PREMIERE PARTIE
Serrai est en guerre contre Ostrowicz : les épées ont été tirées; six fois la terre a bu le sang des braves. Mainte veuve a déjà séché ses larmes, plus d'une mère pleure encore.
Sur la montagne, dans la plaine, Serrai a lutté contre Ostrowicz ainsi que deux cerfs animés par le rut. Les deux tribus ont versé le sang de leur cœur, et leur haine n'est point apaisée.
Un vieux chef renommé de Serrai appelle sa fille : « Hélène, monte vers Ostrowicz, entre dans le village et « observe ce que font nos ennemis. Je veux terminer la « guerre, qui dure depuis six lunes. »
Hélène a mis son bonnet garni de tresses d'argent et son beau manteau rouge brodé :. Elle a chaussé de forts souliers de buffle 3, et elle est partie pour la montagne au moment où le soleil se couchait.
Les beys d'Ostrowicz sont assis autour d'un feu. Les
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uns polissent leurs armes, d'autres font des cartouches. Sur une botte de paille est un joueur de guzla qui charme leur veille.
Hadagny, le plus jeune d'entre eux, tourne les yeux vers la plaine. Il voit monter quelqu'un qui vient observer leur camp. Soudain il se lève et saisit un long fusil garni d'argent.
« Compagnons, voyez-vous cet ennemi qui se glisse « clans l'ombre'/ Si |a lumière de ce feu ne se réfléchis- « sait pas sur son bonnet*, nous serions surpris; mais, « si mon fusil ne rate, il périra. »
Quand il eut baissé son long fusil, il lâcha la détente, et les échos répétèrent le bruit du coup. Voilà qu'un bruit plus aigu se fait entendre. Bietko, son vieux père, s'est écrié : « C'est la voix d'une femme! »
«Oh! malheur! malheur! honte à notre tribu! C'est « une femme qu'il a tuée au lieu d'un homme armé « d'un fusil et d'un yatagan ! * Alors ils ont pris chacun un brandon allumé pour mieux voir.
Ils ont vu le corps inanimé de la belle Hélène, et le rouge a coloré leurs visages. Hadagny s'est écrié : « Honte à moi, j'ai tué une femme ! Malheur à moi, j'ai « tué celle que j'aimais ! »
Bietko lui a lancé un regard sinistre. « Fuis ce pays,
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« Hadagny, tu as déshonoré la tribu. Que dira Serrai « quand il saura que nous tuons des femmes comme les « voleurs heiduques"? »
Hadagny poussa un soupir; il regarda une dernière fois la maison de son père ; puis il mit son long fusil sur son épaule, et il descendit de la montagne pour aller vivre dans des pays éloignés.
Cette chanson a été faite par Jean Wieski, le plus habile des joueurs de guzla. Que ceux qui voudront savoir quelle fut la fin des aventures d'Hadagny payent le joueur de guzla de son grand travail.