‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 5 sur 165 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Commentlcs prud'hommes elles consuls de Montjfcllier furent toujours attentifs à preVenir les maux qui pouvaient arriver à leur ville , et comment la naissance du seigneur roi. En Jacques fut FefTetd'un miracle et l'oeuvre de Dieu.

D’après la naissance du seigneur roi En Jacques, ([ui lut un miracle dû à la volonté de Dieu, et à ses œuvres, il est manifeste que la grâce divine est

D ^ Coosli;

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el doit être répandue sur tous ceux qui descendent dudit seigneur roi En Jacques d’Arragon, fils du seigneur roi En Pierre d’Arragon , et de très haute dame madame Marie de Montpellier. Je vais raconter ce miracle, pour l’instruction de tous ceux qui liront ce livre.

La vérité est que ledit seigneur roi En Pierre prit pour femme et reine ladite dame madame Marie de Montpellier , à cause de sa haute noblesse etde sa haute vertu. Sapuissance s’accrut de la ville de Montpellier, et de sa baronnie, qui était un francaleu.Le roi En Pierre, qui était jeune, faisait la cour à d’autres belles dames nobles et délaissait son épouse;

11 venait même souvent à Montpellier sans s’approcher d’elle^ ce qui faisait beaucoup de peineà sessujets,et surtout aux prud’hommes de la ville. Etant venu une fois à Montpellier, il s’enamoura d’une noble dame de la ville, pour laquelle il faisait des courses, des joutes, des tournois et des fêtes, et il fit tant qu’il rendit sa passion publique. Les consuls et les prud’hommes de Montpellier , qui en étaient instruits, mandèrent près d’eux un chevalier qui était un des intimes confidents du roi dans de telles affaires , el lui dirent que s’il voulait faire ce qu’ils lui diraient, ils le rendraient à jamais riche et fortuné. Il répondit : «Faites moi connaître vos désirs et je vous » promets qu’il n’est chose au monde que je ne fasse » en votre honneur , sauf de renier ma foi. » On se promit mutuellement le secret : «Voici, dirent-ils, » ce qui en est : Vous savez que madame la reine

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» est une des dames les plus honnêtes, les plus ver- » tueuses et les plus saintes du monde. Vous savez » aussi que le seigneur roi ne s’approche point » d’elle, ce qui est un grand malheur pour tout le « royaume. Madame la reine supporte cet abandon » avec beaucoup de bonté-et ne laisse pas apercevoir » la peine que cela lui cause ; mais une telle sépa- » ration nous est très funeste; car si le seigneur roi «venait à mourir sans enfants, ce serait une source » de grand déshonneur et une grande calamité pour «tout le pays , et principalement pour la reine et «pour Montpellier; caria baronnie de Montpellier » tomberait en d’autres mains; et nous ne voudrions »à aucun prix que Montpellier fût détaché du » royaume d’Arragon. Vous pouvez, si vous le vou- ' «lez nous aider en cela.» — « Je vous dis de nouveau, » répliqua le chevalier, qu’il n’est rien de ce qui « pourra être honorable et profitable à votre ville, » à monseigneur le roi et à madame la reine Marie, « et à leurs peuples, que je ne fasse volontiers, si cela « esten mon pouvoir.» — «Puisque vous parlez ainsi , « nous savons que vous êtes dans l’intimité du sei- « gneur roi , que vous connaissez l’amour qu’il a «pour telle dame, etque vous avez même travaillé « à la lui faire obtenir; nous vous prions donc de lui « dire que vous avez réussi, qu’il l’aura enfin, et « qu’elle viendra le trouver secrètement dans sa «chambre; mais qu’elle ne veut absolument point «de lumière, pour n’être vue de qui que ce soit. «Cette nouvelle lui fera grand plaisir; et lorsqu’il

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«sera retiré en son appartement, et que chacun aura » quitté la cour , vous vous rendrez ici auprès de » nous, auconsulat;nousnousy trouverons, lesdouze )> consuls, avec douze autres chevaliers et citoyens »des plus notables deMontpellieretdelabaronnie; » et madame Marie sera avec nous, accompagnée de >> douze dames des plus honorables de la ville, et de » douze demoiselles. Nous irons tous vers le roi , )> avec deux notaires des plus notables, l’official de » l’évêque, deux chanoines , et quatre bons reli- «gieux. Les hommes, les femmes et les filles por- »teront chacun un cierge à la main et l’allumeront » lorsque madame la reine Marie entrera 'dans la » chambre du roi. Tout le monde veillera là à la » porte jusqu’à l’aube du jour. Alors vous ouvrirez »la chambre, et nous entrerons tous , le cierge à la »main. Usera étonné; mais nous lui dirons ce que » nous avons fait, et nous lui montrerons que c’est la >> reine Marie d’Arragon qui repose auprès de lui, » et que nous espérons en Dieu et en la sainte » Vierge Marie, qu’ils auront, lui et la reine, en- » gendré un enfant qui donnera joie à Dieu et à » tout le monde ; et son règne en sera glorifié , si » Dieu veut bien lui faire cette grâce. »

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