‹ Chronique de règne de Charles IXChapitre 35 sur 110 · LES CHEVAU-LÉGERS · texte numérisé non relu

LES CHEVAU-LÉGERS

et s'adressant aux chevau-légers, les huguenots veulent assassiner le roi et les catholiques; il faut les prévenir : cette nuit nous allons les tuer tous pendant qu'ils sont endormis... et le roi vous accorde le pillage de leurs maisons !

Un cri de joie féroce partit de tous les rangs : Vive le roi ! mort aux huguenots !

— Silence dans les rangs ! s'écria le capitaine d'une voix tonnante. Seul ici j'ai le droit de commander à ces cavaliers. Camarades, ce que dit ce misérable ne peut être vrai, et, le roi l'eùt-il ordonné, jamais mes chevaulégers ne voudraient tuer des gens qui ne se défendent pas.

Les soldats gardèrent le silence.

— Vive le roi! mort aux huguenots! s'écrièrent h la fois Maurevel et son compagnon. Et les cavaliers répétèrent un instant après eux : Vive le roi ! mort aux huguenots !

— Eh bien! capitaine, obéirez-vous? dit Maurevel.

— Je ne suis plus capitaine ! s'écria George. Et il arracha son hausse-col et son écharpe, insignes de sa dignité.

— Saisissez-vous de ce traître? s'écria Maurevel en tirant son épée; tuez ce rebelle qui désobéit à son roi.

Mais pas un soldat n'osa lever la main contre son chef... George fit sauter l'épée des mains de Maurevel; mais, au lieu de le percer de la sienne, il se contenta de le frapper du pommeau au visage, si violemment qu'il le fit tomber à bas de son cheval.

— Adieu, lâches! dit-il à sa troupe; je croyais avoir des soldats, et je n'avais que des assassins. Puis se tournant vers son cornette : — Alphonse, si vous voulez être capitaine, voici une belle occasion. Mettez-vous à la tête de ces brigands.

A ces mots, il piqua des deux et s'éloigna au galop,

se dirigeant vers l'intérieur de la ville. Le cornette fil quelques pas comme pour le suivre ; mais bientôt il relentit l'allure de son cheval, le mit au pas, puis enfin il s'arrêta, tourna bride et revint à sa compagnie, jugeant sans doute que le conseil de son capitaine, pour être donné dans un moment de colère, n'en était pas moins bon à suivre.

Maurevel, encore un peu étourdi du coup qu'il avait reçu, remontait à cheval en blasphémant; et le moine, élevant son crucifix, exhortait les soldats à ne pas faire grâce à un seul huguenot, à noyer l'hérésie dans des flots de sang.

Les soldats avaient été un moment retenus par les reproches de leur capitaine ; mais, se voyant débarrassés de sa présence et ayant sous les yeux la perspective d'un beau pillage, ils brandirent leurs sabres audessus de leurs tètes, et jurèrent d'exécuter tout ce que Maurevel leur commanderait.

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