‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 57 sur 165 · CHAPITRE X LIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE X LIX

Comment le roi En Pierre fit pablier que qui voudrait pourrait s’embarquer au jHjrt Fangos et prendre congés et comment le comte de Pallars , an nom de tous, pria le roi de lui dire quelles étaient scs intentions , ce qu’il ne voulut point faire ; et des pre'cautions qu’il prit j>our en faire part aux patrons et mariniers.

Le roi s’étant assuré que tout était prêt , navires, galères et vaisseaux, en fut charmé; il ordonna aux gens de tous états et aux troupes de se tenir prêts pour entendre ce qu’il avait à leur dire , les prévenant qu’après avoir parlé , il voulait s’embarquer et^ partir. A cette annonce , tous se rendirent à l’assemblée , prélats, nobles, chevalierset toutes autres personnes. Lorsqu’on fut réuni, le roi monta sur une balustrade en bols qu’il avait fait élever à une telle hauteur que tout le monde pût le voir et l’entendre; et vous pouvez croire qu’il fut attentivement écoulé. Il commença

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à parler et à dire d’excellentes choses à ceux qui devaient le suivre et à ceux qui devaient rester. Lorsqu’il eut terminéson discours, le noble En Roger, comte de Pallars, qui était du voyage, se leva et lui dit :

« Seigneur , tous ceux de vos sujets qui partent » avec vous, aussi-bien que ceux qui demeurent , » ont entendu avec beaucoup de plaisir ce que vous » leur avez dit , et tous vous supplient de leur dire » où vous voulez aller. Il n’y aura nul inconvénient » à leur faire part dé vos desseins, puisqu’on » est au moment de s’embarquer ». Il ajouta que ceux qui n’étaient pas de l’expédition , comme ceux qui en étaient , seraient satisfaits , aussi-bien que certains marchands et autres braves gens qui se disposeraient à porter à l’armée des approvisionnements de viandes et autres rafraîchissements , et que les villes et cités enverraient de temps à autre des secours de toutes sortes.

Le roi répondit : « Comte, il faut que vous sa- » eliiez , vous et tous ceux qui sont ici , comme » ceux qui ne s’y trouvent pas, que si j’étais » persuadé que ma main gauche sût ce que doit » faire ma droite^ j’arracherais ma main gauche. •> Or donc , qu’il ne soit plus question de cela ; » mais que ceux de vous qui doivent me suivre, » se disposent à s’embarquer » .

Quand le comte et les autres eurent ouï des j)aroles aussi fermes, ils ne répliquèrent point ; loulesfois ils dirent : «Ordonnez, seigneur, et nous

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» obéirons ; veuille le Seigneur , et la Vierge » Marie et toute la cour céleste , que vos projets » s’accomplissent à honneur, ainsi qu’à votre gloire » et à l’accroissement de votre puissance et à l’hon- » neur de vos sujets! puissent-ils nous accorder le » pouvoir de vous servir de telle manière que Dieu » et vous en soyiez satisfaits ! »

Là-dessus , le comte d’Ampuries , le vicomte de Rocaberti et autres gentilshommes qui n’étaient pas du voyage , se levèrent et dirent : « Seigneur, » daignez permettre que nous aussi nous nous em- » barquions avec vous, et ne nous laissez point ici; » car nous sommes prêts, aussi-bien que ceux qui » en ont déjà reçu l’ordre. »

Le roi leur répondit ; « Nous sommes très re- » connaissant de votre offre et de votre bonne vo- » lonté , mais nous sommes assuré que vous nous » servirez autant en restant ici, que les autres en » nous accompagnant. »

Ayant ainsi parlé , il les bénit , les signa tous et les recommanda à Dieu; et si jamais on entendit des pleurs et des cris, ce fut au moment des adieux. Le roi , qui était bien le prince qui avait le plus de force d’ame , ne put s’empêcher de pleurer. Il se leva et alla prendre congé de la reine et des infants. Il leur fit des amitiés^ les caressa et leur donna sa bénédiction. On lui avait préparé un vaisseau armé^ et il s’embarqua, accompagné d’autant de bénédictions que seigneur en reçut jamais. Lorsqu’il fut embarqué, chacun en fit autant.

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En deux jours tout le monde fut à bord , et, sous le bon plaisir de Notre-Seigneur vrai Dieu, de Notre-Dame sainte Marie et de tous les saints et saintes, ils firent tous voile du port Fangos pour ce voyage, l’année de l’Incarnation de Notre-Seigneur vrai Dieu Jésus-Christ, douze cent quatre -vingt -deux. Il s’y trouva plus de cent cinquante voiles d’une ou d’autre espèce. Etant parvenus à vingt milles en mer, l’amiral En Jacques-Pierre alla avec un vaisseau armé à tous les navires, vaisseaux, galères, barques, et remit à chaque chef un ordre scellé et cacheté du sceau du roi, clos et fermé par ledit cachet. Il ordonna à chaque patron de prendre la route du port Mahon dansl’île de Minorque, d’entrer dans ledit port, et de s’y rafraîchir; et lorsqu’ils seraient en mer, hors du port Mahon , à la distance de dix milles, d’ouvrir l’ordre, mais non pas plus tôt, sous peinedepunition corporelle ; après quoi ils suivraient la route que ledit seigneur roi leur désignait dans son ordre. On fit ce que l’amiral avait prescrit.

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DE RAMON MlilNTAKER.

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