‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 7 sur 165 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Comment le roi ne devina point qoel était le bat des prières et des jeûnes dont il était témoin ^ et comment la chose vint à une heureuse fin quand le roi eut reconnu auprès de qui il avait été en déduit.

Il nous faut dire maintenant comment il se put faire que le roi ne ^ douta de rien , quoique chacun,fut occupé à prier et à jeûner pendant toute la semaine. Je réponds à cela , qu’il avait été ordonné partout le pays, de faire chaque jour des prières pour obtenir de Dieu que la paix et l’affection se maintinssent , entre le roi et la reine , et que Dieu leur accordât un fruit pour le bien du royaume. Cela avait été spécialement observé tout le temps que le roi fut à Montpellier ; et quand on le disait au seigneur roi , il répondait : « Ils font bien ; »il en arrivera ce qui plaira à Dieu. »

Ces bonnes paroles du roi, de la reine et du

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peuple furent agréables à Dieu , et il les exauça , ainsi qu’il lui fut agréable. Vous saurez ci-après pourquoi le roi , ni personne , excepté ceux qui avaient assisté au conseil , ne connaissaient la véritable cause des prières et messes qui eurent lieu pendant les sept jours de cette semaine.

Cependant le chevalier s’occupa du projet convenu , et fit ce qui avait été décidé , comme vous l’avez ouï. Le dimanche, pendant la nuit, quand tout le monde fut couché dans le palais, lesdits vingt - quatre prud’hommes, abbés, prieurs, l’official de l’évêque, et les religieux, ainsique les douze dames et douze demoiselles, tous un cierge à la main , se rendirent au palais avec les deux notaires, et parvinrent jusqu’à la porte de la chambre du roi. La reine entra; mais tous les autres restèrent en dehors , agenouillés , et en oraison pendant toute la nuit. Le roi et la reine étaient pendant ce temps en déduit ; car le roi croyait avoir auprès de lui la dame dont il était amoureux. Cette nuit-là toutes les églises de Montpellier restèrent ouvertes , et tout le peuple s’y trouvait réuni , faisant des prières , selon ce qui avait été ordonné. A la pointe du jour, les notables , les prélats , les religieux, et toutes les dames, chacun un cierge à la main , entrèrent dans la chambre. Le roi , qui était au lit auprès de la reine , fut très étonné, sauta sur son lit , prit son épée à la main; mais tous s’agenouillèrent, et lui dirent les larmes aux yeux : « Par grâce , sei-

DE EAMON MUNTANER.

w gneur , daignez regarder auprès de qui vous êtes « couché. » La reine se montra , le roi la reconnut , et on lui raconta tout ce qui avait été fait. Et le roi dit : « Puisque c’est ainsi , Dieu veuille » accomplir vos vœux ! »

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