livre qui fait mention des conquêtes faites par votre père , sans croisade et sans secours pécuniaire de l’église; car plus de vingt mille messes se chantent de nos jours , pour tout ce que le roi a conquis sans secours et sans croisades de l’église; c’est sans lesdits secours qu’il a conquis les royaumes de Majorque, Valence et Murcie ; et cependant l’église tient de vos trois royaumes plus qu’elle ne peut retirer de cinq autres. Or, la sainte église romaine, ou ceux qui la gouvernent, devraient songer combien elle est redevable de sa grandeur à la maison d’Arragon, et avoir quelque reconnaissance pourses descendants. Mais ce qui me console, c’est que si le pape et les cardinaux ne sont point reconnaissants. Dieu en conserve la mémoire, vous aide dans vos besoins, et vous fait prospérer de plus en plus.
CHUOINIQUE
io4