‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 89 sur 165 · CHAPITRE LXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXIX

Comment le roi Charles requit le roi de France et les doose pairs de le conseiller et aider dans ses affaires ; commentleroi de Franccn'osani y accéder, à cause du serment qui le liait au roi En Pierre, fut délié' dudit serment et de toutes ses promesses, par le légat du pape. Martin.

A la première entrevue du roi de France et du roi Charles , ils sentirent l’un et l’autre se renouveler la douleur de la mort du comte d’ Alençon : ce deuil dura deux jours , tant pour eux que pour leurs gens. Le troisième jour, le roi Charles parla avec le roi de France, son neveu, et les douze pairs. Le conseil étant assemblé, le roi Charles se leva , et fit de graves plaintes touchant la honte et le dommage que lui avait fait le roi d’Arragon ; et il requit le roi et les douze pairs de l’aider de leurs avis et de leurs secours , les priant de lui accorder, dans un moment si pressant, leur aide et leur assistance, sans désemparer. Il ajouta qu’ils n’ignoraient pas qu’il était fils de roi , et du même sang qu’eux; que la France n’avait jamais délaissé aucun membre de sa maison , et qu’ils étaient tous tenus de le secourir, aussi-bien que le roi son neveu.

Quant au conseil qu’il demandait d’eux, c’était de savoir ce qu’il devait faire , relativement au combat qu’il avait provoqué dans un moment

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très difficile, et qui devait avoir lieu à Bordeaux, et dont le jour était si prochain ' ; il les priait de le satisfaire sur ces deux points. Il se lut.

Le roi de France se leva et dit : « Nous voilà » suffisamment instruit sur ce qui s’est passé , sur » ce que vous avez dit et sur ce que vous nous de- » mandez. Nous vous répondrons que nous devons, » par plusieurs motifs , vous seconder, vous secou- » rir et vous donner nos avis. C’est nous qui avons » la plus grande part au déshonneur que vous » avez éprouvé , ainsi qu’à votre perte, par la mort » de notre frère le comte d’Alençon , qui a été » la plus déloyale possible. Toutefois , malgré » toutes les raisons que nous avons de vous servir, » nous sommes très embarrassé sur la conduite que )) nous devons tenir avec notre beau-frère , auquel » nous sommes lié par serment mutuel de nous se- » courir l’un l’autre envers et contre qui que ce » soit au monde. Sous quelque prétexte que ce » puisse être , je ne puis donc marcher contre lui; » ainsi , dans cette circonstance , nous ne savons » que vous dire. »

Alors un cardinal, légat du pape, et chargé de tous ses pouvoirs, se leva et dit : « Seigneur roi,

» que cette difficulté ne vous arrête pas ; je suis » chargé des pouvoirs du Saint-Père ; et vous savez » que tout ce que le pape lie sur la terre est lié dans » les cieux, et que tout ce qu’il délie sur la terre est

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