‹ Chronique de règne de Charles IXChapitre 34 sur 110 · LES CHEVAU-LÉC.ERS. 1G · texte numérisé non relu

LES CHEVAU-LÉC.ERS. 1G

— Il n'est guère agréable de se battre sans avoir dîné, murmura tout bas Merlin.

Les deux cavaliers ralentirent l'allure de leurs chevaux, de manière qu'enjoignant le capitaine ils purent les arrêter sans effort.

— Je baise les mains de M. de Mergy, dit l'homme à l'écbarpe verte. Reconnait-il son serviteur, Thomas de Maurevel ?

Le capitaine ignorait encore le nouveau crime de Maurevel ; il ne le connaissait (pie comme l'assassin du brave de Mouy. 11 lui répondit fort sèchement : — Je ne connais point M. de Maurevel. — Je suppose que vous venez nous dire enfin pourquoi nous sommes ici.

— Il s'agit, monsieur, de sauver notre bon roi et notre sainte religion du péril qui les menace.

■ — Quel est donc ce péril? demanda George d'un ton de mépris.

— Les huguenots ont conspiré contre Sa Majesté; mais leurs coupables complots ont été découverts à temps, grâce à Dieu, et tous les bons chrétiens doivent se réunir cette nuit pour les exterminer pendant leur sommeil.

— Comme furent exterminés les Madianites par le fort Gédéon, dit l'homme en robe noire.

— Qu'cntcnds-je! s'écria Mergy frémissant d'horreur.

— Les bourgeois sont armés, poursuivit Maurevel; les gardes françaises et trois mille Suisses sont dans la ville. Nous avons près de soixante mille bommes à nous; à onze heures le signal sera donné, et le branle commencera.

— Misérable coupe-jarret! quelle infâme imposture viens-tu nous débiter? Le roi n'ordonne point les assassinais... et tout au plus il les paye.

Mais, en parlant ainsi, George se souvint de l'étrange conversation qu'il avait eue quelques jours auparavant avec le roi.

— Pas d'emportement, monsieur le capitaine; si le service du roi ne réclamait tous mes soins, je répondrais à vos injures. Écoutez-moi : je viens, de la part de Sa Majesté, vous requérir de m'accompagner avec votre troupe. Nous sommes chargés de la rue Saint- Antoine et du quartier avoisinant. Je vous apporte une liste exacte des personnes qu'il nous faut expédier. Le révérend père Malebouche va exhorter vos gens, et leur distribuer des croix blanches comme en porteront tous les catholiques, afin que dans l'obscurité on ne prenne pas des fidèles pour des hérétiques.

— Et je consentirais à prêter mes mains pour massacrer des gens endormis !

— Êtes-vous catholique, et reconnaissez-vous Charles IX pour votre roi ? Connaissez-vous la signature du maréchal de Retz, à qui vous devez obéissance? Et il lui remit un papier qu'il avait à sa ceinture.

Mergy fit approcher un cavalier, et, à la lueur d'une torche de paille allumée à la mèche d'une arquebuse, il lut un ordre en bonne forme, enjoignant de par le roi au capitaine de Mergy de prêter main-forte à la garde bourgeoise, et d'obéir à M. de Maurevel pour un service que le susdit devait lui expliquer. A cet ordre était jointe une liste de noms avec ce titre • Liste des hérétiques qui doivent être mis à mort dans te quartier Saint- Antoiîie. La lueur de la torche qui brûlait dans la main du cavalier montrait à tous les chevau-légers l'émotion profonde que causait à leur chef cet ordre qu'ils ne connaissaient pas encore.

— Jamais mes cavaliers ne voudront faire le métier d'assassins, dit George en jetant le papier au visage de Maurevel.

— 11 n'est point question d'assassinat, dit froidement le prêtre; il s'agit d'hérétiques, et c'est justice que l'on va faire à leur endroit.

— Braves gens! s'écria Maurevel en élevant la voix

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