‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 84 sur 165 · CHAPITRE LXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXIV

Comment le roi En Kerre d’Airagon mit en liberté douze mille hommes qu’il avait pris au roi Charles , leur donna des vêtements et leur dit de se rendre dans leur pays.

Qu AND le roid^Arragon eut fixé le jour du combat, il appela l’amiral, et lui ditde placer sur cinquanteune des barques qu’il avait amenées de Nicotena, avec ses galères , tous les prisonniers qui avaient été faits sur le roi Charles. 11 ordonna aussi au majordome, de faire faire à chacun desdits prisonniers, une robe, une chemise, des braies, un chapeau à la catalane , une>ceinture, un couteau à la catalane, et de leur donner un florin d’or pour leur voyage;et qu’aussitôt qu’ils seraient hors de la prison , ils se rendissent chacun chez eux. Sur ces ordres ^ l’amiral monta à cheval , et fit en bonne conscience choix des meilleures barques , y fit placer du pain, de l’eau, du fromage, des oignons et des aulx^ pour l’approvisionnement de cinquante personnes pendant quinze jours. Lorsque tout fut disposé, ces hommes furent réunis dans la prairie, hors la porte Saint-Jean ; et assurément ils étaient bien plus de douze mille. Le roi monta à cheval, alla à eux, les fit habiller , ainsi que nous l’avons rapporté , et leur dit : « Barons, il est certain que vous n’avez au- M cune part au mal qu’a fait le roi Charles , et

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» VOUS n’êtes même pas coupables de vous être » rendus ici. Ainsi, nous vous rendons absolument » libres, au nom de Dieuj retirez-vous doncchacun » chez vous. Mais je vous ordonne et vous con- » seille de ne plus revenir combattre contre nous, » lors même qu’on vous le prescrirait. » Alors ils s’écrièrent tous : « Pieux et bon seigneur, Dieu » conserve vos jours ! Qu’il daigne nous faire la » grâce de vous voir empereur ! »

Ils s’agenouillèrent , et chantèrent ensemble le Salve Regina. Après quoi l’amiral les fit embarquer , ainsi qu’il en avait reçu l’ordre du roi. Ils se rendirent dans leur pays. Que Dieu nous donne une joie pareille à celle qu’ils éprouvèrent , euxmêmes, et leurs amis, lorsqu’ils les revirent. Le bruit de cette action se répandit dans le monde ; et amis ou ennemis , tous prièrent Dieu en faveur du seigneur roi d’Arragon.

CHnONlQUE

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