‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 91 sur 165 · CHAPITRE LXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXX

Comment le roi de France promit au rot Charles de l’aider de sa personne et de scs armdes contre le roi d’Arragon , et re'solut d’aller avec lui à Bordeaux j et de la perfidie qu’il prdpara contre le seigneur roi d’Arragon , laquelle fut confirmde par les douze pairs de France.

Le roi de France répondit : « Nous avons ouï » ce que vous avez dit de la part du Saint-Père; » nous en connaissons la vérité : telle est notre » créance et telle doit être celle de tout chrétien » fidèle. Ainsi, nous nous regardons comme dégagé » de toute promesse faite à notre beau-frère le roi » d’Arragon. Après quoi, nous répondrons sans » réserve à notre oncle le roi Charles sur le se- » cours qu’il nous demande , et sur le combat qui » doit avoir lieu entre lui et le roi d’Arragon. » Nous vous dirons d’abord , notre oncle , que » nous vous défendrons de notre personne et de » nos gens ^ contre le roi d’Arragon et les siens ; » et nous vous le jurons et promettons en présence » du cardinal qui représente ici la sainte Eglise » catholique^ en l’honneur de l’Eglise et au nôtre;

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» car nous devoils le faire pour venger la mort de » notre frère , le comle d’Alençon. Ensuite, nous » vous engageons à ne pas manquer , pour quoi » que ce soit , à vous rendre à Bordeaux au jour » du combat. Nous irons en personne , et si bien » accompagné , que nous ne pensons pas que le » roi d’Àrragon ose s’y présenter ce jour-là ; et » s’il le fait , il est perdu. Le roi d’Angleterre , ni » qui que ce soit au monde , ne saurait le sous- » traire à la mort. »

Le roi de France se tut , et le roi Charles prit la parole : « Mon neveu, dit-ü, nous vous rendons » grâce en notre nom et celui de la sainte Eglise , » de vos offres et de vos conseils relativement au » combat. Mais nous craignons que le roi d’Ar- » ragon n’attaque notre bonne foi, si nous y allons » bien accompagné ; car nos conventions sontécri- » tes et enregistrées par A. B. C. »

Le roi de France répliqua : « On ne peut rien » dire contre votre bonne foi ^ car nous avons déjà » lu les traités que vous avez faits -, et sur le point » dont il est question , il y est dit que vous n’y *» amènerez pas au-delà des cent cavaliers qui » doivent prendre part au combat avec vous ; >> mais nous y conduirons qui bon nous semblera , M n’étant engagé par aucun contrat. Il ne s’est » nullement douté de cela, et vous ne violerez M pas vos engagements. — Il est certain , dit le » roi Charles, que telles sont nos conventions : » faisons donc ainsique vous le conseillez. »

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Le légat se leva, rendit grâces au roi de France de la part du Saint-Père apostolique et du sacré Collège. Il le signa , le bénit et lui donna sa bénédiction ; après quoi , une grande partie des douze pairs de France , là présents , se levèrent , confirmèrent ce que le roi de France avait dit , et promirent de le soutenir de tout leur avoir et de tout leur pouvoir en faveur du roi Charles , et-de suivre le roi de France à leurs frais et à leurs risques et périls, pour obtenir l’indulgence.

Quand chacun eut parlé , le roi Charles se leva et dit : a Seigneur roi, nous avons peu de temps » pour nous rendre à Bordeaux ; nous laisserons » ici le légat , qui ne s’éloignera pas de vous ; » nous irons en Provence, où nous amènerons « soixante chevaliers de France , que nous avons » déjà choisis en notre âme , qui entreront en lice, »> si le combat à lieu; nous leur en adjoindrons » quarante de la Provence. Nous serons rendus, » avec ces cent chevaliers seulement, huit jours » avant l’époque désignée , et vous, vous réglerez » votre voyage comme vous l’entendrez ; car nous » ne pouvons ni ne devons rien dire sur votre ma- » nière de vous rendre en ce lieu. »

Le roi de France répondit que c’était très bien , et qu’il pouvait aller régler ses affaires ; qu’il savait, quant à lui, comment il devait se conduire. Là-dessus ils s’embrassèrent et prirent mutuellement congé l’un de l’autre. Je laisse ici le roi de France cl le légat, qui fait chaque jour publier

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la croisade de tons côtés , et je vous entretiendrai du roi Charles.

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