‹ Chronique de règne de Charles IXChapitre 31 sur 110 · LE CATÉCHUMÈNE. 15T · texte numérisé non relu

LE CATÉCHUMÈNE. 15T

borique sur tes lèvres ? Crois-lu que j'aie envie de les baiser maintenant?

— Tu vois que je ne souris plus.

— Voyons, soyez tranquille. Dis-moi, querido Tiernardo, as»-lu lu le livre que je t'ai donné?

— Oui, je l'ai achevé hier.

— \Lh bien, comment l'as-tu trouvé? C'est là du raisonnement! et les incrédules ont la bouche close.

— Ton livre, ma Diane, n'est qu'un tissu de mensonges et d'impertinences. C'est le plus sot qui soit jusqu'à ce jour sorti de dessous une presse papiste. Gageons que lu ne l'as pas lu, toi qui m'en parles avec tant d'assurance!

— Non, je ne l'ai pas encore lu, répondit-elle en rougissant un peu ; mais je suis sûre qu'il est plein de raison et de vérité. Je n'en veux pas d'autre preuve que l'acharnement des huguenots à le dépriser.

— Veux-tu, par passe-temps, que, l'Écriture à la main, je te montre...?

— Oh! garde-t'en bien, Bernard! Merci de moi! je ne lis pas les Écritures, comme font les hérétiques. Je ne veux pas que tu affaiblisses ma croyance. D'ailleurs tu perdrais ton temps. Vous autres huguenots, vous êtes toujours armés d'une science qui désespère. Vous nous la jetez au nez dans la dispute, et les pauvres catholiques, qui n'ont pas lu comme vous Aristole et la Bible, ne savent comment vous répondre.

— Ah! c'est que vous autres catholiques vous voulez croire à tout prix, sans vous mettre en peine d'examiner si cela est raisonnable ou non. Nous, du moins, nous étudions notre religion avant de la défendre, et surtout avant de vouloir la propager.

— Ah! que je voudrais avoir l'éloquence du révérend pière Giron, cordelier!

■*- C'est un sot et un hâbleur. Mais il eut beau criers

il y a six ans, dans une conférence publique, notre ministre Houdart l'a mis à quia.

— Mensonges! mensonges des hérétiques!

— Comment! ne sais-tu pas que dans le cours de la discussion on vit de grosses gouttes de sueur tomber du front du bon père sur un Chrysostôme qu'il tenait à la main? Sur quoi un plaisant fit ces vers...

— Je ne veux pas les entendre. N'empoisonne pas mes oreilles de tes hérésies. Bernard, mon cher Bernard, je t'en conjure, n'écoute pas tous ces suppôts de Satan, qui te trompent et te mènent en enfer! Je t'en supplie, sauve ton âme, et reviens à notre Église ! Et comme, malgré ses instances, elle lisait sur les lèvres de son amant le sourire de l'incrédulité : Si tu m'aimes, s'écria-t-elle, renonce pour moi, par amour pour moi, à tes danmables opinions!

— 11 me serait bien plus facile, ma chère Diane, de renoncer pour toi à la vie qu'à ce que ma raison m'a démontré véritable. Comment veux- tu que l'amour puisse m'empêcher de croire que deux et deux font quatre ?

— Cruel!...

Mcrgy avait un moyen infaillible pour terminer les discussions de cette espèce, il l'employa.

— Hélas ! cher Bernardo, dit la comtesse d'une voix languissante quand le jour qui se levait obligea Mergy à se retirer, je me damnerai pour toi, et, je le vois bien, je n'aurai pas la consolation de te sauver !

— Allons donc, mon ange ! le père Giron nous donnera une bonne absolution in articula morlis.

LE CORDELIER

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