‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 88 sur 165 · CHAPITRE LXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXVIII

Comment le Saint-Père, le pape Martin, accorda au roi Charles ce qu’il

lui demandait; et comment il porta un jugement d’interdit contre le

seigneur roi En Pierre et ses partisans ; et comment il accorda indulgence plénière à tous ceux qui marcheraient contre ledit roi En Pierre .

Le pape lui répondit : « Fils de la sainte Eglise , » nous avons bien saisi tout ce que vous nous avez » dit ; et comme nous nous sommes engagé à vous » seconder, nous allons répondre à vos quatre rai- » sons. Sur la première, nous dirons qu’il est vreai » que nous sommes convenu avec vous de vous » porter aide et secours de tou t notre pouvoir contre » tous ceux qui vous attaqueraient ; et nous le fe- » rons bi«n volontiers. Vous avez dit ensuite que

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» le roi d’Arragon nous avait offensé, en allant en » Sicile ; nous en convenons. Lorsque nous lui re- » fusâmes sa demande, nous n’ignorions point qu’il » ne nous avait jamais été attaché; nous voyons » bien quelle est sa faute , et que nous devons vous » soutenir de toutes nos forces. Quant au troisième » objet de votre demande , c’est à dire la croisade » et l’interdit , nous vous promettons de les décré- » ter et publier avant que vous vous éloigniez » de nous. Le quatrième point , qui consiste dans » la demande de fonds, et d’appel au roi de France, » comme défenseur de la sainte Eglise , nous le fe- » fons de grand cœur, et nous sommes disposés » à vous fournir, ainsi qu’au roi de France, l’ar- » gent nécessaire. Ayez donc bon courage, etré- » confortez- vous; car la sainte Eglise remplira » entièrement vos désirs. »

Ensuite, chaque cardinal prit la parole pour confirmer tout ce que le pape avait promis. Le roi Charles fut plein d’espoir et de contentement ; et leur rendit grâces de leurs bonnes dispositions; il les pria de terminer promptement , parce qu’il devait se rendre en France, auprès de son neveu ', pour l’engager à lui fournir des secours, et de là aller à Bordeaux. Le pape fit si bien, qu’en peu de jours il avait publié sa sentence et la croisade

I. Philippe-le-Hardi, qui avait succédé en 1270, à saint Louis,

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contre le roi d’Arragon et ses royaumes , et contre tous ceux qui lui fourniraient des secours; il accorda en môme-temps des indulgences plénières à tous les individus qui s’armeraient contre ledit roi. Ce fut le pape Martin , français de naissance >, qui prononça cette sentence. On dit qu’il ne sortit jamais de la cour de Rome que des jugements équitables; ainsi, nous devons tous le croire; car les prêtres nous l’assurent , eux qui sont les administrateurs de la sainte Eglise, en disant : Sententia pasWrisyjustavelinjusta, temenda est. Le jugement du pasteur, juste ou injuste, doit être exécuté; tout fidèle chrétien doit le croire de même; aussi en suis-je persuadé. Or, ce secours de l’Eglise fut très puissant, et plus grand qu’il eût jamais été accordé à aucun prince, et redoutable à tout chrétien. Ensuite le pape accorda au roi Charles et au roi de France tout l’argent dont ils purent avoir besoin. Le roi Charles, enfin , prit congé du pape et des cardinaux, et se rendit en France.

I. Simon de Brion, né à Mont-Epiloix, prè» de Bavon , en Cliampagne, élu pape sous le uom de Martin IV, le 11 février 1281, à Viterbe, mort à Padouele 28 mars 1285.

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DE fiAMOW MUNTANER,

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