‹ Chronique de règne de Charles IXChapitre 30 sur 110 · LE CATÉCHUMÈNE · texte numérisé non relu

LE CATÉCHUMÈNE

Il s'en fallait de beaucoup pourtant que Bernard fût converti. Il est vrai qu'il accompagnait la comtesse à l'église; mais il se plaçait à côté d'elle, et, tant que ' durait la messe, il ne cessait, de lui parler à l'oreille, an I grand scandale des dévots. Ainsi, non-seulement il n'écoulait pas l'office, mais encore il empêchait les fidèles ; d'y prêter l'attention convenable. On sait qu'une procession était alors une partie de plaisir aussi amusante qu'une mascarade. Enfin, Mergy ne se faisait plus de scrupule de tremper ses doigts dans l'eau bénite, puisque cela lui donnait le droit de serrer en public une jolie main qui tremblait toujours en touchant la sienne. Au reste, s'il conservait sa croyance, il avait de rudes combats à soutenir, et Diane argumentait contre lui avec d'autant plus d'avantage qu'elle choisissait ordinairement, pour entamer ses disputes théologiques, les instants où Mergy avait le plus de peine à lui refuser quelque chose.

— Cher Bernard, lui disait-elle un soir, appuyant sa tête sur l'épaule de son amant, tandis qu'elle enlaçait son cou avec les longues tresses de ses cheveux noirs ; cher Bernard, tu as été aujourd'hui au sermon avec moi. Eh bien! tant de belles paroles n'ont-elles produit aucun effet sur ton cœur? Veux-tu donc rester toujours insensible?

— Bon! chère amie, comment veux-tu que la voix nasillarde d'un capucin puisse opérer ce que n'a pu faire ta voix si douce et tes argumentations religieuses si bien soutenues par tes regards amoureux, ma chère Diane?

— Méchant! je veux t'étrangltr. Et, serrant légèrement une natte de ses cheveux, elle l'attirait encore plus près d'elle.

— Sais-tu à quoi j'ai passé mon temps pendant le sermon? A compter toutes les perles qui étaient dans tes cheveux. Vois comme tu les as répandues par la chambre.

— J'en étais sure. Tu n'as pas écouté le sermon; c'est toujours la même histoire. Va, dit-elle avec un peu de tristesse, je vois bien que tu ne m'aimes pas comme je t'aime; si cela était, il y a longtemps que tu serais converti.

— Ah! ma Diane, pourquoi ces éternelles discussions? Laissons-les aux docteurs de Sorbonne et à nos ministres; mais nous, passons mieux notre temps.

— Laisse-moi... Si je pouvais te sauver, que je serais heureuse.' Tiens, Bernardo, pour te sauver, je consentirais à doubler le nombre des années que je dois passer en purgatoire.

Il la pressa dans ses bras en souriant, mais elle le repoussa avec une expression de tristesse indicible.

— Toi, Bernard, tu ne ferais pas cela pour moi; tu ne t'inquiètes pas du danger que court mon âme tandis que je me donne ainsi à toi... Et des larmes roulaient dans ses beaux yeux.

— Chère amie, ne sais-tu pas que l'amour excuse bien des choses, et...?

— Oui, je le sais bien. Mais, si je pouvais sauver ton âme, tous mes péchés me seraient remis ; tous ceux que nous avons commis ensemble, tous ceux que nous pourrons commettre encore... tout cela nous serait remis. Que dis-je? nos péchés auraient été l'instrument de notre salut !

En parlant ainsi, elle le serrait dans ses bras de toute sa force, et la véhémence de l'enthousiasme qui l'animait en parlant avait, dans sa situation, quelque chose de si comique, que Mergy eut besoin de se contraindre pour ne pas éclater de rire à celte étrange façon de prècber.

— Attendons encore un peu pour nous convertir, ma

Diane. Quand nous serons vieux l'un et l'autre

quand nous serons trop vieux pour faire l'amour...

— Tu me désoles, méchant; pourquoi ce sourire dia-

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