CHAPITRE L
Comment la flotte da roi En Pierre entra à Mahon , port de Minorque ; et de la grande méchanceté que l’Almochérif de Minorque fit au roi , cc qui fut cause qu'on coupa la tète à Bugron.
Ils entrèrent tous au port de Mahon, et s’y rafraîchirent. L’Almochérif de Minorque vint au roi et lui dit : « Seigneur, que souhaitez-vous? ordonnez ce » que vous voulez que je fasse; et si vous venez M pour vous emparer de l’île, je suis prêt à vous » obéir. »
' Le roi lui répondit : « Ne craignez rien, nous » ne venons causer aucun mal à votre île, soyez-en » convaincu. »
L’Almochérif se leva , lui baisa les pieds et lui rendit grâces ; et aussitôt il fit livTer au roi et à la flotte une quantité prodigieuse de rafraîchissements , qui leur suflisaient bien pour vivre au-delà de huit jours ; toutesfois, il commit une bien mauvaise action; car dans la nuit il fit partir pour Bugia et toute la côte une barque armée , montée par des Sarrazins , pour annoncer que le roi était , avec toute sa flotte , dans le port de Mahon ; qu’il pensait qu’ils iraient à Bugia , et qu’ils devaient prendre garde à eux. Bugron ayant, ainsi que les autres , appris cette nouvelle , en éprouva une joie incroyable ; et , au lieu d’être discret , se livrant à sa
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satisfaction, il fit part de son espérance à quelques amis intimes , et à des parents auxquels il confiait ses secrets. Il fit cela aussi, afin de se disposer à faire ce qu’il avait promis au roi ; mais l’im de ceux à qui il s’était confié répandit la chose par toute la cité, et en fit part aux cavaliers sarrazins qui étaient avec lui. Que vous dirai-je? Tous se soulevèrent avec grande rumeur, et lui coupèrent la tête, ainsi qu’à douze autres, qui étaient d’intelligence avec lui. Ils firent dire au roi de Bugia de venir s’emparer de la cité et de toute la terre ; et il le fit ainsi. Cessons en ce moment de parler d’eux, et revenons au roi d’A.rragon.